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05/06/2008

9-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

LES COFFRES (4)

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ZIZANIE EN SOUS-SOL.

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Juin 1973- Il fait très chaud en cette fin de journée à la succursale C.I.C de la  rue du bac.

Dans un quart d’heure, la fermeture au public. Tout en servant les derniers clients, les employés commencent à préparer les pièces administratives pour la fermeture de la journée comptable.
Soudain la lourde porte d’entrée est vivement poussée. Une bonne demi-douzaine de personnes entrent dans la succursale sans arrêter de bruyantes conversations.

La délégation traverse la succursale sans se soucier des autres clients et  arrive directement à mon guichet.

-C’est vrai, j’allais oublier !

J’ai reçu il y a quelques jours du service des successions du siège un avis de passage pour l’ouverture du coffre d’un client décédé.

Je sors la fiche de présence que je dois faire signer en vérifiant l’identité de chaque personne. Voyant l’agitation provoquée par ce groupe disparate, le sous-Directeur est sorti de son bocal. Je suis bien content, pour une fois, de le savoir derrière mon dos, car l’exercice de signature est électrique et j’ai bien besoin d’un renfort moral et hierarchique.

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Car ce groupe agité, est composé de :

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-L’épouse du défunt, dame aigrelette de soixante dix ans au moins, accompagnée de son notaire,

-Un  homme et une femme jeunes, la trentaine élégante, encadrés par leur notaire. Comme ils portent  le  même nom que le « de cujus », j’en conclu qu’il s’agit d’enfants d’un premier lit (Jolie expression qu’on emploie encore en 1970, contrairement à celle, barbare de « famille recomposée ».) Mais à la réflexion ils peuvent  être aussi « Adultérins reconnus ».

-Une femme mince,  tirée à quatre épingle, la jolie quarantaine. Elle est  suivie par son avocat. Au vu des regards incendiaires que lui propulse l’épouse légitime, cette dame était probablement la maîtresse du mari.

-Un peu détachés du groupe, car silencieux, un huissier et son clerc. Ce dernier tient sous son bras un instrument curieux. Il me faut quelques secondes pour m’apercevoir qu’il s’agit d’une machine à compter les pièces de monnaie.

Tout ce beau monde signe machinalement la feuille de présence. Les hommes de loi me montrent avec dédain leur carte professionnelle.

Ah, j’oublie quelqu’un.

-Très en retrait, se tient  un monsieur en bleu de travail, un peu intimidé, une caisse à outil en bandoulière. Il s’agit d’un employé de la maison « Fichet Bauche ». En effet, sa mission est de fracturer (légalement) le coffre, car manifestement la clé a été pertinemment cachée par son ancien propriétaire et non trouvée par ses successeurs.

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Je fais descendre tout ce beau monde dans la salle forte.
Le sous-Directeur m’accompagne, car la tension monte derrière nous. La serrure du coffre est obstruée par des scellés à la cire rouge. Ce qui prouve bien qu’il y a des problèmes depuis le début dans cette succession à risques. L’huissier cérémonieusement, coupe le ruban et déchire la cire et abandonne le coffre à la chignole de l’employé « Fichet Bauche ».

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Imaginez la scène :

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La salle des coffres transformée en étuve par la chaleur de l’été et le manque d’air du sous-sol.

Douze personnes, attroupées comme des sardines dans leur boîte, devant le coffre obstinément fermé.

Une lourde atmosphère ponctuée de cris, d’injonctions, de noms d’oiseaux vociférés par l’épouse, la maîtresse présumée et les enfants d’un autre lit.

 Les hommes de loi s’envoient des « Cher confrère ! » accompagnés sèchement de numéros d’articles du code de procédure….

Seules trois  personnes gardent leur calme. :

Le clerc d’huissier qui a installé sa machine à compter les pièces sur une table et attend bras croisés, le sous Directeur et moi qui servons de témoins.

Le bruit provoqué par la perceuse, la chaleur, l’ambiance torride fait couler la sueur sur tous les fronts.

Le perceur de coffre professionnel est à la peine. Il casse deux mèches de sa perceuse contre la dureté du coffre. Normalement il devrait mettre quelques minutes pour faire sauter la serrure, mais intimidé et désorienté par l’attente impatiente qu’il sent derrière son dos, il devient très maladroit.

