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12/06/2008

10-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

AFFAIRES FAMILIALES.

Si le médecin est le confident du corps de ses patients, le curé celui de l’âme de ses ouailles,  le psy celui des états d’âmes de ses malades, l’employé de banque est le confident du porte monnaie de ses clients. Un peu comme le notaire qui connaît en détail les histoires de famille des différentes parties qui s’adressent à lui. (Mariage, divorce, successions, etc.).

La banque est indirectement au courant de beaucoup d’éléments de la vie d’un client : ses revenus, son patrimoine, ses dépenses, ses problèmes de santés, ses difficultés professionnelles,  familiales et même conjugales.

C’est pourquoi, si l’on parle de secret bancaire (surtout dans les paradis fiscaux) dans les cas de la vie personnelle des clients il s’agit plutôt de «Discrétion bancaire».

Quelques exemples glanés dans mes souvenirs, que je peux révéler  quarante années après:

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Commençons par les plus tristes
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1-Un Monsieur  arrive en larme à la succursale. 

 Sa femme vient de déserter le domicile conjugal  en vidant totalement le compte joint.

-« Que dois-je faire ? » demande-t-il en hoquetant.

-« Pas grand choses mon pauvre Monsieur ! »

C’est vrai qu’un compte joint c’est très pratique, quand le couple s’entend bien. Le compte n’est pas fermé en cas du décès d’un des co-signataires. Mais en cas de dispute ou de divorce c’est une autre affaire. Comme la signature est valable, la dame est en droit de vider le compte. Le Monsieur est solidaire du débit que pourrait occasionner sur le compte son épouse.

Une seule solution  pour l’époux abandonné : Ouvrir un compte à son nom propre, et transférer de toute urgence la domiciliation de ses salaires sur ce nouveau compte……

C’est malheureusement une situation assez fréquente.

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2-Ayant pris rendez-vous avec le Directeur, un vieux monsieur est arrivé encadré par sa femme et sa fille. J’assiste le Directeur en apportant les documents nécessaires à la signature. Car les dames sont venues faire signer à leur époux et père des procurations et des papiers en cas de décès. Mais le Monsieur manifestement n’est pas tout à fait d’accord. Il est assis au milieu de ses deux cerbères et son opinion semble peu compter. Le Directeur comprenant bien la situation essaie de tempérer et de s’assurer de la bonne santé mentale du Monsieur. Bien sûr le Monsieur n’a pas deux revolvers braqués sur lui. Mais que peut-il faire devant une pression morale aussi forte.

-« Vous êtes bien sûr de signer? »

 Demande le Directeur.

-« Allons Papa signe, les choses seront ainsi en règle ! »

 Insiste la fille ;

Enfin, le vieux Monsieur s'exécute et signe, les larmes aux.yeux.

Le Directeur et moi avons l’impression d’assister à une exécution en règle.

Mais que pouvons-nous faire ? Tout cela est légal.  

Le groupe s’éloigne, le vieux client marchant difficilement est soutenu par ses deux gardes du corps.

Il mouru deux mois plus tard.

La succession se déroula sans problème….

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3-Une histoire gênante pour la banque :

Un père et son  fils ont chacun un compte à la succursale. Ils habitent tous deux dans le même immeuble, probablement à des étages différents.

Un jour, le comptable de la succursale envoie au père un document dans lequel sont indiqués les soldes des comptes paternels.

Un oubli fatal : Sur l’enveloppe manque  le prénom.

Voyant le nom de famille, on ne sait pourquoi, le concierge de l’immeuble a donné au fils l’enveloppe destinée au père.

Vous devinez la suite :

Scandale dans la famille.

-« Mais pourquoi, avec l’argent que tu as, Papa, tu ne m’en prête pas?»

Fureur du père dans la banque….

Le directeur, en l’isolant dans son bureau a pu le calmer, en lui promettant de sévir auprès du fautif. (Ce qui ne fut pas fait, mais on n’oubliera plus d’indiquer le prénom des clients.) .

Je crois savoir que le fils a déménagé et changé de banque.

Le père est resté un de nos fidèles clients.

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Enfin, une anecdote rigolote

 

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La succursale de la rue du bac, est située en plein septième arrondissement de Paris. Sa clientèle est triée sur le volet…Hiérarchie catholique et vieille noblesse française. Rien à voir avec les snobs parvenus du seizième arrondissement, voire de Neuilly..

Beaucoup de clients portent une bague «nobiliaire »  C'est-à-dire une chevalière dont le chaton compte en creux les armoiries de la famille.

Il est évident que l’on ne reçoit pas une telle clientèle comme on reçoit les chevillards à la Villette (en cette année 1973, on tranche encore le lard à la Villette, pas pour longtemps, le scandale c’est pour bientôt).

