03.07.2008

13-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

J'arrête momentanemment pour cause de repos bien mérité, la rédaction
de mes souvenirs bancaires-C.I.C.   

 

 

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-"Mon casse-croûte!".
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-"Dites, caissier, c'est deux billets de mille francs que vous me devez, et vous ne m'en donnez qu'un ?."
-"Que Monsieur le Directeur m'excuse, j'ai dû me tromper en les comptant!".
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"-C'est une voiture que vous avez achetée à crédit?.
-Oui!...Je n'en suis qu'à mon troisième versement ."
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"-Arrêtez, j'y pense, c'est là que j'ai mon compte en banque."
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N’ayez craintes j’ai encore pas mal d’histoires à raconter.

Rendez-vous en septembre pour la suite de ces aventures…

 

En attendant vous pouvez toujours lire et relire
les 11 premiers souvenirs dans la catégorie :
" Souvenirs d’en Banque - C.I.C."

 http://lesdurocasseriesdepierlouim.blog50.com/archives/ca...

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26.06.2008

12-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

- LA GRENOUILLE ET L’ORDINATEUR.

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J’ai retrouvé récemment dans un des magazines d’entreprise du C.I..C que j’ai conservé, trois photos pleines de souvenirs pour moi.
Ces photos dates de 1995 : 13 ans donc.
Cela n’est  pourtant pas si lointain…..

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1-Une machine à calculer antédiluvienne que nous utilisions vers 1970 et que nous appelions la « grenouille ». .

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.medium_4234_1.jpgQuand je tenais le bureau de change de la rue du Bac, cette machine à manivelle me servait pour convertir en Francs Français ou en devises.
Il fallait faire autant de tours que de chiffres voulus (5 tours pour 5 Francs, par exemple) puis on avançait d’un cran pour les décimales. Etc.  Cela faisait un bruit de crécelle caractéristique, surtout en tournant vite la manivelle.
Je dois avouer que les clients étrangers, notamment les américains s’amusaient de la vétusté de notre matériel. Mais moi je trouvais cela très pratique. L’habitude….

Et puis, en une dizaine d’années, l’ère de l’ordinateur à tout crin est arrivée :

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2- Les nouveaux ordinateurs reçus en 1995:

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Une puissance extraordinaire : 16 méga au lieu de 6.
Quand je pense que je  peste après mon vieil  ordinateur de trois ans d’âge qui ne « fait » que 33 Gigas, alors que les ordinateurs actuels ont 500Gigas de mémoire, voire 1000 Gigas.
Avec 16 mégas actuellement on ne  mémorise que quelques photos de bonne qualité.
A l’époque, les ordinateurs ne comprenaient que le traitement de texte….

La technologie avance plus vite que l’éclair.

Il faut dire aussi, qu’à l’époque, les informaticiens qui avaient appris leur « job » sur le tas (Il n’y avait alors pas d’école d’informatique) étaient considéré comme des semi dieux. Les vieux Directeurs ignares devant les techniques nouvelles, travaillant encore à la plume sergent major, étaient ébahis devant les beaux tableaux en abside et en ordonnée que ces magiciens leur fabriquaient en quelques minutes.
Les promotions en fin d’années tombaient drues sur la tête de ces malins qui faisaient rêver la hiérarchie.
Moi je ne voyais qu’un avantage à ces machines nouvelles. Je devais taper seul, sans passer par des secrétaires débordées, souvent mignonnes, mais quelquefois grincheuses, mes rapports et mon courrier. J’évitais ainsi des temps d’attente souvent longuets.
Un autre résultat : Je n’aurais peut être pas ouvert un blog, si je n’avait pas été habitué à tapoter sur un clavier d’ordinateur.

Mais j’avoue que retourner à l'époque d’avant l’ordinateur serait totalement inimaginable, à la banque comme dans la vie de tous les jours.

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3-Un dernier exemple de la banque «manuelle» :

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La chambre de compensation en 1995. Les chèques « remis » se transmettent encore par paquets d’une banque à l’autre Des dizaines, voire des centaines de kilos passés de la main à la main  ou dans des chariots à roulettes.

Maintenant il n’a plus de transferts « physiques » des chèques et effets. Tout s’effectue par  réseau informatique…

Vive le progrés....

 

19.06.2008

11-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LE MISSIONNAIRE DANS LES VIGNES DU SEIGNEUR.

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Le
 C.I.C fut longtemps considéré depuis sa création en 1859 comme la banque privilégiée de la hiérarchie catholique en Françe.Ce qui est encore le cas en 1974..

La succursale de la rue du bac est entourée de toutes sortes d’institutions religieuses et gère les  comptes bancaires de la plupart d’entre elles : L’archevêché, le secours catholique, les missions étrangères, moult congrégations religieuses, ainsi que la plupart  des  paroisses et églises de la capitale.

