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25/09/2008

14(3)-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LES INTERIMAIRES  D’ETE. (3ème et dernière partie)
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 l'APPRENTI ENARQUE. .

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Un curieux personnage est venu m’aider et me remplacer pendant les deux mois d’été 1974 au guichet de change que je tenais à la succursale de la rue du Bac  Un étudiant d’été. Je ne me souviens pas les études qu’il avait suivis et des diplômes obtenus. Ce je que sait c’est qu’il préparait pour Septembre le concours d’entrée à l’école nationale d’administration pudiquement appelé l’ E.N.A.
L’école se trouvait encore à l’époque, Rue des St Père, non loin de la succursale de la rue du Bac et non « exilée » dans la lointaine province Alsacienne….
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La Direction était béate d’admiration et mettait les petits plats dans les grands pour ce personnage qui, personnellement ne m’impressionnait guère. C’était un petit bonhomme grassouillet, barbu et bigleux. Des lunettes rondes et épaisses sur un visage entouré de poils hirsutes lui donnaient un air vraiment lunaire.
Mais c’était loin d’être un être rêveur. Il était bavard et un peu condescendant. Mais c’est vrai qu’il pigeait vite.
Il tint au bout de très peu de temps le guichet de change (presque) aussi bien que moi. Il s’entretenait avec la clientèle étrangère avec un Franglais assez correct. Cela m’aidait bien, moi qui à l’époque parlait assez bien l’Allemand et peu la langue internationale. Mais les amis d’outre Rhin ne représentaient qu’une partie infime de notre clientèle

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L’aspirant énarque devint très vite un pro de la conversion et du maniement de la « grenouille ». C’est comme cela que l’on appelait la vieille machine à calculer à manivelle qui nous servait pour transformer les francs en devises et vice versa. Les touristes, notamment américains étaient surpris et amusés de nous voir utiliser un instrument aussi archaïque.
Nous achetions des divises aux touristes étrangers, notamment ceux logés dans les hôtels voisins et clients de l’agence, et aux français revenant de lointains pays, clients ou non.
Nous vendions en sens inverse les devises aux clients de passage ou de la succursale se rendant à l’étranger.
La logique administrative exigeait que nous envoyions à la « caisse devises » du siège les devises étrangères reçues. Et que nous commandions à la même caisse les devises désirées par nos clients.
 

Ce trajet, ne nous semblait pas logique. Nous tordions le cou au règlement quelquefois, en revendant directement les devises que nous venions d’acheter. Nous court-circuitions alors le Siège. Les bénéfices de changes tombaient alors entièrement dans l’escarcelle de la succursale et  non partagés avec le  service de la caisse centrale. C’était un crime de lèse majesté. La caisse centrale ne pouvait s'en aperçevoir. Seule la compta générale aurait pu s'en douter.


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Notre direction qui fermait les yeux, nous demandait cependant d'arrêter ce système; par peur de voir débouler les Navarros de l'Inspection Générale.  Il faut dire que la compétition entre Services est rude. C’est à celui qui présente en fin d’année le meilleur compte d’exploitation. Et les meilleurs sont  récompensés.


Ce petit stratagème n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Notre super étudiant l’a adapté à son profit. C’est malin, un futur énarque Il achetait et revendait directement et discrètement les devises sans passer par la caisse de l’agence. Il empochait ainsi la différence de change. Donc des opérations hors comptabilité. Nous nous en sommes aperçu à son départ. Mais dans ce cas, il s’agissait réellement d’une fraude. La banque était lésée. Cela aurait du se terminer par une plainte auprès des autorités.
Mais la Direction a passé l’éponge, vu la faiblesse des sommes détournées. Mais surtout par crainte que l’enquête de l’inspection fasse découvrir nos petits détournements comptables.
 

 A partir de cet incident, nous avons appliqué scrupuleusement le règlement.
La Caisse centrale a pu de nouveau, par le circuit administratif, continuer à profiter indûment des bénéfices réalisés par notre guichet de change, un des plus gros du C.I.C.
à Paris à cette époque.

Notre étudiant tricheur est donc parti tranquillement préparer son concours d’entrée à l’E.N.A.

Je ne sais ce qu’il est devenu :

 -Ministre? Préfet ? Chef d’entreprise? Clochard?

-Ou bien est-il en prison ?

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A JEUDI PROCHAIN  pour la suite des souvenirs d'en banque... 

11/09/2008

14(1)-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LES INTERIMAIRES  D’ETE.(1ère partie).

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Vers le mois de février, chaque année, une effervescence nerveuse s’empare des divers services la banque. :  
Les employés doivent déposer leurs dates de vacances. Plus exactement proposer à leur hiérarchie leurs vœux de congés annuels. Beaucoup veulent partir à la même époque, par exemple au mois d’Août.
Il n’est pas question de fermer la banque tout un mois comme le font Renault et d’autres établissements.
Comme un nombre minimum de personnes est exigé pour que fonctionne (presque) normalement chaque service, les responsables doivent dresser des listes de présents pour chaque période de l’année. Si le nombre est insuffisant, les hiérarques peuvent demander voire exiger que certains décalent leurs dates de vacances.
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Des listes de priorité sont établies, selon la situation familiale, le poste tenu, l’âge, le grade etc. Dans les «grands » services dans lesquels le personnel souvent féminin est nombreux, il est même attribué à chacun(e) une lettre (a, b, c etc.) Ces lettres tournent chaque année, et désignent ainsi les personnes « prioritaires » pour partir en vacances à leur convenance.

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Ces arbitrages automatiques ou autoritairement imposés par la hiérarchie font naître des frustrations, des colères et des crises de larmes. Des collègues se font ainsi la tête pendant des mois, voire des années.
Personnellement je n’ais jamais eu de vrais problèmes pour déposer mes dates de vacances. Parti avant la généralisation des R.T.T. je ne sais pas comment se règle aujourd’hui ce délicat problème des remplacements.

Pour palier ces absences de personnels des intérimaires d’été sont recrutés et répartis selon les besoins des services.
Ces étudiants, souvent progéniture d’employés de la banque (comme plus tard l’une de mes filles) doivent donc relayer au pied levé des employés déjà bien expérimentés. C’est pour cela qu’on ne leur réserve souvent que des tâches simples répétitives et rébarbatives.
La présence d’étudiants d’été permet d’effectuer tous les classements et vérifications délaissés pendant le reste de l’année. En cas de problème, l’étudiant d’été, comme l’informatique qui est censé tomber toujours en panne, sert à point nommé de parapluie.

-« Oui, Monsieur le client, une erreur dans votre compte ?

-Vous savez,C’est certainement notre étudiant, il n’était pas au courant!
-Excusez le !» .

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J’ai côtoyé durant ma carrière beaucoup de ces intérimaires d’été (après l’avoir été moi-même).


Je me souviens de plusieurs de ces étudiant(e) s, mais deux en particulier sont restés dans mon souvenir. C’était en 1972 ou 1973 à la succursale de la rue du bac à Paris.

-LA MIGNONNE MINI-JUPE
et


- L’APPRENTI ENARQUE.


Je vous le raconte dans les  notes  à suivre :
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A Jeudi PROCHAIN  pour la suite des souvenirs d'en banque... 

03/07/2008

13-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

J'arrête momentanemment pour cause de repos bien mérité, la rédaction
de mes souvenirs bancaires-C.I.C.   

 

 

medium_ver_caissier.jpg
-"Mon casse-croûte!".
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medium_ver_caissier.2.jpg
-"Dites, caissier, c'est deux billets de mille francs que vous me devez, et vous ne m'en donnez qu'un ?."
-"Que Monsieur le Directeur m'excuse, j'ai dû me tromper en les comptant!".
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medium_ver_versement.jpg
"-C'est une voiture que vous avez achetée à crédit?.
-Oui!...Je n'en suis qu'à mon troisième versement ."
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medium_hold_up_1.jpg
"-Arrêtez, j'y pense, c'est là que j'ai mon compte en banque."
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N’ayez craintes j’ai encore pas mal d’histoires à raconter.

Rendez-vous en septembre pour la suite de ces aventures…

 

En attendant vous pouvez toujours lire et relire
les 11 premiers souvenirs dans la catégorie :
" Souvenirs d’en Banque - C.I.C."

 http://lesdurocasseriesdepierlouim.blog50.com/archives/ca...

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26/06/2008

12-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

- LA GRENOUILLE ET L’ORDINATEUR.

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J’ai retrouvé récemment dans un des magazines d’entreprise du C.I..C que j’ai conservé, trois photos pleines de souvenirs pour moi.
Ces photos dates de 1995 : 13 ans donc.
Cela n’est  pourtant pas si lointain…..

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1-Une machine à calculer antédiluvienne que nous utilisions vers 1970 et que nous appelions la « grenouille ». .

medium_grenouille_1.jpg

.medium_4234_1.jpgQuand je tenais le bureau de change de la rue du Bac, cette machine à manivelle me servait pour convertir en Francs Français ou en devises.
Il fallait faire autant de tours que de chiffres voulus (5 tours pour 5 Francs, par exemple) puis on avançait d’un cran pour les décimales. Etc.  Cela faisait un bruit de crécelle caractéristique, surtout en tournant vite la manivelle.
Je dois avouer que les clients étrangers, notamment les américains s’amusaient de la vétusté de notre matériel. Mais moi je trouvais cela très pratique. L’habitude….

