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19/06/2008

11-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LE MISSIONNAIRE DANS LES VIGNES DU SEIGNEUR.

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Le
 C.I.C fut longtemps considéré depuis sa création en 1859 comme la banque privilégiée de la hiérarchie catholique en Françe.Ce qui est encore le cas en 1974..

La succursale de la rue du bac est entourée de toutes sortes d’institutions religieuses et gère les  comptes bancaires de la plupart d’entre elles : L’archevêché, le secours catholique, les missions étrangères, moult congrégations religieuses, ainsi que la plupart  des  paroisses et églises de la capitale.

Les avoirs détenus dans ces comptes  représentent de coquettes sommes qui bien sûr, intéresse la banque.

Les trois «titrards» de l’agence , (contre un seul dans une succursale ordinaire) sont à la fête.

Lors des nombreuses émissions de titres, obligations diverses et variées par l’Etat ou d’organismes habilités, il suffit à ces employés modèles et choyés de passer quelques coups de fil pour remplir leurs objectifs de placements. Les clients, issus de la vieille noblesse ou constitués de ces congrégations religieuses possèdent de l’épargne conséquente et ne rechignent pas à la placer dans des valeurs de refuge sûres et juteuses

Ces veinards de « titrards » perçoivent des commissions en fin d’année dont le montant fait pâlir de jalousie les «administratifs» comme moi. Ce qui est injuste est que ces vendeurs ne se foulent pas trop pour placer des centaines de milliers de francs. Dans les  succursales de quartiers plus populaires, il faut donner des dizaines de coup de fils et mouiller sa chemise pour récolter quelques milliers de francs de placements et percevoir une mini commission.

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Bon revenons à nos moutons
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Non loin de la succursale se trouve le port d’attache  des « Missions étrangères ».

Nous voyons régulièrement à nos guichets le trésorier général,  le "Père Marcel ".

Il est rarement habillé en missionnaire, mais, même en « civil », il a le profil parfait du fmoine missionnaire  tel que l'on peut se l'imaginer :

Petit, la soixantaine rubiconde, les cheveux ras  rares et gris, des lunettes rondes aux montures en ferraille, et surtout une barbe en pointe  blanche et  ébouriffée.
Il porte souvent des sandales aux pieds nus.

C’est un client apprécié,  il est sympathique, très « causant », et très énergique. Toujours par monts et par vaux…..

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Un lundi après-midi de 1974
, comme c’est la coutume, une à deux fois par an, le père Marcel et notre directeur sont partis déjeuner ensemble dans un bon restaurant des alentours.

Ils tardent à revenir.

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Les clientes qui ont rendez-vous à trois heures avec le Directeur sont déjà arrivées et assises dans les fauteuils de l’accueil, attendent bien sagement. Il s’agit de deux sœurs « auxiliatrices du purgatoire ». Ces religieuses sous leur voile et soutane gris bleu attendent en silence, la tête baissée.

Soudain, il est trois heures vingt passé, nos deux compères arrivent, pratiquement bras dessus bras dessous, en pleine conversation bruyante et joyeuse. Les yeux brillent, la démarche est hésitante.
Manifestement le repas fut bien arrosé.

Voyant les Sœurs, le Directeur se penche vers elles, s’excuse du retard et leur demande d’attendre quelques petites minutes. Puis il s’enfourne dans les vestiaires, apparemment pour se mettre de l’eau sur le visage…

Le père Marcel,  plus rubicon que jamais, les cheveux et la barbe en désordre, s’est attablé à mon guichet en s’agrippant des deux bras. II commence à  plaisanter de tout et de rien. Apercevant les sages religieuses recroquevillées dans leur coin, son œil se met à pétiller et un sourire en biais illumine son visage déjà rouge comme in lumignon.

Il se met à raconter, haut et fort, des histoires de plus en plus osées en lorgnant du coté des sœurs avec l’intention visible de les taquiner et de leur faire perdre leur flegme. En effet, elles sont de plus en plus impatientes de se réfugier dans le bureau directorial.

Revenu des toilettes et comprenant la situation périlleuse pour les soeurettes, le Directeur les fait rentrer d’urgence dans son bureau. Mais avant de refermer la porte il me fait signe de le rejoindre avec les comptes et les documents de la congrégation.

Avant de m’enfermer dans le bureau avec les religieuses et le directeur, j’ai juste le temps d’entendre le Père Marcel clamer à mes collègues hilares :

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-« Tenez! Savez-vous comment on faisait l’amour au Siam ? ».

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Je referme vite la porte derrière moi, car le patron s’impatiente.

L’entretien est tendu, car les religieuses sont dures en affaires. Le patron a quelque fois du mal à suivre. Son esprit me paraît un peu brumeux…

Malgré le huis clos, en épluchant les comptes  je devine la voix du père et des rires en cascades.

Quand, enfin les religieuses s’en retournent dans leur couvent, la succursale est redevenue calme. Le père Marcel est parti depuis longtemps.
Je demande à mes collègues la suite de l’histoire.
Mais ces ingrats ne veulent rien me dire.

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J’ai revu par la suite, souvent, le Père Marcel.

Descendu des vignes du Seigneur, il est redevenu beaucoup plus sérieux. Cela ne l’empêche pas d’être aussi bavard et de raconter en détail les missions caritatives de son ordre.
Missions extraordinaires voire impossibles, en Asie ou ailleurs dans le monde, en tout cas dignes d’éloges….

Mais je n’oserais jamais lui demander la suite de l’histoire…

Je ne saurais donc jamais comment on faisait l’amour au Siam.

 (Il se peut aussi, et cela est ma version, qu'il n'ait fait qu'un effet d'annonce uniquement pour effrayer les braves religieuses et qu'il n'a jamais révélé à mes collégues le mystère de l'amour au Siam..Et qu'il n'a, les religieuses étant cloîtrees dans le bureau du Directeur, ensuite raconté que de banales histoires drôles..)

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Commentaires

Bravo, on dirait du Daudet !
Je récupère, je récupère : merci d'être passé.
Mais comme je serai parisienne 10 jours avec des tas de choses prévues, je ne passerai pas ici avant mon retour peut-être...

Je rattraperai, sois-en sûr ! Bises.

Écrit par : gazelle retapée | 19/06/2008

je suis sûr que tu te trompes !! Il leurs a conté cette bagatelle !!!! Crois moi !!

Écrit par : patriarch | 19/06/2008

Bonjour

Ces pères des Missions Etrangères étaient des gaillards qui avaient voyagé dans des coins impossibles et ils étaient en général fort sympathiques. Ton histoire cadre bien avec l'image que je m'en fais. Des gens de terrain, qui préféraient l'action à une vie cloîtrée dans un couvent à réciter les laudes et matines.
Tu la racontes si bien que j'ai crû relire l'élixir du Père Gaucher !
Je crois que ces religieuses ont ignoré toute leur vie cette question technique !!!


Mais comme je viens du Siam, alias la Thaïlande, je sais comment on fait l'amour au Siam !

Mais chut, des enfants pourraient me lire.

Amitiés du grillon

Écrit par : christian | 20/06/2008

Je me suis régalée avec cette histoire et la manière dont tu l'as racontée... Fa-bu-leux ! Je me coucherai moins bête ce soir à propos du CIC.... couic ! hic ! oh les vignes du seigneur ! du soleil dès le matin...Il est là en réalité. Bises à toi. miche

Écrit par : miche | 20/06/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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