Les avoirs détenus dans ces comptes  représentent de coquettes sommes qui bien sûr, intéresse la banque.

Les trois «titrards» de l’agence , (contre un seul dans une succursale ordinaire) sont à la fête.

Lors des nombreuses émissions de titres, obligations diverses et variées par l’Etat ou d’organismes habilités, il suffit à ces employés modèles et choyés de passer quelques coups de fil pour remplir leurs objectifs de placements. Les clients, issus de la vieille noblesse ou constitués de ces congrégations religieuses possèdent de l’épargne conséquente et ne rechignent pas à la placer dans des valeurs de refuge sûres et juteuses

Ces veinards de « titrards » perçoivent des commissions en fin d’année dont le montant fait pâlir de jalousie les «administratifs» comme moi. Ce qui est injuste est que ces vendeurs ne se foulent pas trop pour placer des centaines de milliers de francs. Dans les  succursales de quartiers plus populaires, il faut donner des dizaines de coup de fils et mouiller sa chemise pour récolter quelques milliers de francs de placements et percevoir une mini commission.

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Bon revenons à nos moutons
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Non loin de la succursale se trouve le port d’attache  des « Missions étrangères ».

Nous voyons régulièrement à nos guichets le trésorier général,  le "Père Marcel ".

Il est rarement habillé en missionnaire, mais, même en « civil », il a le profil parfait du fmoine missionnaire  tel que l'on peut se l'imaginer :

Petit, la soixantaine rubiconde, les cheveux ras  rares et gris, des lunettes rondes aux montures en ferraille, et surtout une barbe en pointe  blanche et  ébouriffée.
Il porte souvent des sandales aux pieds nus.

C’est un client apprécié,  il est sympathique, très « causant », et très énergique. Toujours par monts et par vaux…..

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Un lundi après-midi de 1974
, comme c’est la coutume, une à deux fois par an, le père Marcel et notre directeur sont partis déjeuner ensemble dans un bon restaurant des alentours.

Ils tardent à revenir.

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Les clientes qui ont rendez-vous à trois heures avec le Directeur sont déjà arrivées et assises dans les fauteuils de l’accueil, attendent bien sagement. Il s’agit de deux sœurs « auxiliatrices du purgatoire ». Ces religieuses sous leur voile et soutane gris bleu attendent en silence, la tête baissée.

Soudain, il est trois heures vingt passé, nos deux compères arrivent, pratiquement bras dessus bras dessous, en pleine conversation bruyante et joyeuse. Les yeux brillent, la démarche est hésitante.
Manifestement le repas fut bien arrosé.

Voyant les Sœurs, le Directeur se penche vers elles, s’excuse du retard et leur demande d’attendre quelques petites minutes. Puis il s’enfourne dans les vestiaires, apparemment pour se mettre de l’eau sur le visage…

Le père Marcel,  plus rubicon que jamais, les cheveux et la barbe en désordre, s’est attablé à mon guichet en s’agrippant des deux bras. II commence à  plaisanter de tout et de rien. Apercevant les sages religieuses recroquevillées dans leur coin, son œil se met à pétiller et un sourire en biais illumine son visage déjà rouge comme in lumignon.

Il se met à raconter, haut et fort, des histoires de plus en plus osées en lorgnant du coté des sœurs avec l’intention visible de les taquiner et de leur faire perdre leur flegme. En effet, elles sont de plus en plus impatientes de se réfugier dans le bureau directorial.

Revenu des toilettes et comprenant la situation périlleuse pour les soeurettes, le Directeur les fait rentrer d’urgence dans son bureau. Mais avant de refermer la porte il me fait signe de le rejoindre avec les comptes et les documents de la congrégation.

Avant de m’enfermer dans le bureau avec les religieuses et le directeur, j’ai juste le temps d’entendre le Père Marcel clamer à mes collègues hilares :

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-« Tenez! Savez-vous comment on faisait l’amour au Siam ? ».

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Je referme vite la porte derrière moi, car le patron s’impatiente.

L’entretien est tendu, car les religieuses sont dures en affaires. Le patron a quelque fois du mal à suivre. Son esprit me paraît un peu brumeux…

Malgré le huis clos, en épluchant les comptes  je devine la voix du père et des rires en cascades.

Quand, enfin les religieuses s’en retournent dans leur couvent, la succursale est redevenue calme. Le père Marcel est parti depuis longtemps.
Je demande à mes collègues la suite de l’histoire.
Mais ces ingrats ne veulent rien me dire.

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J’ai revu par la suite, souvent, le Père Marcel.