Et puis, en une dizaine d’années, l’ère de l’ordinateur à tout crin est arrivée :

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2- Les nouveaux ordinateurs reçus en 1995:

medium_informatique_1995.jpg

Une puissance extraordinaire : 16 méga au lieu de 6.
Quand je pense que je  peste après mon vieil  ordinateur de trois ans d’âge qui ne « fait » que 33 Gigas, alors que les ordinateurs actuels ont 500Gigas de mémoire, voire 1000 Gigas.
Avec 16 mégas actuellement on ne  mémorise que quelques photos de bonne qualité.
A l’époque, les ordinateurs ne comprenaient que le traitement de texte….

La technologie avance plus vite que l’éclair.

Il faut dire aussi, qu’à l’époque, les informaticiens qui avaient appris leur « job » sur le tas (Il n’y avait alors pas d’école d’informatique) étaient considéré comme des semi dieux. Les vieux Directeurs ignares devant les techniques nouvelles, travaillant encore à la plume sergent major, étaient ébahis devant les beaux tableaux en abside et en ordonnée que ces magiciens leur fabriquaient en quelques minutes.
Les promotions en fin d’années tombaient drues sur la tête de ces malins qui faisaient rêver la hiérarchie.
Moi je ne voyais qu’un avantage à ces machines nouvelles. Je devais taper seul, sans passer par des secrétaires débordées, souvent mignonnes, mais quelquefois grincheuses, mes rapports et mon courrier. J’évitais ainsi des temps d’attente souvent longuets.
Un autre résultat : Je n’aurais peut être pas ouvert un blog, si je n’avait pas été habitué à tapoter sur un clavier d’ordinateur.

Mais j’avoue que retourner à l'époque d’avant l’ordinateur serait totalement inimaginable, à la banque comme dans la vie de tous les jours.

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3-Un dernier exemple de la banque «manuelle» :

medium_compensation_2.jpg

La chambre de compensation en 1995. Les chèques « remis » se transmettent encore par paquets d’une banque à l’autre Des dizaines, voire des centaines de kilos passés de la main à la main  ou dans des chariots à roulettes.

Maintenant il n’a plus de transferts « physiques » des chèques et effets. Tout s’effectue par  réseau informatique…

Vive le progrés....

 

19/06/2008

11-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LE MISSIONNAIRE DANS LES VIGNES DU SEIGNEUR.

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Le
 C.I.C fut longtemps considéré depuis sa création en 1859 comme la banque privilégiée de la hiérarchie catholique en Françe.Ce qui est encore le cas en 1974..

La succursale de la rue du bac est entourée de toutes sortes d’institutions religieuses et gère les  comptes bancaires de la plupart d’entre elles : L’archevêché, le secours catholique, les missions étrangères, moult congrégations religieuses, ainsi que la plupart  des  paroisses et églises de la capitale.

Les avoirs détenus dans ces comptes  représentent de coquettes sommes qui bien sûr, intéresse la banque.

Les trois «titrards» de l’agence , (contre un seul dans une succursale ordinaire) sont à la fête.

Lors des nombreuses émissions de titres, obligations diverses et variées par l’Etat ou d’organismes habilités, il suffit à ces employés modèles et choyés de passer quelques coups de fil pour remplir leurs objectifs de placements. Les clients, issus de la vieille noblesse ou constitués de ces congrégations religieuses possèdent de l’épargne conséquente et ne rechignent pas à la placer dans des valeurs de refuge sûres et juteuses

Ces veinards de « titrards » perçoivent des commissions en fin d’année dont le montant fait pâlir de jalousie les «administratifs» comme moi. Ce qui est injuste est que ces vendeurs ne se foulent pas trop pour placer des centaines de milliers de francs. Dans les  succursales de quartiers plus populaires, il faut donner des dizaines de coup de fils et mouiller sa chemise pour récolter quelques milliers de francs de placements et percevoir une mini commission.

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Bon revenons à nos moutons
 :

Non loin de la succursale se trouve le port d’attache  des « Missions étrangères ».

Nous voyons régulièrement à nos guichets le trésorier général,  le "Père Marcel ".

Il est rarement habillé en missionnaire, mais, même en « civil », il a le profil parfait du fmoine missionnaire  tel que l'on peut se l'imaginer :

Petit, la soixantaine rubiconde, les cheveux ras  rares et gris, des lunettes rondes aux montures en ferraille, et surtout une barbe en pointe  blanche et  ébouriffée.
Il porte souvent des sandales aux pieds nus.

C’est un client apprécié,  il est sympathique, très « causant », et très énergique. Toujours par monts et par vaux…..

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Un lundi après-midi de 1974
, comme c’est la coutume, une à deux fois par an, le père Marcel et notre directeur sont partis déjeuner ensemble dans un bon restaurant des alentours.

Ils tardent à revenir.

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Les clientes qui ont rendez-vous à trois heures avec le Directeur sont déjà arrivées et assises dans les fauteuils de l’accueil, attendent bien sagement. Il s’agit de deux sœurs « auxiliatrices du purgatoire ». Ces religieuses sous leur voile et soutane gris bleu attendent en silence, la tête baissée.

Soudain, il est trois heures vingt passé, nos deux compères arrivent, pratiquement bras dessus bras dessous, en pleine conversation bruyante et joyeuse. Les yeux brillent, la démarche est hésitante.
Manifestement le repas fut bien arrosé.

Voyant les Sœurs, le Directeur se penche vers elles, s’excuse du retard et leur demande d’attendre quelques petites minutes. Puis il s’enfourne dans les vestiaires, apparemment pour se mettre de l’eau sur le visage…

Le père Marcel,  plus rubicon que jamais, les cheveux et la barbe en désordre, s’est attablé à mon guichet en s’agrippant des deux bras. II commence à  plaisanter de tout et de rien. Apercevant les sages religieuses recroquevillées dans leur coin, son œil se met à pétiller et un sourire en biais illumine son visage déjà rouge comme in lumignon.

Il se met à raconter, haut et fort, des histoires de plus en plus osées en lorgnant du coté des sœurs avec l’intention visible de les taquiner et de leur faire perdre leur flegme. En effet, elles sont de plus en plus impatientes de se réfugier dans le bureau directorial.

Revenu des toilettes et comprenant la situation périlleuse pour les soeurettes, le Directeur les fait rentrer d’urgence dans son bureau. Mais avant de refermer la porte il me fait signe de le rejoindre avec les comptes et les documents de la congrégation.

Avant de m’enfermer dans le bureau avec les religieuses et le directeur, j’ai juste le temps d’entendre le Père Marcel clamer à mes collègues hilares :

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-« Tenez! Savez-vous comment on faisait l’amour au Siam ? ».

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Je referme vite la porte derrière moi, car le patron s’impatiente.

L’entretien est tendu, car les religieuses sont dures en affaires. Le patron a quelque fois du mal à suivre. Son esprit me paraît un peu brumeux…

Malgré le huis clos, en épluchant les comptes  je devine la voix du père et des rires en cascades.

Quand, enfin les religieuses s’en retournent dans leur couvent, la succursale est redevenue calme. Le père Marcel est parti depuis longtemps.
Je demande à mes collègues la suite de l’histoire.
Mais ces ingrats ne veulent rien me dire.

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J’ai revu par la suite, souvent, le Père Marcel.

Descendu des vignes du Seigneur, il est redevenu beaucoup plus sérieux. Cela ne l’empêche pas d’être aussi bavard et de raconter en détail les missions caritatives de son ordre.
Missions extraordinaires voire impossibles, en Asie ou ailleurs dans le monde, en tout cas dignes d’éloges….

Mais je n’oserais jamais lui demander la suite de l’histoire…

Je ne saurais donc jamais comment on faisait l’amour au Siam.

 (Il se peut aussi, et cela est ma version, qu'il n'ait fait qu'un effet d'annonce uniquement pour effrayer les braves religieuses et qu'il n'a jamais révélé à mes collégues le mystère de l'amour au Siam..Et qu'il n'a, les religieuses étant cloîtrees dans le bureau du Directeur, ensuite raconté que de banales histoires drôles..)

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12/06/2008

10-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

AFFAIRES FAMILIALES.

Si le médecin est le confident du corps de ses patients, le curé celui de l’âme de ses ouailles,  le psy celui des états d’âmes de ses malades, l’employé de banque est le confident du porte monnaie de ses clients. Un peu comme le notaire qui connaît en détail les histoires de famille des différentes parties qui s’adressent à lui. (Mariage, divorce, successions, etc.).

La banque est indirectement au courant de beaucoup d’éléments de la vie d’un client : ses revenus, son patrimoine, ses dépenses, ses problèmes de santés, ses difficultés professionnelles,  familiales et même conjugales.

C’est pourquoi, si l’on parle de secret bancaire (surtout dans les paradis fiscaux) dans les cas de la vie personnelle des clients il s’agit plutôt de «Discrétion bancaire».

Quelques exemples glanés dans mes souvenirs, que je peux révéler  quarante années après:

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Commençons par les plus tristes
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1-Un Monsieur  arrive en larme à la succursale. 

 Sa femme vient de déserter le domicile conjugal  en vidant totalement le compte joint.

-« Que dois-je faire ? » demande-t-il en hoquetant.

-« Pas grand choses mon pauvre Monsieur ! »

C’est vrai qu’un compte joint c’est très pratique, quand le couple s’entend bien. Le compte n’est pas fermé en cas du décès d’un des co-signataires. Mais en cas de dispute ou de divorce c’est une autre affaire. Comme la signature est valable, la dame est en droit de vider le compte. Le Monsieur est solidaire du débit que pourrait occasionner sur le compte son épouse.

Une seule solution  pour l’époux abandonné : Ouvrir un compte à son nom propre, et transférer de toute urgence la domiciliation de ses salaires sur ce nouveau compte……

C’est malheureusement une situation assez fréquente.