Le sous-directeur Monsieur Vogel, ex Pied noir descendant d’Alsacien, est spécialiste en la matière de s’occuper des clients  au patronyme à tiroir. Il est obséquieux à souhait, l’échine flexible dans la courbette. Certaines mauvaises langues l’appellent la « carpette », certainement à cause de sa moustache en tapis brosse.

Un local aux murs vitré placé au milieu de la succursale sert de bureau  au sous-directeur. Cela lui permet de surveiller les faits et gestes des employés et des clients. Mais à contrario, chacun peut observer ce qui se passe  dans l’antre translucide du sous-directeur.

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-"Ce qui me plait dans le système du compte-courant,
c'est que ça vous donne tellement plus de lattitude que l'argent!".

 

 

Un après-midi de l’hiver 1973, Monsieur Vogel reçoit un couple titré dans son bocal en verre.  

Un ci-devant comte et sa comtesse. Tous deux la quarantaine hautaine. Lui grand, le teint hâlé à la chevelure déjà poivre et sel, au costume de tweed select. Elle, mince élégante, vraie fausse blonde, un sac et un carré de soie Hermès à la main, et surtout un très long manteau de fourrure sur les épaules. Un de ces visons dont le prix engloutirait à coup sûr plusieurs années de ma squelettique paie de grouillot de banque…

Les deux fastueuses personnes s’assoient devant le bureau du sous-directeur. La dame s’installe en faisant des effets de jambes calculés et en rabattant sur ses genoux un pan de ce superbe manteau que notre Brigitte nationale reprouverait.

Au vu des documents qui m’ont été demandés par Monsieur Vogel, cette entrevue à pour but de donner à madame un certain nombre de libertés : Procurations, ouverture d’un compte personnel et d’un compte titre à son nom propre.

Mais peu à peu la conversation s’envenime entre les deux époux. Manifestement, le monsieur rechigne à signer les documents déposés devant lui. La dame commence à s’exciter, à élever la voix, à faire de grands moulinets avec les bras. Monsieur Vogel, stoïque comme à son habitude essaie de calmer le jeu.

Mais subitement, toute droite dans son manteau de fourrure, la comtesse se lève et se met à hurler, fort, mais posément ,en détachement bien les syllabes afin que chaque personne présente dans la succursale en profite :

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-«Et puis,  Mon Cher, vous commencez à m’emmerder !.
-Si cela continue, j’irai faire des ménages!»

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D’un coup,  toute forme de vie semble s’arrêter dans la succursale…
De stupeur, apercevant le scandale lui tourner autour de la tête, l’époux, blanc comme un linge, se met à tirer sur le bas du vison en haletant :
-« Ma chère, je vous en prie, rasseyez-vous!. Je signerais tout ce que vous voudrez.! »

La dame se rassoit lentement, la tête en arrière, la mine boudeuse, les bras énergiquement croisés sur la fourrure, comme un enfant à qui on vient de refuser un joujou..

Monsieur Vogel reste impassible, mais son tapis brosse de moustache connaît de vifs soubresauts.

Dans la succursale une ambiance torride s’étale : Les clients se détournent ou regardent par les fenêtres en étouffant des fous rires. Les employés se cachent sous leur guichet en pouffant. Certains se précipitent dans les locaux privés, comme la « cuisine » ou les vestiaires pour rire de tout leur soûl.

Car à la seule idée improbable de voir la luxueuse comtesse un balai et une serpillière à la main, l’on ne peut que se gausser.

Puis, petit à petit, tout rentre dans l’ordre. La succursale redevient une ruche bourdonnante. Le mari finalement signe tous les documents. Le sous-directeur se frotte les mains. La femme a retrouvé son sourire.

Monsieur Vogel, plus obséquieux que jamais, raccompagne les nobles clients jusqu’à la sortie en leur ouvrant la porte et en faisant un baise-main à la comtesse.

Nous revîmes souvent la dame pour s’occuper de ses comptes, mais beaucoup plus rarement son époux…..

 

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La semaine prochaine, pour terminer en beauté la saison de mes souvenirs bancaires, je vous raconterai
"les histoires du missionnaire".

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Commentaires

La position du missionnaire ... à la banque ??? ça a du surprendre !!!
Bonne soirée
Biche

Écrit par : Biche | 12/06/2008

Pas besoin de nous appâter avec une telle annonce : je reviens la semaine prochaine, bien sûr !

Écrit par : gazelle | 13/06/2008

Vraiment un régal tes histoires si bien dépeintes... Je sens qu'un livre va être publié et que j'aurai la primeur de la dédicace de l'écrivain... Super ! bises de miche

Écrit par : miche | 20/06/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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