Descendu des vignes du Seigneur, il est redevenu beaucoup plus sérieux. Cela ne l’empêche pas d’être aussi bavard et de raconter en détail les missions caritatives de son ordre.
Missions extraordinaires voire impossibles, en Asie ou ailleurs dans le monde, en tout cas dignes d’éloges….

Mais je n’oserais jamais lui demander la suite de l’histoire…

Je ne saurais donc jamais comment on faisait l’amour au Siam.

 (Il se peut aussi, et cela est ma version, qu'il n'ait fait qu'un effet d'annonce uniquement pour effrayer les braves religieuses et qu'il n'a jamais révélé à mes collégues le mystère de l'amour au Siam..Et qu'il n'a, les religieuses étant cloîtrees dans le bureau du Directeur, ensuite raconté que de banales histoires drôles..)

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12.06.2008

10-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

AFFAIRES FAMILIALES.

Si le médecin est le confident du corps de ses patients, le curé celui de l’âme de ses ouailles,  le psy celui des états d’âmes de ses malades, l’employé de banque est le confident du porte monnaie de ses clients. Un peu comme le notaire qui connaît en détail les histoires de famille des différentes parties qui s’adressent à lui. (Mariage, divorce, successions, etc.).

La banque est indirectement au courant de beaucoup d’éléments de la vie d’un client : ses revenus, son patrimoine, ses dépenses, ses problèmes de santés, ses difficultés professionnelles,  familiales et même conjugales.

C’est pourquoi, si l’on parle de secret bancaire (surtout dans les paradis fiscaux) dans les cas de la vie personnelle des clients il s’agit plutôt de «Discrétion bancaire».

Quelques exemples glanés dans mes souvenirs, que je peux révéler  quarante années après:

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Commençons par les plus tristes
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1-Un Monsieur  arrive en larme à la succursale. 

 Sa femme vient de déserter le domicile conjugal  en vidant totalement le compte joint.

-« Que dois-je faire ? » demande-t-il en hoquetant.

-« Pas grand choses mon pauvre Monsieur ! »

C’est vrai qu’un compte joint c’est très pratique, quand le couple s’entend bien. Le compte n’est pas fermé en cas du décès d’un des co-signataires. Mais en cas de dispute ou de divorce c’est une autre affaire. Comme la signature est valable, la dame est en droit de vider le compte. Le Monsieur est solidaire du débit que pourrait occasionner sur le compte son épouse.

Une seule solution  pour l’époux abandonné : Ouvrir un compte à son nom propre, et transférer de toute urgence la domiciliation de ses salaires sur ce nouveau compte……

C’est malheureusement une situation assez fréquente.

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2-Ayant pris rendez-vous avec le Directeur, un vieux monsieur est arrivé encadré par sa femme et sa fille. J’assiste le Directeur en apportant les documents nécessaires à la signature. Car les dames sont venues faire signer à leur époux et père des procurations et des papiers en cas de décès. Mais le Monsieur manifestement n’est pas tout à fait d’accord. Il est assis au milieu de ses deux cerbères et son opinion semble peu compter. Le Directeur comprenant bien la situation essaie de tempérer et de s’assurer de la bonne santé mentale du Monsieur. Bien sûr le Monsieur n’a pas deux revolvers braqués sur lui. Mais que peut-il faire devant une pression morale aussi forte.

-« Vous êtes bien sûr de signer? »

 Demande le Directeur.

-« Allons Papa signe, les choses seront ainsi en règle ! »

 Insiste la fille ;

Enfin, le vieux Monsieur s'exécute et signe, les larmes aux.yeux.

Le Directeur et moi avons l’impression d’assister à une exécution en règle.

Mais que pouvons-nous faire ? Tout cela est légal.  

Le groupe s’éloigne, le vieux client marchant difficilement est soutenu par ses deux gardes du corps.

Il mouru deux mois plus tard.

La succession se déroula sans problème….

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3-Une histoire gênante pour la banque :

Un père et son  fils ont chacun un compte à la succursale. Ils habitent tous deux dans le même immeuble, probablement à des étages différents.

Un jour, le comptable de la succursale envoie au père un document dans lequel sont indiqués les soldes des comptes paternels.

Un oubli fatal : Sur l’enveloppe manque  le prénom.

Voyant le nom de famille, on ne sait pourquoi, le concierge de l’immeuble a donné au fils l’enveloppe destinée au père.

Vous devinez la suite :

Scandale dans la famille.

-« Mais pourquoi, avec l’argent que tu as, Papa, tu ne m’en prête pas?»

Fureur du père dans la banque….

Le directeur, en l’isolant dans son bureau a pu le calmer, en lui promettant de sévir auprès du fautif. (Ce qui ne fut pas fait, mais on n’oubliera plus d’indiquer le prénom des clients.) .