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2-Ayant pris rendez-vous avec le Directeur, un vieux monsieur est arrivé encadré par sa femme et sa fille. J’assiste le Directeur en apportant les documents nécessaires à la signature. Car les dames sont venues faire signer à leur époux et père des procurations et des papiers en cas de décès. Mais le Monsieur manifestement n’est pas tout à fait d’accord. Il est assis au milieu de ses deux cerbères et son opinion semble peu compter. Le Directeur comprenant bien la situation essaie de tempérer et de s’assurer de la bonne santé mentale du Monsieur. Bien sûr le Monsieur n’a pas deux revolvers braqués sur lui. Mais que peut-il faire devant une pression morale aussi forte.

-« Vous êtes bien sûr de signer? »

 Demande le Directeur.

-« Allons Papa signe, les choses seront ainsi en règle ! »

 Insiste la fille ;

Enfin, le vieux Monsieur s'exécute et signe, les larmes aux.yeux.

Le Directeur et moi avons l’impression d’assister à une exécution en règle.

Mais que pouvons-nous faire ? Tout cela est légal.  

Le groupe s’éloigne, le vieux client marchant difficilement est soutenu par ses deux gardes du corps.

Il mouru deux mois plus tard.

La succession se déroula sans problème….

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3-Une histoire gênante pour la banque :

Un père et son  fils ont chacun un compte à la succursale. Ils habitent tous deux dans le même immeuble, probablement à des étages différents.

Un jour, le comptable de la succursale envoie au père un document dans lequel sont indiqués les soldes des comptes paternels.

Un oubli fatal : Sur l’enveloppe manque  le prénom.

Voyant le nom de famille, on ne sait pourquoi, le concierge de l’immeuble a donné au fils l’enveloppe destinée au père.

Vous devinez la suite :

Scandale dans la famille.

-« Mais pourquoi, avec l’argent que tu as, Papa, tu ne m’en prête pas?»

Fureur du père dans la banque….

Le directeur, en l’isolant dans son bureau a pu le calmer, en lui promettant de sévir auprès du fautif. (Ce qui ne fut pas fait, mais on n’oubliera plus d’indiquer le prénom des clients.) .

Je crois savoir que le fils a déménagé et changé de banque.

Le père est resté un de nos fidèles clients.

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Enfin, une anecdote rigolote

 

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La succursale de la rue du bac, est située en plein septième arrondissement de Paris. Sa clientèle est triée sur le volet…Hiérarchie catholique et vieille noblesse française. Rien à voir avec les snobs parvenus du seizième arrondissement, voire de Neuilly..

Beaucoup de clients portent une bague «nobiliaire »  C'est-à-dire une chevalière dont le chaton compte en creux les armoiries de la famille.

Il est évident que l’on ne reçoit pas une telle clientèle comme on reçoit les chevillards à la Villette (en cette année 1973, on tranche encore le lard à la Villette, pas pour longtemps, le scandale c’est pour bientôt).

Le sous-directeur Monsieur Vogel, ex Pied noir descendant d’Alsacien, est spécialiste en la matière de s’occuper des clients  au patronyme à tiroir. Il est obséquieux à souhait, l’échine flexible dans la courbette. Certaines mauvaises langues l’appellent la « carpette », certainement à cause de sa moustache en tapis brosse.

Un local aux murs vitré placé au milieu de la succursale sert de bureau  au sous-directeur. Cela lui permet de surveiller les faits et gestes des employés et des clients. Mais à contrario, chacun peut observer ce qui se passe  dans l’antre translucide du sous-directeur.

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-"Ce qui me plait dans le système du compte-courant,
c'est que ça vous donne tellement plus de lattitude que l'argent!".

 

 

Un après-midi de l’hiver 1973, Monsieur Vogel reçoit un couple titré dans son bocal en verre.  

Un ci-devant comte et sa comtesse. Tous deux la quarantaine hautaine. Lui grand, le teint hâlé à la chevelure déjà poivre et sel, au costume de tweed select. Elle, mince élégante, vraie fausse blonde, un sac et un carré de soie Hermès à la main, et surtout un très long manteau de fourrure sur les épaules. Un de ces visons dont le prix engloutirait à coup sûr plusieurs années de ma squelettique paie de grouillot de banque…

Les deux fastueuses personnes s’assoient devant le bureau du sous-directeur. La dame s’installe en faisant des effets de jambes calculés et en rabattant sur ses genoux un pan de ce superbe manteau que notre Brigitte nationale reprouverait.

Au vu des documents qui m’ont été demandés par Monsieur Vogel, cette entrevue à pour but de donner à madame un certain nombre de libertés : Procurations, ouverture d’un compte personnel et d’un compte titre à son nom propre.

Mais peu à peu la conversation s’envenime entre les deux époux. Manifestement, le monsieur rechigne à signer les documents déposés devant lui. La dame commence à s’exciter, à élever la voix, à faire de grands moulinets avec les bras. Monsieur Vogel, stoïque comme à son habitude essaie de calmer le jeu.

Mais subitement, toute droite dans son manteau de fourrure, la comtesse se lève et se met à hurler, fort, mais posément ,en détachement bien les syllabes afin que chaque personne présente dans la succursale en profite :

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-«Et puis,  Mon Cher, vous commencez à m’emmerder !.
-Si cela continue, j’irai faire des ménages!»

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D’un coup,  toute forme de vie semble s’arrêter dans la succursale…
De stupeur, apercevant le scandale lui tourner autour de la tête, l’époux, blanc comme un linge, se met à tirer sur le bas du vison en haletant :
-« Ma chère, je vous en prie, rasseyez-vous!. Je signerais tout ce que vous voudrez.! »

La dame se rassoit lentement, la tête en arrière, la mine boudeuse, les bras énergiquement croisés sur la fourrure, comme un enfant à qui on vient de refuser un joujou..

Monsieur Vogel reste impassible, mais son tapis brosse de moustache connaît de vifs soubresauts.

Dans la succursale une ambiance torride s’étale : Les clients se détournent ou regardent par les fenêtres en étouffant des fous rires. Les employés se cachent sous leur guichet en pouffant. Certains se précipitent dans les locaux privés, comme la « cuisine » ou les vestiaires pour rire de tout leur soûl.

Car à la seule idée improbable de voir la luxueuse comtesse un balai et une serpillière à la main, l’on ne peut que se gausser.

Puis, petit à petit, tout rentre dans l’ordre. La succursale redevient une ruche bourdonnante. Le mari finalement signe tous les documents. Le sous-directeur se frotte les mains. La femme a retrouvé son sourire.

Monsieur Vogel, plus obséquieux que jamais, raccompagne les nobles clients jusqu’à la sortie en leur ouvrant la porte et en faisant un baise-main à la comtesse.

Nous revîmes souvent la dame pour s’occuper de ses comptes, mais beaucoup plus rarement son époux…..

 

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La semaine prochaine, pour terminer en beauté la saison de mes souvenirs bancaires, je vous raconterai
"les histoires du missionnaire".

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05/06/2008

9-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LES COFFRES (4)

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ZIZANIE EN SOUS-SOL.

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Juin 1973- Il fait très chaud en cette fin de journée à la succursale C.I.C de la  rue du bac.

Dans un quart d’heure, la fermeture au public. Tout en servant les derniers clients, les employés commencent à préparer les pièces administratives pour la fermeture de la journée comptable.
Soudain la lourde porte d’entrée est vivement poussée. Une bonne demi-douzaine de personnes entrent dans la succursale sans arrêter de bruyantes conversations.

La délégation traverse la succursale sans se soucier des autres clients et  arrive directement à mon guichet.

-C’est vrai, j’allais oublier !

J’ai reçu il y a quelques jours du service des successions du siège un avis de passage pour l’ouverture du coffre d’un client décédé.

Je sors la fiche de présence que je dois faire signer en vérifiant l’identité de chaque personne. Voyant l’agitation provoquée par ce groupe disparate, le sous-Directeur est sorti de son bocal. Je suis bien content, pour une fois, de le savoir derrière mon dos, car l’exercice de signature est électrique et j’ai bien besoin d’un renfort moral et hierarchique.

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Car ce groupe agité, est composé de :

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-L’épouse du défunt, dame aigrelette de soixante dix ans au moins, accompagnée de son notaire,

-Un  homme et une femme jeunes, la trentaine élégante, encadrés par leur notaire. Comme ils portent  le  même nom que le « de cujus », j’en conclu qu’il s’agit d’enfants d’un premier lit (Jolie expression qu’on emploie encore en 1970, contrairement à celle, barbare de « famille recomposée ».) Mais à la réflexion ils peuvent  être aussi « Adultérins reconnus ».

-Une femme mince,  tirée à quatre épingle, la jolie quarantaine. Elle est  suivie par son avocat. Au vu des regards incendiaires que lui propulse l’épouse légitime, cette dame était probablement la maîtresse du mari.

-Un peu détachés du groupe, car silencieux, un huissier et son clerc. Ce dernier tient sous son bras un instrument curieux. Il me faut quelques secondes pour m’apercevoir qu’il s’agit d’une machine à compter les pièces de monnaie.

Tout ce beau monde signe machinalement la feuille de présence. Les hommes de loi me montrent avec dédain leur carte professionnelle.

Ah, j’oublie quelqu’un.

-Très en retrait, se tient  un monsieur en bleu de travail, un peu intimidé, une caisse à outil en bandoulière. Il s’agit d’un employé de la maison « Fichet Bauche ». En effet, sa mission est de fracturer (légalement) le coffre, car manifestement la clé a été pertinemment cachée par son ancien propriétaire et non trouvée par ses successeurs.