Je crois savoir que le fils a déménagé et changé de banque.

Le père est resté un de nos fidèles clients.

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Enfin, une anecdote rigolote

 

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La succursale de la rue du bac, est située en plein septième arrondissement de Paris. Sa clientèle est triée sur le volet…Hiérarchie catholique et vieille noblesse française. Rien à voir avec les snobs parvenus du seizième arrondissement, voire de Neuilly..

Beaucoup de clients portent une bague «nobiliaire »  C'est-à-dire une chevalière dont le chaton compte en creux les armoiries de la famille.

Il est évident que l’on ne reçoit pas une telle clientèle comme on reçoit les chevillards à la Villette (en cette année 1973, on tranche encore le lard à la Villette, pas pour longtemps, le scandale c’est pour bientôt).

Le sous-directeur Monsieur Vogel, ex Pied noir descendant d’Alsacien, est spécialiste en la matière de s’occuper des clients  au patronyme à tiroir. Il est obséquieux à souhait, l’échine flexible dans la courbette. Certaines mauvaises langues l’appellent la « carpette », certainement à cause de sa moustache en tapis brosse.

Un local aux murs vitré placé au milieu de la succursale sert de bureau  au sous-directeur. Cela lui permet de surveiller les faits et gestes des employés et des clients. Mais à contrario, chacun peut observer ce qui se passe  dans l’antre translucide du sous-directeur.

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-"Ce qui me plait dans le système du compte-courant,
c'est que ça vous donne tellement plus de lattitude que l'argent!".

 

 

Un après-midi de l’hiver 1973, Monsieur Vogel reçoit un couple titré dans son bocal en verre.  

Un ci-devant comte et sa comtesse. Tous deux la quarantaine hautaine. Lui grand, le teint hâlé à la chevelure déjà poivre et sel, au costume de tweed select. Elle, mince élégante, vraie fausse blonde, un sac et un carré de soie Hermès à la main, et surtout un très long manteau de fourrure sur les épaules. Un de ces visons dont le prix engloutirait à coup sûr plusieurs années de ma squelettique paie de grouillot de banque…

Les deux fastueuses personnes s’assoient devant le bureau du sous-directeur. La dame s’installe en faisant des effets de jambes calculés et en rabattant sur ses genoux un pan de ce superbe manteau que notre Brigitte nationale reprouverait.

Au vu des documents qui m’ont été demandés par Monsieur Vogel, cette entrevue à pour but de donner à madame un certain nombre de libertés : Procurations, ouverture d’un compte personnel et d’un compte titre à son nom propre.

Mais peu à peu la conversation s’envenime entre les deux époux. Manifestement, le monsieur rechigne à signer les documents déposés devant lui. La dame commence à s’exciter, à élever la voix, à faire de grands moulinets avec les bras. Monsieur Vogel, stoïque comme à son habitude essaie de calmer le jeu.

Mais subitement, toute droite dans son manteau de fourrure, la comtesse se lève et se met à hurler, fort, mais posément ,en détachement bien les syllabes afin que chaque personne présente dans la succursale en profite :

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-«Et puis,  Mon Cher, vous commencez à m’emmerder !.
-Si cela continue, j’irai faire des ménages!»

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D’un coup,  toute forme de vie semble s’arrêter dans la succursale…
De stupeur, apercevant le scandale lui tourner autour de la tête, l’époux, blanc comme un linge, se met à tirer sur le bas du vison en haletant :
-« Ma chère, je vous en prie, rasseyez-vous!. Je signerais tout ce que vous voudrez.! »

La dame se rassoit lentement, la tête en arrière, la mine boudeuse, les bras énergiquement croisés sur la fourrure, comme un enfant à qui on vient de refuser un joujou..

Monsieur Vogel reste impassible, mais son tapis brosse de moustache connaît de vifs soubresauts.

Dans la succursale une ambiance torride s’étale : Les clients se détournent ou regardent par les fenêtres en étouffant des fous rires. Les employés se cachent sous leur guichet en pouffant. Certains se précipitent dans les locaux privés, comme la « cuisine » ou les vestiaires pour rire de tout leur soûl.

Car à la seule idée improbable de voir la luxueuse comtesse un balai et une serpillière à la main, l’on ne peut que se gausser.

Puis, petit à petit, tout rentre dans l’ordre. La succursale redevient une ruche bourdonnante. Le mari finalement signe tous les documents. Le sous-directeur se frotte les mains. La femme a retrouvé son sourire.

Monsieur Vogel, plus obséquieux que jamais, raccompagne les nobles clients jusqu’à la sortie en leur ouvrant la porte et en faisant un baise-main à la comtesse.

Nous revîmes souvent la dame pour s’occuper de ses comptes, mais beaucoup plus rarement son époux…..