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Je fais descendre tout ce beau monde dans la salle forte.
Le sous-Directeur m’accompagne, car la tension monte derrière nous. La serrure du coffre est obstruée par des scellés à la cire rouge. Ce qui prouve bien qu’il y a des problèmes depuis le début dans cette succession à risques. L’huissier cérémonieusement, coupe le ruban et déchire la cire et abandonne le coffre à la chignole de l’employé « Fichet Bauche ».

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Imaginez la scène :

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La salle des coffres transformée en étuve par la chaleur de l’été et le manque d’air du sous-sol.

Douze personnes, attroupées comme des sardines dans leur boîte, devant le coffre obstinément fermé.

Une lourde atmosphère ponctuée de cris, d’injonctions, de noms d’oiseaux vociférés par l’épouse, la maîtresse présumée et les enfants d’un autre lit.

 Les hommes de loi s’envoient des « Cher confrère ! » accompagnés sèchement de numéros d’articles du code de procédure….

Seules trois  personnes gardent leur calme. :

Le clerc d’huissier qui a installé sa machine à compter les pièces sur une table et attend bras croisés, le sous Directeur et moi qui servons de témoins.

Le bruit provoqué par la perceuse, la chaleur, l’ambiance torride fait couler la sueur sur tous les fronts.

Le perceur de coffre professionnel est à la peine. Il casse deux mèches de sa perceuse contre la dureté du coffre. Normalement il devrait mettre quelques minutes pour faire sauter la serrure, mais intimidé et désorienté par l’attente impatiente qu’il sent derrière son dos, il devient très maladroit.

Un client qui voulait se rendre à son coffre en est dissuadé par l’ambiance sulfureuse qui l’effraie.

-« Je reviendrais demain ! ». Me dit-il en remontant précipitamment au rez-de-chaussée.

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Vingt longues minutes ont été nécessaires pour ouvrir en fin le coffre.

Il était temps, car l’on commençait à en venir aux mains et le pauvre perceur de coffre allait bientôt  être lynché.

Un  silence nerveux emplit la salle des coffres. Tous les yeux sont braqués à l’intérieur du coffre.

Un des notaires s’adresse à l’huissier.

-« A vous cher Maître ! »

L’huissier, lentement,  vide le contenu du coffre qu’il dispose précautionneusement sur la table. Il note scrupuleusement chaque objet sorti  sur un cahier cartonné.  Des yeux avides et soupçonneux suivent l’opération. Manifestement on cherche un testament…Apparemment rien. Certains héritiers se réjouissent, d’autre (la « maîtresse) font la moue….. Mais par contre, le coffre contient plusieurs sacs de Louis d’or et de Napoléon, des lingots et un gros paquet de titres papiers

Le sous Directeur me demande de remonter. Il restera seul comme témoin de la Banque.

En terminant mon travail administratif avant l’arrivée du camion de la « Brink’ », je tends l’oreille pour écouter ce qui se passe en sous-sol : Plus d’éclats de voix agressifs. Seul, le cliquetis régulier de  la machine à compter les pièces d’or transperce le silence. L’employé de chez « Fichet et Bauche » s’est éclipsé discrètement après nous avoir fait signer son bon d’intervention.

Le temps passe, peut être une heure. L’inventaire du contenu du coffre continue…  

.La succursale, fermée depuis longtemps à la clientèle, se vide peu à peu de ses employés. Le Directeur et le sous directeur m’ont  demandé si je n’ais pas d’obligation pour ce soir, de rester à la succursale.

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Enfin, la petite troupe remonte de la caverne d’Ali Baba. Je fais sortir par la petite porte de service, l’huissier,  son clerc et sa machine à compter. Mais aussi la « maîtresse » et son avocat qui paraissent tous deux un brin déconfit. Restent donc l’épouse légitime, les enfants  et les deux notaires. ….

Le notaire de la veuve ni éplorée ni joyeuse interpelle la Direction de l’agence :   

-« Mon confrère et moi exigeons que les pièces et les lingots  soient repris au cours d’aujourd’hui ! »

-« Mais la Bourse est fermée, l’or sera vendu au cours de demain ! » rétorque le Directeur..

Les deux notaires refusent, tempêtent et menacent d’aller vendre l’or à l’agence du Crédit Lyonnais située de l’autre côté de la rue du bac. (Je les connais, ces «Lyonnais », ils seraient bien contents de récupérer cette petite fortune dorée).

Le Directeur téléphone au siège, argumente, parlemente, fait très probablement jouer ses relations  à la Direction du CIC, encore au travail à cette heure déjà avancée de la soirée..

-« Bon, le siège est d’accord, nous reprenons l’or au cours d’aujourd’hui ! » dit-il enfin.

Les notaires semblent satisfaits.

- « Mais, » Continue le Directeur en me regardant fixement

 –« il faut porter dés ce soir l’or à la caisse centrale »….

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Bon, j’ai compris, c’est moi qui vais transporter ce trésor au siège.

Sous le regard attentif des notaires, j’enfourne les sacs et les lingots avec le Directeur dans le grand sac en cuir noir du coursier rentré chez lui depuis longtemps. Mais sous le poids, environ trente kilos (Malgré un petit volume, l’or cela pèse) la poignée du sac cède. Je dois la rafistoler avec une ficelle.

Tenant le sac comme je peux, je sors de la succursale, serré de prés par le Directeur. Il tient un parapluie au dessus de nos têtes, car un violent orage vient d’éclater sur Paris.

Il m’enfourne dans un taxi stationné Boulevard Raspail. Il me fait plein de recommandations.

Pendant le trajet d’environ un quart d’heure, les trente kilos d’or sur les genoux, une petit envie me taraude. : Demander au chauffeur de m’amener directement chez moi rue Duhesme. Mais l’honnêteté étant un vilain défaut je résiste à cette envie.

En arrivant  au siége rue de la Victoire, le tapis rouge est déployé. Je suis attendu, enfin, mon stock d’or est impatiemment attendu. Le taxi est dirigé directement dans le sous-sol de la caisse centrale. Un responsable réceptionne la précieuse cargaison, et règle le taxi. Je rentre chez moi sous une pluie battante, soulagé de cette lourde charge et que cette folle journée .se termine enfin.

Quelques jours plus tard, l’employé de chez « Fichet Bauche » est revenu pour remplacer la porte fracturée du coffre et je n’ai plus jamais entendu parler de cette succession mouvementée…

 

Rendez-vous la semaine prochaine : même blog, même jour, même heure..

Pour d'autres souvenirs bancaires.

 

  

22/05/2008

7-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

-LES COFFRES (2).

 

LE COFFRE ACADEMICIEN.

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J’ai eu l’occasion dans ma carrière, à plusieurs reprises, de m’occuper de compte bancaire de personnages connus.

Mais dans la plupart des cas, je ne les ai jamais rencontré. Les grands pontes de la Banque  certainement. Mais en tant qu’employé « lambda » je ne voyait venir au guichet que leur représentant : Secrétaire, adjoint, agent ou tout simplement l’épouse.
Ce fut le cas d’un écrivain célèbre, académicien, dont  je n’ai connu que l’épouse. Il faut dire que cet homme était déjà très âgé à l’époque. Cette dame descendait régulièrement au coffre de son mari dont elle avait la procuration.

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Comme beaucoup d’autres femmes de ce quartier chic du 7ème arrondissement, Madame R.. entrepose l’argenterie du ménage dans son coffre. La veille de dîners entre familiers à son domicile (souvent le vendredi soir), elle vient  retirer, dans un grands cabas, les couverts précieux. Elle les ramène le lendemain ou le lundi  matin, après usage, pour les renfermer dans le coffre.

Nous l’aimons bien, la femme de l’académicien. Grande brune et svelte aux soixante dix ans bien portés,  elle a toujours le sourire. Quoique discrète et peu bavarde elle a toujours un mot aimable pour l’employé qui la sert à la caisse ou l’accompagne à la salle des coffres.

 

Après le long Week-end du 15 août 1972, au petit matin, la succursale vient juste d’ouvrir à la clientèle. Je m’active encore au classement des fiches de comptes arrivées par la voiture de la « Brink’s »,  quand arrive Madame R, l’épouse de l’écrivain célèbre. Elle demande à descendre à son coffre. Ce n’est pas son habitude de venir si tôt… Elle porte deux grands sacs de voyage, qui manifestement sont vides. Elle ne vient donc pas remettre son argenterie dans son coffre. Ce qui me surprend, à part l’heure matinale de sa visite, c’est  une  nervosité inhabituelle, un mutisme songeur et une mine fatiguée. Mais aussi des yeux rougis…Elle signe machinalement sans un mot  le carton de location de coffres sur lequel j’ai indiqué la date et l’heure de la visite.

Nous descendons  ensemble l’escalier qui mène à  la chambre  forte. (Il existe bien un ascenseur, mais peu de clients veulent l’utiliser.). Elle s’arrête devant son coffre qui fait partie de la catégorie des grandes capacités. Il est donc très grand et ancien : un « Fichet-Bauche » de vieille génération. . Je débloque la serrure avec la clé de contrôle. Elle ouvre le coffre avec sa clé personnelle. Je m’éloigne comme le règlement m’invite à la faire, car je ne dois en aucun cas voir l’intérieur et le contenu du coffre. Je remonte donc à mon guichet vaquer à mes tâches administratives…

Dix minutes plus tard, je vois la dame  sortir de l’ascenseur. Elle a du mal à porter les deux sacs de voyage pleins à craquer et très lourds. Un collègue l’aide à sortir de la succursale avec sa pesante charge. La dame monte dans un taxi qui stationne à l’angle de la Rue du Bac et s’en retourne probablement chez elle, à quelques centaines de mètres de la succursale du C.I.C.