 

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La semaine prochaine, pour terminer en beauté la saison de mes souvenirs bancaires, je vous raconterai
"les histoires du missionnaire".

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05.06.2008

9-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LES COFFRES (4)

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ZIZANIE EN SOUS-SOL.

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Juin 1973- Il fait très chaud en cette fin de journée à la succursale C.I.C de la  rue du bac.

Dans un quart d’heure, la fermeture au public. Tout en servant les derniers clients, les employés commencent à préparer les pièces administratives pour la fermeture de la journée comptable.
Soudain la lourde porte d’entrée est vivement poussée. Une bonne demi-douzaine de personnes entrent dans la succursale sans arrêter de bruyantes conversations.

La délégation traverse la succursale sans se soucier des autres clients et  arrive directement à mon guichet.

-C’est vrai, j’allais oublier !

J’ai reçu il y a quelques jours du service des successions du siège un avis de passage pour l’ouverture du coffre d’un client décédé.

Je sors la fiche de présence que je dois faire signer en vérifiant l’identité de chaque personne. Voyant l’agitation provoquée par ce groupe disparate, le sous-Directeur est sorti de son bocal. Je suis bien content, pour une fois, de le savoir derrière mon dos, car l’exercice de signature est électrique et j’ai bien besoin d’un renfort moral et hierarchique.

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Car ce groupe agité, est composé de :

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-L’épouse du défunt, dame aigrelette de soixante dix ans au moins, accompagnée de son notaire,

-Un  homme et une femme jeunes, la trentaine élégante, encadrés par leur notaire. Comme ils portent  le  même nom que le « de cujus », j’en conclu qu’il s’agit d’enfants d’un premier lit (Jolie expression qu’on emploie encore en 1970, contrairement à celle, barbare de « famille recomposée ».) Mais à la réflexion ils peuvent  être aussi « Adultérins reconnus ».

-Une femme mince,  tirée à quatre épingle, la jolie quarantaine. Elle est  suivie par son avocat. Au vu des regards incendiaires que lui propulse l’épouse légitime, cette dame était probablement la maîtresse du mari.

-Un peu détachés du groupe, car silencieux, un huissier et son clerc. Ce dernier tient sous son bras un instrument curieux. Il me faut quelques secondes pour m’apercevoir qu’il s’agit d’une machine à compter les pièces de monnaie.

Tout ce beau monde signe machinalement la feuille de présence. Les hommes de loi me montrent avec dédain leur carte professionnelle.

Ah, j’oublie quelqu’un.

-Très en retrait, se tient  un monsieur en bleu de travail, un peu intimidé, une caisse à outil en bandoulière. Il s’agit d’un employé de la maison « Fichet Bauche ». En effet, sa mission est de fracturer (légalement) le coffre, car manifestement la clé a été pertinemment cachée par son ancien propriétaire et non trouvée par ses successeurs.

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Je fais descendre tout ce beau monde dans la salle forte.
Le sous-Directeur m’accompagne, car la tension monte derrière nous. La serrure du coffre est obstruée par des scellés à la cire rouge. Ce qui prouve bien qu’il y a des problèmes depuis le début dans cette succession à risques. L’huissier cérémonieusement, coupe le ruban et déchire la cire et abandonne le coffre à la chignole de l’employé « Fichet Bauche ».

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Imaginez la scène :

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La salle des coffres transformée en étuve par la chaleur de l’été et le manque d’air du sous-sol.

Douze personnes, attroupées comme des sardines dans leur boîte, devant le coffre obstinément fermé.

Une lourde atmosphère ponctuée de cris, d’injonctions, de noms d’oiseaux vociférés par l’épouse, la maîtresse présumée et les enfants d’un autre lit.

 Les hommes de loi s’envoient des « Cher confrère ! » accompagnés sèchement de numéros d’articles du code de procédure….

Seules trois  personnes gardent leur calme. :

Le clerc d’huissier qui a installé sa machine à compter les pièces sur une table et attend bras croisés, le sous Directeur et moi qui servons de témoins.

Le bruit provoqué par la perceuse, la chaleur, l’ambiance torride fait couler la sueur sur tous les fronts.

Le perceur de coffre professionnel est à la peine. Il casse deux mèches de sa perceuse contre la dureté du coffre. Normalement il devrait mettre quelques minutes pour faire sauter la serrure, mais intimidé et désorienté par l’attente impatiente qu’il sent derrière son dos, il devient très maladroit.

Un client qui voulait se rendre à son coffre en est dissuadé par l’ambiance sulfureuse qui l’effraie.

-« Je reviendrais demain ! ». Me dit-il en remontant précipitamment au rez-de-chaussée.

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Vingt longues minutes ont été nécessaires pour ouvrir en fin le coffre.