Le temps passe. J’oublie l’impression bizarre que j’ai ressentie en début de matinée par la visite inhabituelle de Madame R…

 

Vers 11 heures trente, le coursier qui vient de terminer sa tournée du matin, entre dans la succursale en brandissant un journal.

-Vous avez vu, Monsieur R.. est mort hier soir.

Sachant l’écrivain gravement malade, je ne peux m’empêcher de penser :.

-« Cet homme de bonne volonté unanimiste est décédé malgré les soins attentifs du bon docteur Knock »

 

Mais, subitement, un doute angoissant m’envahit.

Je déboule dans le bureau du sous-directeur. Je lui raconte que l’épouse de l’écrivain mort dans la nuit a vidé entièrement le coffre ce matin.

Mais mon supérieur me rassure :

-« Vous avez bien fait signer la fiche des coffres avec la date et l’heure de la visite ? »

-«Oui !.  Hé bien ! Vous n’avez rien à craindre de l’Inspection. Vous avez fait votre travail correctement »

-« En effet un co-propriétaire de coffre dispose entièrement de son contenu. Nous n’avons rien à voir là dedans. Cette dame n’est redevable éventuellement qu’envers les autres héritiers. ».

Effectivement  je n’ai pas eu de retombée de cette histoire.

 

La succession s’est déroulée normalement, notre service des successions ayant pris l’affaire en main.

J’ai revu Mme R.., chez elle, rue de Solférino.Je suis allé lui faire signer des documents concernant  le compte titres de son mari.

Autre succession de cet écrivain célèbre :  Son collègue, Jean d’Ormesson a hérité en 1973 du fauteuil n° 12 laissé vacant à l’Académie Française. Il occupe toujours ce siége, 36 ans aprés.

 

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Encore plusieurs histoires de coffre à vous raconter :

Rendez-vous la semaine prochaine : même blog, même jour, même heure

15/05/2008

6-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LES COFFRES (1)

 

Un des lieux les plus emblématiques d’une banque reste la salle des coffres.

Cette salle censée renfermer des trésors enflamme les imaginations dont  celles des perceurs de coffres forts.

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A la fin des années 60, les lois dites « Debré (Michel Debré, ministre des finances d’alors) réorganisent le système bancaire en obligeant (entre autres mesures) les patrons à payer les salariés au moyen de chèques ou de virements. La « bancarisation » des Français, c'est-à-dire le besoin d’ouvrir un compte en banque fut presque totale .

Le nombre d’ouvertures  de nouvelles succursales bancaires a alors explosé.

Les banques se battaient pour acquérir des cafés et brasseries, bien situés. : A l’angle de rues passantes, sur de grandes places ou devant des mairies, des églises, etc.
En effet, ces établissements limonadiers possèdent une grande cave dans laquelle peut s’installer en toute sécurité une salle des coffres……

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M’occuper de la gestion et de la « descente aux coffres » en succursale au début des années 70 fut pour moi  l'occasion  d'engranger plein d'anecdotes souvent cocasses.

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-1-En classant les fiches cartonnées d’ouverture de coffre il m’arrive de rencontrer un passé quelquefois douloureux.

 

-a- Par exemple je suis surpris de constater  sur de très vieilles fiches  des années 40, la présence de cachets allemands à l’encre violette et à la croix gammée.

Un client  de soixante dix ans en signant sa carte de descente aux coffres estampillée aux armes de l’armée d’occupation, me raconte ému :

-«  En 1940, les Allemands ont convoqué tous les possesseurs de coffres pour faire l’inventaire de l’or conservé dans les coffres des particuliers. D’où le cachet prouvant leur passage. L’or fut en partie confisqué et peu rendu à la Libération. «  

Et le client continua, un sourire en coin :

-« j’ai réussi à sauver une partie de mes Napoléon en les cachant dans mes chaussettes. »…

 

-b-Je trouve aussi des mentions impensables même en cette année 1973 :

 La mention et la signature du mari autorisant son épouse à ouvrir un compte en banque et à se servir d’un coffre. En effet, la femme mariée jusque dans les années soixante était considérée comme mineure,  sous tutelle de son mari.
 Une autre mention m’interpelle. : « Mademoiselle X,  Célibataire majeure. » Ceci pour les dames non mariées que l’on appelle encore les « vieilles filles ». Il faut dire que nous en avons deux spécimens à la Succursales. Deux « gradées » d’une cinquantaine d’années. Toutes les deux se sont « sacrifiées » pour s’occuper de vieux parents. Si l’une est douce et souriante l’autre est d’aspect plus revêche. Elle tient comme à la prunelle de ses yeux à ce qu’on l’appelle « Mademoiselle ». C’est une grande voyageuse de par le monde. En partant  en dehors des vacances scolaires, elle  bénéficie de journées supplémentaires de congés. Et la faire raconter ses voyages lointains nous permet, nous le personnel « non gradé », de lui faire oublier de contrôler avec minutie notre travail de la journée.….

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.-2-L’utilisation des coffres est parfois surprenante.-

Les clients engrangent toute sorte de choses dans leur coffre. Bien sûr, des espèces, de l’or, des bijoux, de l’argenterie,des documents importants dont des titres, actions ou obligations qui sont encore « matérialisés » en papier. 

Mais d’autres choses plus étranges peuvent y être entreposées.

De nombreux exemples me viennent à l’esprit :

-Un Photographe professionnel y protége ses précieux négatifs.

-Un malade obsessionnel y planque son stock de médicamentes.

-Un pratiquant de tir sportif y  cache ses pistolets de précision avec ses munitions (ce qui est en principe prohibé).

-Beaucoup de clientes du beau monde y entreposent leurs couverts en argent qu’elles empruntent le temps d’un repas ou d’un week-end.
-Une jeune femme chaque fois qu’elle part pour plusieurs jours, y éloigne des voleurs une précieuse icône familiale en bois.. Hélas, après plusieurs jours, enfermé dans le noir, le bel objet s’est fendu en deux... La cliente désespérée a voulu porter plainte. Mais le contrat de location stipule bien que la banque ne peut être rendue responsable de la détérioration « naturelle » d’objets entreposés
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-3 – Il y a une vie dans les coffres.

Les clients possédant des titres descendent à la salle des coffres pour découper à l’aide de ciseaux les coupons qu’ils vont se faire rembourser auprès de l’employé « Titrard ».

Il faut donc faire la police, car les clients veulent se cacher des autres pour faire cette délicate opération.. Et ils se volent entre eux les précieux ciseaux..

On y trouve de tout dans la salle des coffres :  Des cabas plein de légumes, des vêtements ,des parapluie et même un petit caniche blanc que la maîtresse revient chercher en pleurant.

 

-Un vendredi soir vers six heures du soir, la journée terminée, le téléphone sonne. Les pompiers du service de sécurité du siège affirment quelque chose de surprenant. :

-« C’est très curieux, cela ronfle dans votre salle des coffres ».

En effet, la porte des coffres fermée à triples tours pour le week-end, la salle se trouve alors sous surveillance directe du siège reliée par téléphone.

-« Quelque chose qui ronfle dans les coffres ? » La nouvelle fait le tour des quelques employés encore présents dans la succursale.

-« Bon Sang ! » se met à hurler le « Titrard ».

-«  Monsieur Martin n’est pas remonté des coffres avec les coupons à rembourser ! ».

Avec une hâte nerveuse, sous contrôle de la sécurité et en respectant les temps de temporisation, la porte des coffre est enfin ouverte…..

Monsieur Martin, un vieux Monsieur à la barbe blanche  est en train de dormir tranquillement sur son paquet de titres.

Il fut difficile de le réveiller.

Heureusement que Monsieur Martin ronflait, que la Sécurité s’en soit aperçu, sinon il passait son week-end enfermé dans le noir…

Quel tohu bohu cela aurait fait….

Je n’étais pas présent lors de cet incident. On me l’a raconté longtemps après. C’est pour cela que j’ai un petit doute. Mais j’y crois car j’ai vu pire….

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La plupart des anecdotes « croustillantes » ou émouvantes concernant les coffres tournent autour des successions. Je vous en parlerai jeudi prochain.

Même blog, même heure.

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medium_salle_des_coffres_mulhouse_2.jpgP.S : En faisant mes recherches sur ce théme je me suis aperçu que "SALLE DES COFFRES" est aussi le nom d'une boite de nuit à Mulhouse.

 

 

24/04/2008

5-SOUVENIRS BANCAIRES-

UNE ERREUR DE CINQ CENT FRANCS.

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Un soir comme un autre en 1971, à la succursale de Montmartre  du C.I.C.

Il est cinq heures, la succursale vient de fermer à la clientèle. Le travail n’est pas fini, Au contraire, malgré l’absence des clients, l’ambiance est très studieuse.. Les conseillers peaufinent  leurs dossiers, s’entretiennent avec les services centraux de la banque pour des problèmes administratifs. Le Directeur reçoit des clients importants. Les comptables s’activent pour arrêter la journée comptable.
Avec Riton j’arrête et je vérifie ma caisse….

Il faut faire vite car la voiture du siège va bientôt passer pour récupérer le surplus  de l’encaisse et les documents à traiter par les services centraux…

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Moi, j’ai un gros problème, je n’arrive pas à ajuster ma caisse  J’ai beau  compter et recompter, comparer les bordereaux de remises d’espèces, les chèques payés avec la bande journalière de la « Kingsley » cette machine enregistreuse qui comptabilise toutes les opérations de la journée(Selon les jours, de 150 à plus de 400 clients par caisse), Je ne retrouve pas mes 500 francs manquants.   .