Il était temps, car l’on commençait à en venir aux mains et le pauvre perceur de coffre allait bientôt  être lynché.

Un  silence nerveux emplit la salle des coffres. Tous les yeux sont braqués à l’intérieur du coffre.

Un des notaires s’adresse à l’huissier.

-« A vous cher Maître ! »

L’huissier, lentement,  vide le contenu du coffre qu’il dispose précautionneusement sur la table. Il note scrupuleusement chaque objet sorti  sur un cahier cartonné.  Des yeux avides et soupçonneux suivent l’opération. Manifestement on cherche un testament…Apparemment rien. Certains héritiers se réjouissent, d’autre (la « maîtresse) font la moue….. Mais par contre, le coffre contient plusieurs sacs de Louis d’or et de Napoléon, des lingots et un gros paquet de titres papiers

Le sous Directeur me demande de remonter. Il restera seul comme témoin de la Banque.

En terminant mon travail administratif avant l’arrivée du camion de la « Brink’ », je tends l’oreille pour écouter ce qui se passe en sous-sol : Plus d’éclats de voix agressifs. Seul, le cliquetis régulier de  la machine à compter les pièces d’or transperce le silence. L’employé de chez « Fichet et Bauche » s’est éclipsé discrètement après nous avoir fait signer son bon d’intervention.

Le temps passe, peut être une heure. L’inventaire du contenu du coffre continue…  

.La succursale, fermée depuis longtemps à la clientèle, se vide peu à peu de ses employés. Le Directeur et le sous directeur m’ont  demandé si je n’ais pas d’obligation pour ce soir, de rester à la succursale.

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Enfin, la petite troupe remonte de la caverne d’Ali Baba. Je fais sortir par la petite porte de service, l’huissier,  son clerc et sa machine à compter. Mais aussi la « maîtresse » et son avocat qui paraissent tous deux un brin déconfit. Restent donc l’épouse légitime, les enfants  et les deux notaires. ….

Le notaire de la veuve ni éplorée ni joyeuse interpelle la Direction de l’agence :   

-« Mon confrère et moi exigeons que les pièces et les lingots  soient repris au cours d’aujourd’hui ! »

-« Mais la Bourse est fermée, l’or sera vendu au cours de demain ! » rétorque le Directeur..

Les deux notaires refusent, tempêtent et menacent d’aller vendre l’or à l’agence du Crédit Lyonnais située de l’autre côté de la rue du bac. (Je les connais, ces «Lyonnais », ils seraient bien contents de récupérer cette petite fortune dorée).

Le Directeur téléphone au siège, argumente, parlemente, fait très probablement jouer ses relations  à la Direction du CIC, encore au travail à cette heure déjà avancée de la soirée..

-« Bon, le siège est d’accord, nous reprenons l’or au cours d’aujourd’hui ! » dit-il enfin.

Les notaires semblent satisfaits.

- « Mais, » Continue le Directeur en me regardant fixement

 –« il faut porter dés ce soir l’or à la caisse centrale »….

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Bon, j’ai compris, c’est moi qui vais transporter ce trésor au siège.

Sous le regard attentif des notaires, j’enfourne les sacs et les lingots avec le Directeur dans le grand sac en cuir noir du coursier rentré chez lui depuis longtemps. Mais sous le poids, environ trente kilos (Malgré un petit volume, l’or cela pèse) la poignée du sac cède. Je dois la rafistoler avec une ficelle.

Tenant le sac comme je peux, je sors de la succursale, serré de prés par le Directeur. Il tient un parapluie au dessus de nos têtes, car un violent orage vient d’éclater sur Paris.

Il m’enfourne dans un taxi stationné Boulevard Raspail. Il me fait plein de recommandations.

Pendant le trajet d’environ un quart d’heure, les trente kilos d’or sur les genoux, une petit envie me taraude. : Demander au chauffeur de m’amener directement chez moi rue Duhesme. Mais l’honnêteté étant un vilain défaut je résiste à cette envie.

En arrivant  au siége rue de la Victoire, le tapis rouge est déployé. Je suis attendu, enfin, mon stock d’or est impatiemment attendu. Le taxi est dirigé directement dans le sous-sol de la caisse centrale. Un responsable réceptionne la précieuse cargaison, et règle le taxi. Je rentre chez moi sous une pluie battante, soulagé de cette lourde charge et que cette folle journée .se termine enfin.

Quelques jours plus tard, l’employé de chez « Fichet Bauche » est revenu pour remplacer la porte fracturée du coffre et je n’ai plus jamais entendu parler de cette succession mouvementée…

 

Rendez-vous la semaine prochaine : même blog, même jour, même heure..

Pour d'autres souvenirs bancaires.