Je commence à m’angoisser.

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Bientôt six heures. Une voix forte clame :

-«  La voiture arrive ! ».
Cela signifie que la succursale de la rue Ordener vient de téléphoner pour signaler le passage imminent  de la voiture qui maintenant se dirige vers nous.

En catastrophe, je boucle les documents à envoyer au siège en signalant une erreur de 500Francs.

Le coursier surveille par la fenêtre la venue du camion.

-« La voiture est là! »

Il faut faire vite, sécurité oblige.. Le second de succursale ouvre la lourde porte grillagée.

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Une scène qui semblera surréaliste dans les années à venir :

Deux gros bonhommes en blouse bleue descendent de l’arrière du camion qui vient de se garer sur le trottoir tout prés de la succursale Ils traînent à l’intérieur de la succursale une grande caisse métallique attachée au camion par une lourde chaîne en fer longue de prés de dix mêtres. Le coursier surveille la chaîne  posée sur le sol, afin de prévenir les piétons qui se risqueraient à vouloir passer sur le trottoir... Le second (sous-directeur) de succursale a ouvert la caisse. Il, récupère les documents envoyés par les services du siège. Il enfourne les sacs remplis des documents utilisés dans la journée (Dont les miens, avec mon erreur de caisse de 500F). puis il ferme la caisse avec un cadenas. Les deux gros messieurs prennent la caisse et rentrent dans le camion en ramenant vers eux  la lourde chaîne qui glisse sur le pavé en faisant un bruit d’enfer. Le camion démarre. Le second ferme les grilles et téléphone à la prochaine succursale pour lui annoncer l’arrivée de la voiture.

Ce camion anonyme lesté de sa caisse enchaînée ne circulera plus que quelques mois encore dans les rues de Paris. Il sera vite remplacé par les « Cow-boys » armés de la société Brink’s.

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Bon, il me manque toujours 500 francs dans ma caisse.

Les collègues commencent à rentrer chez eux.

Le Directeur, Monsieur Villette. Vient à de nombreuses reprises  me voir.

-« Alors cette différence ? Vous les trouvez ces 500 Francs ? »

. Mais curieusement. Il me demande :

 «Vous n’avez rien de prévu ce soir ? Pas de restaurant, pas de cinéma ? ».

Je n’ais rien prévu pour ce soir. Il est vrai que j’habite non loin de la succursale. Dix minutes à peine à pied.. Je ne peux pas appeler Françoise avec qui je suis marié depuis quelques mois. En effet le téléphone est un luxe rare en 1971.

Riton le caissier m’abandonne. Il a l’œil malicieux.
–« T’en fait pas, tu va la trouver ton erreur ! ».

La succursale se vide peu à peu de son personnel. Je reste seul avec ma misère. Le Directeur travaille dans son bureau.

Bientôt sept heures. Françoise doit s’inquiéter……

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Soudain le Directeur sort de son bureau, un sac à la main.

Il le pose avec fracas sur le guichet.

-«Tenez les voilà vos cinq cents francs !».

Je suis complètement  ébahi, les yeux écarquillés devant ce sac en toile de jute. Et oui ; il s’agit bien d’un sac contenant cinq cent pièces de un francs soit, bien sûr cinq cent francs.. 

-« Maintenant, que nous sommes seuls dans la succursale. Je peux tout vous dire. »

Il passe le portillon à double battant et se retrouve derrière le guichet. Il me montre le petit coffre qui se trouve derrière la place du caissier, dans son dos.

-« Cet après-midi, vous êtes descendu à la salle des coffres pour vous ravitailler en billet.,

Vous avez bien sûr fermé votre caisse ».
(Cette caisse dissimulée par le guichet  et placée devant le caissier se bascule horizontalement pour se fermer. En cas de problème, le caissier peut fermer cette caisse en actionnant  une pédale au pied ou en appuyant  sur  un bouton placé sous son bureau .Le fond de la caisse s’ouvre et tous les billets tombent pêle-mêle par un conduit directement dans un coffre situé en dessous dans la salle des coffres).

-« Mais vous avez oublié de fermer votre petit coffre dans lequel sont stocké les pièces de monnaie. Je n’ai eu qu’à me servir. J’ai pris ce sac comme aurait pu le faire tout auteur de hold-up »

-« Je vous rends le sac. Demain je signerai une pièce pour annuler la déclaration d’erreur de caisse. L’incident sera clos. Que cela vous serve de leçon.. Il y va de votre sécurité.. ».

Il va sans dire que suis rentré à la maison en courant pour rassurer Françoise inquiète.

Le lendemain. Riton m’a sourit en me disant

-« Tu vois, tu les as retrouvé tes 500 francs ! »

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Un peu plus tard je ferai une vraie erreur de caisse. Mais cette fois ci, dans l’autre sens.
Un soir je trouvais 1000 francs en trop dans ma caisse. Probablement 11 liasses de 10X100 passées inaperçues dans un paquet de 10 000 francs. J’ai contacté par téléphone les deux  ou trois personnes m’ayant déposé de telles sommes. Aucune ne m’a déclarée avoir un trou de 1000 f dans sa propre caisse.  Mais j’ai bien l’impression que ces mille francs en trop provenaient de la remise de la recette journalière d’une pharmacie. Comme j’avais en quelque sorte sans le vouloir escroqué un client, l’Inspection Générale est venue faire son enquête. Mais  personne n’ayant  réclamé cette somme, les 1000 f sont repartis à la caisse centrale.

 Ma carrière de caissier continuera, encore deux ans de façon sporadique  avant que je  rejoigne les services centraux.

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PS : Je n’ai pas trouvé trace sur la toile des machines à calculer et enregistreuses « Kinsley » (Attention, j’écris de mémoire phonétique). Si un blogueur  peut me renseigner à ce sujet, je suis preneur.

17/04/2008

-4-SOUVENIRS BANCAIRES.

LE CAISSIER "RITON".

Dans ma note sur jacques Fabbri je racontais mes débuts en 1971 comme guichetier à la succursale bancaire  de Montmartre et évoquais le caissier «Riton ».

«Riton « un personnage « hors norme » que je ne rencontrerai plus jamais dans ma carrière bancaire.

 La fin d’une époque… ;

 

Gendarme à la retraite, Riton, fait donc une seconde carrière à la banque, qui d’ailleurs se termine. Il partira dans quelques mois à la retraite. Il n’est pas le seul ancien militaire à avoir une fonction  dans la banque. Mais peut être le seul comme caissier. Les autres officient plutôt au service du personnel ou dans les grandes entités du siège pour encadrer les nombreux employés souvent très jeunes (entrés à 15 ans après le certificat d’études), nécessaires pour le traitement des chèques, des effets de commerce ou des titres. Car tous ces travaux exigent encore de très nombreuses manipulations manuelles. Le siège de la banque présente dans beaucoup d’endroits, encore, des aspects d’usine travaillant à la chaîne. Avec une discipline presque militaire exercée  par de nombreux  petits chefaillons. Heureusement, avec mon BTS de gestion, il m’a été proposé d’apprendre le métier sur le tas en agence avant de suivre la formation interne.

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Bon revenons à notre « Riton ».
C’est un homme de près de soixante ans, légèrement  grassouillet, très soigné sur lui cheveux blancs coupés court. Vêtu d’une large blouse blanche. Il porte des lunettes en écaille, qu’il en lève pour en mâchouiller les branches quand il  discute avec quelqu’un.

Je suis en quelque sorte son « apprenti », je  le seconde, et le remplace au moment du déjeuner…C’est un bon instructeur, de bon conseil. Mais il garde jalousement certaines prérogatives. .Comme par exemple, en se réservant les clients qui donnent de bons pourboires ou avec lesquels il a des affinités. Comme le peintre Moretti ou le réalisateur Marcel Carné et son ami Roland Lesaffre.

Riton  va déjeuner le midi à la cantine des studios de cinéma et de télé Pathé, rue Frankeur, juste au –dessus de la succursale. Mais, il n’a jamais voulu y emmener qui que soit de la succursale…

Je vais déjeuner avec les autres jeunes dans un petit bistrot de la Rue de la fontaine du but. Il m’arrive aussi  de fréquenter la cantine des postiers de la centrale de tri de la poste de la rue Duc…Il m’en restera de bons souvenirs.

Riton habite Sarcelles. Il y est d’ailleurs, je crois, Conseiller municipal.. Il habite le vieux Sarcelles. La cave de sa maison, nous dit-il, date du temps des templiers….Un énorme contraste avec les grands ensembles que l’on vient juste de construire à Sarcelles « ville nouvelle ».

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Deux anecdotes sur Riton :

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-1-Un jour, Riton et moi étions en froid avec la Direction
de l’agence.
Je ne me rappelle plus le motif exact : .Une histoire de procédure, d’horaire, de remplacement le midi  ou de dates de congés…

-« Attends voir, j’ai un moyen pour les embêter »

Me dit Riton en mâchouillant sa branche de lunette.

-« Passe moi le règlement de sécurité caisse. »

Je lui donne le bouquin qu’il ouvre et étale sur le guichet devant lui.

-«A partir de maintenant on applique le règlement à la lettre »

Les clients habituels connus et reconnus, se voient réclamer leur pièce d’identité comme le règlement l’exige, Nous prenons le temps de noter les numéros des cartes, de téléphoner aux autres succursales pour avoir leur accord de payer  un chèque hors place, comme le règlement le prévoit ,et bien d’autres tracasseries sécuritaires.

Devant les clients interloqués, Riton réponds en montrant le bouquin :

-« Moi je suis un ancien militaire, je ne  pense pas, je n’applique que  le règlement, rien que le règlement »..

Au bout de quelques minutes, une queue d’une bonne trentaine de personnes commençant à s’énerver et bruyantes s’est formée devant notre guichet et le livre du règlement ouvert à leur attention. Les protestations commencent à fuser de toutes parts.

D’un coup, la porte de la Direction s’ouvre, et de loin le Directeur nous fait signe.

-« D’accord, j’accepte votre demande, Monsieur Henri mais arrêtez votre zèle intempestif ».

Je verrai toute ma vie le sourire en coin de victoire que m’adresse Riton en refermant et en le rangeant dans son tiroir le fameux règlement. Très, vite en reprenant nos habitudes de  petites infractions au règlement, la queue d’attente se résorbe et tout rentre dans l’ordre….
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-2- Lorsqu'il descend l'escalier qui mène à la salle des coffres, j'entends souvent râler Riton : 

- « Ces marches sont glissantes, un jour quelqu’un va s’y casser la binette. J’ai téléphoné plus d’une fois au service du matériel pour qu’ils  y  installent  un tapis. Ils n’en n’ont rien à faire ; Ils ne  sont toujours pas venus !  ».

Il continue en disant :

-« Un jour un de nos vieux client s’y fracassera le col du fémur, y verront ce que cela leur coûtera ! »

 

Un soir la journée terminée, Riton, sa caisse sous le bras, avec un ou deux sacs de pièces de monnaie descends à la salle des coffres pour mettre à l’abris pour la nuit son encaisse du lendemain.

Resté au guichet, j’entends d’un coup, un grand bruit, un hurlement…
Riton est tombé dans l’escalier aux marches glissantes. Impossible de le lever. Appel aux pompiers qui l’emmènent à l’Hôpital. Genou abîmé, épanchement de synovie.

Je ne reverrai plus Riton. Il va prolonger son arrêt maladie et partira ainsi à la retraite sans tambour ni trompette.

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Curieux. : Dés le lendemain de cette chute malencontreuse, le service du matériel fera installer un tapis anti-dérapant sur les marches de cet escalier dangereux...

 

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* Oeuvres de Raymond Moretti, (1931-2005) client "privilégié de Riton.

medium_moretti_petit-journal.jpg

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medium_carne_1.jpg.P.S. Marcel Carné apparaît dans ces souvenirs :. Le grand réalisateur de nombreux  films inoubliables, comme « Quai des Brumes », « Hôtel du Nord », « le jour se lève » ou « les enfants du Paradis », Films souvent écrits avec Jacques Prévert.

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medium_carne_antonioni.jpg
Marcel Carné John Ford, Roland Lesaffre 1973.

 

 

 

Marcel Carné est décédé en 1996. Il est enterré dans le tout petit cimetière Saint Vincent qui se trouve juste en face de la succursale bancaire, de l’autre côté du square Constantin Pecqueur .

 

10/04/2008

3-SOUVENIRS BANCAIRES-

 JACQUES FABBRI.

1971. Succursale BP Montmartre du C.I.C. Avenue Junot. Paris XVIIIème arrobissement.

Un mardi matin comme les autres. Quelques minutes avant neuf heures. Je m’active derrière le guichet à préparer ma caisse. Je suis tout nouveau caissier de banque. A peine six mois d’ancienneté. Le caissier principal « Riton » un ancien gendarme, prés de la retraite m’aide et me prodigue donne encore quelques conseils.

Nous portons tous deux une blouse blanche car le métier de caissier est un métier manuel salissant. Un sac de 500 pièces de un franc pèse un peu plus de 4kg. Nous ne les comptons pas, nous les comparons avec un sac témoin. Et c’est juste. Ma belle blouse blanche le lundi matin  bleuit au fil des jours.. Car nous utilisons pour les reçus de caisse des imprimés en plusieurs exemplaires carbonés. Nous donnons l’original au client et gardons le double avec le carbone. Je ne sais pas comment il fait Riton mais  sa blouse reste étonnamment blanche, ce qui fait très vite un contraste saisissant avec  la mienne maculée. Le vendredi  je restitue à la laverie par le camion du soir, une blouse qui a viré ostensiblement au bleu violet. Notre seule coquetterie reste la cravate obligatoire.  Nous utilisons chacun une calculatrice électrique qui enregistre les retraits et dépôts en imprimant une bande de papiers, qui le soir venu mesure plusieurs mètres de long. Le résultat donné par ce ruban doit correspondre au contenu de la caisse…Mais je reparlerai de tout cela...

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Ca y est, il est pile neuf heures. Le sous-directeur ouvre la lourde porte grillagée. Il y a une seconde porte. Mais ce mini sas n’est pas sécurisé. Les premiers clients entrent en trombe dans la succursale, comme un essaim d’abeilles qui s’égaille  dans toute les directions.. La succursale devient d’un coup bourdonnante. A la caisse, nous recevons les commerçants du quartier, qui viennent, pressés, avant d’ouvrir leur boutique, nous remettre la recette de la veille, espèces et chèques, et surtout pour se munir en rouleaux de pièces de monnaies.

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Soudain, la porte est bousculée bruyamment. Une voix tonitruante éclabousse  le bourdonnement encore discret de ce début de matinée :

-«  Bonjour M’essieurs-Dames.! »

Une odeur chaude et  poivrée de tabac oriental envahit par volutes la succursale.

Un colosse ébouriffé à la moustache en balai brosse, une énorme pipe au bec, envahit l’espace et s’avance en grandes enjambées vers la caisse.

 

Il s’agit de Monsieur FABBRICOTTI, plus connu sous le nom de jacques  FABBRI, l’acteur, metteur en scène  ancien chef d’une troupe de théâtre..

medium_fabbri_jacques02.jpgNous le savons, nous l’attendons, chaque mardi matin, il passe nous voir avant de partir à la campagne. En effet, il joue en ce moment au théâtre Fontaine, une pièce de Jean CAU « Pauvre France ». Et comme le jour de relâche se trouve être le mardi soir, il part le mardi matin dans sa maison de campagne jusqu’au mercredi après midi. Il est accompagné de son épouse Claudine COLAS qui joue avec lui dans la même pièce.  

Nous l’aimons bien Monsieur Fabbricotti. Il raconte avec sa voix et sa verve inimitables  des histoires interminables ponctuées de rires énormes et de généreuses bouffées de ce tabac à l’odeur si forte et parfumée que je n’ai jamais connu ailleurs.

.Il faut dire aussi,: il lui arrive de laisser quelques pourboires généreux…

Le temps semble s’arrêter, tout le monde écoute ce conteur farceur, les collègues sortis de leur bureau, les medium_fabbri_pauvre_france_2.jpgclients devenus soudain patients et heureux de faire la queue.

Quand, monsieur Fabbri est reçu dans le bureau du Directeur, malgré la porte fermée on entend, fait extrêmement rare, le patron rire aux éclats.. . Le patron, sympa, s’il s’en souvient,  nous raconte les histoires après le départ de Jacques Fabbri.

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Parmi d’autres, un exemple des fascéties de Jacques Fabbri :
Un mardi matin, donc, Jacques Fabbri, arrive avec sa femme et son extravagante bouffarde. Il passe difficilement la porte de l’agence car il porte trois cannes à pêche en bambous longues de plus de deux mètres. Sa femme porte avec précaution un énorme sac,  peu lourd mais dont le contenu semble être fragile. Voyant mon étonnement. Il me dit :
-« Voyez vous jeune homme, je viens d’acheter tout cela chez le marchand d’articles de pèche non loin d’ici  Dans ma maison à la campagne il y a des fenêtres velux haut perchées. Avec ces cannes en bambou je peux les ouvrir ou les fermer sans monter sur un escabeau »

Son épouse ayant posé délicatement l’énorme sac sur le guichet, il l’ouvre et me montre trois aquariums ronds de différentes tailles ;

-« Et  ces aquariums,  je m’en sers comme saladiers. »

Il empoigne sans ménagement le plus grand des ronds  bocaux devant sa femme effrayée, persuadée d’un bris imminent de verre. Il me démontre gestes à l’appui qu’il est très facile de touiller la salade à l’intérieur  sans faire tomber une feuille  à l’extérieur. Tout naturellement , cette démonstration digne d’un camelot de talent se termine en fou rire général….

medium_fabbri_jacques01.jpg

Jacques Fabbri, fut un des rares artistes sympathiques et naturels que j’ai connu dans mon parcours bancaire. Les autres avaient plutôt une méfiance congénitale devant le « banquier » et une totale insouciance voir un mépris obtus devant les dures réalités matérielles et  financières….

 

Désormais, voyant un brave poisson rouge tourner bêtement en rond dans son bocal, je ne peux m'empécher d'y voir à la place la salade remuée par Jacques Fabbri...

03/04/2008

2-SOUVENIRS BANCAIRES - BETISIER

PERLES DE BANQUIERS. 

En 1985, un de mes supérieurs hiérarchiques,  Monsieur LE CHEVALIER fêtait son départ à la retraite.
Il montre alors les objets qu’il emporte en souvenir de ses quarante cinq années passées au C.I.C.
(Hé oui de 15 à 60 ans)

Parmi ces objets hétéroclites : tampons, affiches, objets publicitaires, cendriers…etc., un cahier relié passe de mains en mains et provoque l’hilarité générale.


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 Il s’agit d’un «Bêtisier».