 

  

22.05.2008

7-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

-LES COFFRES (2).

 

LE COFFRE ACADEMICIEN.

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J’ai eu l’occasion dans ma carrière, à plusieurs reprises, de m’occuper de compte bancaire de personnages connus.

Mais dans la plupart des cas, je ne les ai jamais rencontré. Les grands pontes de la Banque  certainement. Mais en tant qu’employé « lambda » je ne voyait venir au guichet que leur représentant : Secrétaire, adjoint, agent ou tout simplement l’épouse.
Ce fut le cas d’un écrivain célèbre, académicien, dont  je n’ai connu que l’épouse. Il faut dire que cet homme était déjà très âgé à l’époque. Cette dame descendait régulièrement au coffre de son mari dont elle avait la procuration.

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Comme beaucoup d’autres femmes de ce quartier chic du 7ème arrondissement, Madame R.. entrepose l’argenterie du ménage dans son coffre. La veille de dîners entre familiers à son domicile (souvent le vendredi soir), elle vient  retirer, dans un grands cabas, les couverts précieux. Elle les ramène le lendemain ou le lundi  matin, après usage, pour les renfermer dans le coffre.

Nous l’aimons bien, la femme de l’académicien. Grande brune et svelte aux soixante dix ans bien portés,  elle a toujours le sourire. Quoique discrète et peu bavarde elle a toujours un mot aimable pour l’employé qui la sert à la caisse ou l’accompagne à la salle des coffres.

 

Après le long Week-end du 15 août 1972, au petit matin, la succursale vient juste d’ouvrir à la clientèle. Je m’active encore au classement des fiches de comptes arrivées par la voiture de la « Brink’s »,  quand arrive Madame R, l’épouse de l’écrivain célèbre. Elle demande à descendre à son coffre. Ce n’est pas son habitude de venir si tôt… Elle porte deux grands sacs de voyage, qui manifestement sont vides. Elle ne vient donc pas remettre son argenterie dans son coffre. Ce qui me surprend, à part l’heure matinale de sa visite, c’est  une  nervosité inhabituelle, un mutisme songeur et une mine fatiguée. Mais aussi des yeux rougis…Elle signe machinalement sans un mot  le carton de location de coffres sur lequel j’ai indiqué la date et l’heure de la visite.

Nous descendons  ensemble l’escalier qui mène à  la chambre  forte. (Il existe bien un ascenseur, mais peu de clients veulent l’utiliser.). Elle s’arrête devant son coffre qui fait partie de la catégorie des grandes capacités. Il est donc très grand et ancien : un « Fichet-Bauche » de vieille génération. . Je débloque la serrure avec la clé de contrôle. Elle ouvre le coffre avec sa clé personnelle. Je m’éloigne comme le règlement m’invite à la faire, car je ne dois en aucun cas voir l’intérieur et le contenu du coffre. Je remonte donc à mon guichet vaquer à mes tâches administratives…

Dix minutes plus tard, je vois la dame  sortir de l’ascenseur. Elle a du mal à porter les deux sacs de voyage pleins à craquer et très lourds. Un collègue l’aide à sortir de la succursale avec sa pesante charge. La dame monte dans un taxi qui stationne à l’angle de la Rue du Bac et s’en retourne probablement chez elle, à quelques centaines de mètres de la succursale du C.I.C.

Le temps passe. J’oublie l’impression bizarre que j’ai ressentie en début de matinée par la visite inhabituelle de Madame R…

 

Vers 11 heures trente, le coursier qui vient de terminer sa tournée du matin, entre dans la succursale en brandissant un journal.

-Vous avez vu, Monsieur R.. est mort hier soir.

Sachant l’écrivain gravement malade, je ne peux m’empêcher de penser :.

-« Cet homme de bonne volonté unanimiste est décédé malgré les soins attentifs du bon docteur Knock »

 

Mais, subitement, un doute angoissant m’envahit.

Je déboule dans le bureau du sous-directeur. Je lui raconte que l’épouse de l’écrivain mort dans la nuit a vidé entièrement le coffre ce matin.

Mais mon supérieur me rassure :

-« Vous avez bien fait signer la fiche des coffres avec la date et l’heure de la visite ? »

-«Oui !.  Hé bien ! Vous n’avez rien à craindre de l’Inspection. Vous avez fait votre travail correctement »

-« En effet un co-propriétaire de coffre dispose entièrement de son contenu. Nous n’avons rien à voir là dedans. Cette dame n’est redevable éventuellement qu’envers les autres héritiers. ».

Effectivement  je n’ai pas eu de retombée de cette histoire.

 

La succession s’est déroulée normalement, notre service des successions ayant pris l’affaire en main.

J’ai revu Mme R.., chez elle, rue de Solférino.Je suis allé lui faire signer des documents concernant  le compte titres de son mari.