Ce cahier a été tenu régulièrement de 1947 à 1960 par un responsable de la Direction des engagements.
Cette Direction reçoit pour étude  et acceptation  les rapports et demandes de crédits  établis par les commerciaux lors de visites chez les clients professionnels ou particuliers.

Dans ce cahier sont consignés les bourdes involontaires relevées dans ces notes internes…

Ce qui est rigolo, c’est que l’on retrouve parmi les signataires de ces dérapages malencontreux quelques personnes devenues depuis des grands «pontes» de notre banque, le C.I.C.

Monsieur Le CHEVALIER est parti en retraite avec ce précieux grimoire.
Il est décédé quelques années après son départ du C.I.C. 
Je ne sais ce qu’est devenu ce cahier .de mémoire.

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Heureusement, j’ai pu photocopier les plus beaux feuillets de cet ouvrage de pros.

 

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. En voici quelques versets drôlatiques.

(Il est évident que je n’indique pas les noms des auteurs.

 Vous ne les connaissiez pas. Moi si, souvent. Mais il y a prescription)

Je me suis permis parfois, d’ajouter mon propre commentaire (en italique).

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-Monsieur Masson est un travailleur manuel qui s'est fait lui-même.
(On n'est bien servi que par soi-même)

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-« Self made man » est un gallicisme anglais

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 -Les antécédents de l’autre gérant (ancien stagiaire au C.I.C) nous incitent à la prudence. (Hé bien ! il en a appris des choses pas belles pendant son séjour au C.I.C)

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-Entraînée par le dynamisme de ses dirigeants, la société dans sa réunion du 20.03.47 a décidé de déposer le bilan….

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-Cette société est spécialisée dans la vente des glacières et principalement des réchauds à gaz. 
 (Le rédacteur souffle le froid et le chaud).

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- (Rapport de mars 65). Mr X s’est marié le 18.8 .1959 à Melle Y. De leur union est né deux enfants 12 et 22 ans.
(
On vieillit vite dans la famille X)

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-Les pertes mensuelles commencent à être épongées.
Réponse du chef des engagements : Il était temps d’arrêter l’hémorragie.

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-Etat des débiteurs de la succursale X :
Nom du client : « Les Balkan ».   Motif du débit : "Nivelés !!"

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-Monsieur Martin venant de décéder à la suite d’une opération chirurgicale se trouve dans une situation financière difficile.

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 -L’usine occupe 1200 personnes environ, des deux sexes, aux occupations diverses….

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-Pendant l’absence du gérant, l’affaire était dirigée par son épouse qui paraît active et bien connaître les parties….

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 -Monsieur Beauccon a des espérances du côté de sa femme. Il a également d’autres ressources. 

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 -Monsieur X beau père d’un de ses fils….

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-A la suite du décès de son mari, Madame Z a chargé Mr Galopin de la vente hors cote de 500 actions « Pompes funèbres Générale »

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Le "Bêtisier" comportant une trentaine de pages, j'aurais l'occasion par la suite d'égrener de temps en temps quelques perles bancaires...

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A jeudi prochain pour d'autres souvenirs bancaires..

28/03/2008

MES SOUVENIRS D'EX EMPLOYE DE BANQUE AU C.I.C DE PARIS

La note précédente  débute une série de notes que je désire  consacrer à mes trente cinq années passées derrière les barreaux d’une banque..

 

Je vous rassure : Cela  ne sera ni austère ni technique
Je raconterai un monde qui n’existe plus : celui de la banque des années 70.

Je vous conterai des anecdotes drôles ou touchantes.

Je brosserai le portrait de collègues et de clients avec qui j’ai partagé ma vie professionnelle.

Je me limiterai à la période 1970-1985. Après cette période, fin d'un autre âge, la Banque a subi beaucoup de transformations qui en ont fait un monde plus dur et moins humain, beaucoup moins drôle à décrire …

 

Je vais faire paraitre ces souvenirs bancaire chaque jeudi à 18 heures.

Voici donc ma première note de « Mes souvenirs d’en banque »(liée directement à celle d’hier), dans la catégorie "Portrait de clients".

1 - SOUVENIRS BANCAIRES - MARIANNE OSWALD.

PORTRAITS DE CLIENTS : 

1-MARIANNE OSWALD.

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En 1972, après 2 ans passés à l’agence bancaire du C.I.C de Montmartre pour faire mes premières armes, je fus muté à l’agence de la Rue du Bac. J’y exerçais une fonction  de polyvalence : caisse, guichet, comptabilité, tenue des coffres, change et parfois coursier. Je passais d’une « petite  succursale » de 12 personnes à une « grosse » de plus de 20 personnes…
L’accueil fut chaleureux…

Arrivé depuis deux jours, j’étais occupé à faire les « chèques remis » un des travaux les plus ingrats en succursale. J’entends alors  le « Troisième de Succursale» (Après directeur et Sous directeur, disons « l’Adjudant » en terme militaire) demander à la cantonade :

- « Qui veut recevoir demain matin, Marianne Oswald pour l’aider à pointer son compte ? »

 

Le nom de Marianne Oswald me renvoie d’un coup dans mon enfance

medium_Marianne_oswald.2.jpg-«  Marianne Oswald  est-ce bien cette dame à la voix rocailleuse que j’écoutais le jeudi matin à la radio ? Cette dame qui racontait des histoires de tous les pays qui m’enchantaient ? Cette dame qui disait entre autres des textes de Rémo Forlani ?. »

Je ne peux que répondre :

-«Oui !, moi !: ».

Je suis tellement dans mes souvenirs radiophoniques que je vois à peine le sourire en coin du « troisième » et que je n’entends pas les ricanements feutrés derrière mon dos.

 

Le lendemain, curieusement, le « troisième » m’a aménagé un bureau devant la porte de la Direction. Depuis la veille, dans ma tête je me répètes ce que je vais dire à Marianne Oswald :

-« Madame j’aimais beaucoup vos émissions à la radio, j’attendais avec impatience le jeudi pour vous entendre …etc.»  Bref, je me fais un film d’enfer …

Je commençais à trier et étudier les documents que m’avait laissés le « troisième », quand il arrive accompagné d’une petite bonne femme rabougrie d’environ soixante dix ans, pleine de tics et portant un énorme cabas lourd et difforme..

-« Voila le monsieur qui va vous aider dit le «troisième » en s’esquivant prestement.

J’allais dire quelque chose d’aimable, quand d’un coup vif, le cabas est retourné. Son contenu tombe en s’éparpillant sur la table. Des feuilles, des classeurs, des carnets de chèques en pagaille. Une partie tombe à terre. Je me penche pour ramasser. J’entends alors claquer une voix rauque et grave que pourtant, il me semble reconnaître. :

-«Vous me paraissez un peut trop débutant pour vous occuper de mes comptes, Jeune homme !! ».

Puis, sans que je puisse placer un seul mot je suis entraîné dans un tourbillon infernal. Marianne Oswald, puisque c’est bien elle, triture les papiers, déchire les feuilles, les jette à terre. Elle hurle en faisant de grands gestes et des moues terribles.

 Je suis complètement étourdi, abruti.   Elle mélange tout : débit, crédit, nouveaux francs, anciens francs, factures, relevés de compte, dates… Evidemment tout ce que j’affirme est faux. Je me fais traiter de tous les noms d’oiseau… J’arrive presque à croire que  2 et 2 font cinq.

Ce supplice (Une de mes plus cinglantes expériences bancaires) va durer plus d’une demie heure. Enfin, le Directeur sort de son repaire et vient à mon secour.

C’est surprenant comme un « supérieur » même s’il dit exactement ce qu’a affirmé le « grouillot », est lui, cru sur parole. Marianne Oswald se calme, accepte la position de son compte et repart rassurée, son cabas sous le bras.

Quelques minutes aprés, la succursale venant de fermer à la clientèle, le  "troisième" tout sourire me demande en se frottant les mains :

 

-« Cela c’est-il  bien passé avec Marianne Oswald ? »

Je m’entends dire dans un souffle.

-« Oui, cela c’est très bien passé. Merci pour le bizutage ! ».

Il s’agissait bien d’un « bizutage » puisque j’entends une partie de mes collègues rire aux éclats et une voix féminine  déclamer : « Bienvenue au D Bac, Pierre !».

 

Je revis plusieurs fois Marianne Oswald., mais accompagné d’un «Responsable».

Ce qui me désole, c’est que, jamais je n’ai pu lui faire part de mon admiration. Lui dire combien ses émissions radiophoniques enchantèrent mes jeudi d’enfance…

Mais très vite je fus affecté au guichet « Change » de la succursale et ma clientèle fut plutôt étrangère et de passage à Paris.

 

J’appris cependant que Marianne Oswald vivait depuis la guerre dans une chambre à demeure de l’Hôtel LUTECIA à deux pas de l’agence

 Cet hôtel de Luxe avait servi en 1945 à recevoir .les déportés venant des camps de concentration….

C’est bien plus tard que je connu l’œuvre chantée et cinématographique de Marianne Oswald.

Quand elle décéda en 1985, j’avais quitté la rue du bac depuis longtemps..

 

Marianne Oswald (à gauche) et son amie Fréhel.

medium_MarianneFrehel.jpg

 

 

J'ai chez moi une interview de Marianne Oswald avec des morceaux d'émissions "pour enfants" du jeudi matin et des chansons.

Mais étant enregistrée sur une cassette audio, je n'ais pas trouvé le moyen de la transférer sur ordinateur.

Y a t il un moyen ?..... 

 

Cependant, vous pouvez l'entendre chanter sur cette page :

 

http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.view...

 

 

A jeudi prochain pour d'autres souvenirs du C.I.C.

 
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