Autre succession de cet écrivain célèbre :  Son collègue, Jean d’Ormesson a hérité en 1973 du fauteuil n° 12 laissé vacant à l’Académie Française. Il occupe toujours ce siége, 36 ans aprés.

 

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Encore plusieurs histoires de coffre à vous raconter :

Rendez-vous la semaine prochaine : même blog, même jour, même heure

15.05.2008

6-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LES COFFRES (1)

 

Un des lieux les plus emblématiques d’une banque reste la salle des coffres.

Cette salle censée renfermer des trésors enflamme les imaginations dont  celles des perceurs de coffres forts.

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A la fin des années 60, les lois dites « Debré (Michel Debré, ministre des finances d’alors) réorganisent le système bancaire en obligeant (entre autres mesures) les patrons à payer les salariés au moyen de chèques ou de virements. La « bancarisation » des Français, c'est-à-dire le besoin d’ouvrir un compte en banque fut presque totale .

Le nombre d’ouvertures  de nouvelles succursales bancaires a alors explosé.

Les banques se battaient pour acquérir des cafés et brasseries, bien situés. : A l’angle de rues passantes, sur de grandes places ou devant des mairies, des églises, etc.
En effet, ces établissements limonadiers possèdent une grande cave dans laquelle peut s’installer en toute sécurité une salle des coffres……

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M’occuper de la gestion et de la « descente aux coffres » en succursale au début des années 70 fut pour moi  l'occasion  d'engranger plein d'anecdotes souvent cocasses.

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-1-En classant les fiches cartonnées d’ouverture de coffre il m’arrive de rencontrer un passé quelquefois douloureux.

 

-a- Par exemple je suis surpris de constater  sur de très vieilles fiches  des années 40, la présence de cachets allemands à l’encre violette et à la croix gammée.

Un client  de soixante dix ans en signant sa carte de descente aux coffres estampillée aux armes de l’armée d’occupation, me raconte ému :

-«  En 1940, les Allemands ont convoqué tous les possesseurs de coffres pour faire l’inventaire de l’or conservé dans les coffres des particuliers. D’où le cachet prouvant leur passage. L’or fut en partie confisqué et peu rendu à la Libération. «  

Et le client continua, un sourire en coin :

-« j’ai réussi à sauver une partie de mes Napoléon en les cachant dans mes chaussettes. »…

 

-b-Je trouve aussi des mentions impensables même en cette année 1973 :

 La mention et la signature du mari autorisant son épouse à ouvrir un compte en banque et à se servir d’un coffre. En effet, la femme mariée jusque dans les années soixante était considérée comme mineure,  sous tutelle de son mari.
 Une autre mention m’interpelle. : « Mademoiselle X,  Célibataire majeure. » Ceci pour les dames non mariées que l’on appelle encore les « vieilles filles ». Il faut dire que nous en avons deux spécimens à la Succursales. Deux « gradées » d’une cinquantaine d’années. Toutes les deux se sont « sacrifiées » pour s’occuper de vieux parents. Si l’une est douce et souriante l’autre est d’aspect plus revêche. Elle tient comme à la prunelle de ses yeux à ce qu’on l’appelle « Mademoiselle ». C’est une grande voyageuse de par le monde. En partant  en dehors des vacances scolaires, elle  bénéficie de journées supplémentaires de congés. Et la faire raconter ses voyages lointains nous permet, nous le personnel « non gradé », de lui faire oublier de contrôler avec minutie notre travail de la journée.….

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.-2-L’utilisation des coffres est parfois surprenante.-

Les clients engrangent toute sorte de choses dans leur coffre. Bien sûr, des espèces, de l’or, des bijoux, de l’argenterie,des documents importants dont des titres, actions ou obligations qui sont encore « matérialisés » en papier. 

Mais d’autres choses plus étranges peuvent y être entreposées.

De nombreux exemples me viennent à l’esprit :

-Un Photographe professionnel y protége ses précieux négatifs.

-Un malade obsessionnel y planque son stock de médicamentes.

-Un pratiquant de tir sportif y  cache ses pistolets de précision avec ses munitions (ce qui est en principe prohibé).

-Beaucoup de clientes du beau monde y entreposent leurs couverts en argent qu’elles empruntent le temps d’un repas ou d’un week-end.
-Une jeune femme chaque fois qu’elle part pour plusieurs jours, y éloigne des voleurs une précieuse icône familiale en bois.. Hélas, après plusieurs jours, enfermé dans le noir, le bel objet s’est fendu en deux... La cliente désespérée a voulu porter plainte. Mais le contrat de location stipule bien que la banque ne peut être rendue responsable de la détérioration « naturelle » d’objets entreposés
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