Un client qui voulait se rendre à son coffre en est dissuadé par l’ambiance sulfureuse qui l’effraie.

-« Je reviendrais demain ! ». Me dit-il en remontant précipitamment au rez-de-chaussée.

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medium_ver_coffres_denis.2.jpg

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Vingt longues minutes ont été nécessaires pour ouvrir en fin le coffre.

Il était temps, car l’on commençait à en venir aux mains et le pauvre perceur de coffre allait bientôt  être lynché.

Un  silence nerveux emplit la salle des coffres. Tous les yeux sont braqués à l’intérieur du coffre.

Un des notaires s’adresse à l’huissier.

-« A vous cher Maître ! »

L’huissier, lentement,  vide le contenu du coffre qu’il dispose précautionneusement sur la table. Il note scrupuleusement chaque objet sorti  sur un cahier cartonné.  Des yeux avides et soupçonneux suivent l’opération. Manifestement on cherche un testament…Apparemment rien. Certains héritiers se réjouissent, d’autre (la « maîtresse) font la moue….. Mais par contre, le coffre contient plusieurs sacs de Louis d’or et de Napoléon, des lingots et un gros paquet de titres papiers

Le sous Directeur me demande de remonter. Il restera seul comme témoin de la Banque.

En terminant mon travail administratif avant l’arrivée du camion de la « Brink’ », je tends l’oreille pour écouter ce qui se passe en sous-sol : Plus d’éclats de voix agressifs. Seul, le cliquetis régulier de  la machine à compter les pièces d’or transperce le silence. L’employé de chez « Fichet et Bauche » s’est éclipsé discrètement après nous avoir fait signer son bon d’intervention.

Le temps passe, peut être une heure. L’inventaire du contenu du coffre continue…  

.La succursale, fermée depuis longtemps à la clientèle, se vide peu à peu de ses employés. Le Directeur et le sous directeur m’ont  demandé si je n’ais pas d’obligation pour ce soir, de rester à la succursale.

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Enfin, la petite troupe remonte de la caverne d’Ali Baba. Je fais sortir par la petite porte de service, l’huissier,  son clerc et sa machine à compter. Mais aussi la « maîtresse » et son avocat qui paraissent tous deux un brin déconfit. Restent donc l’épouse légitime, les enfants  et les deux notaires. ….

Le notaire de la veuve ni éplorée ni joyeuse interpelle la Direction de l’agence :   

-« Mon confrère et moi exigeons que les pièces et les lingots  soient repris au cours d’aujourd’hui ! »

-« Mais la Bourse est fermée, l’or sera vendu au cours de demain ! » rétorque le Directeur..

Les deux notaires refusent, tempêtent et menacent d’aller vendre l’or à l’agence du Crédit Lyonnais située de l’autre côté de la rue du bac. (Je les connais, ces «Lyonnais », ils seraient bien contents de récupérer cette petite fortune dorée).

Le Directeur téléphone au siège, argumente, parlemente, fait très probablement jouer ses relations  à la Direction du CIC, encore au travail à cette heure déjà avancée de la soirée..

-« Bon, le siège est d’accord, nous reprenons l’or au cours d’aujourd’hui ! » dit-il enfin.

Les notaires semblent satisfaits.

- « Mais, » Continue le Directeur en me regardant fixement

 –« il faut porter dés ce soir l’or à la caisse centrale »….

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medium_ver_coffres_1.jpg

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Bon, j’ai compris, c’est moi qui vais transporter ce trésor au siège.

Sous le regard attentif des notaires, j’enfourne les sacs et les lingots avec le Directeur dans le grand sac en cuir noir du coursier rentré chez lui depuis longtemps. Mais sous le poids, environ trente kilos (Malgré un petit volume, l’or cela pèse) la poignée du sac cède. Je dois la rafistoler avec une ficelle.

Tenant le sac comme je peux, je sors de la succursale, serré de prés par le Directeur. Il tient un parapluie au dessus de nos têtes, car un violent orage vient d’éclater sur Paris.

Il m’enfourne dans un taxi stationné Boulevard Raspail. Il me fait plein de recommandations.

Pendant le trajet d’environ un quart d’heure, les trente kilos d’or sur les genoux, une petit envie me taraude. : Demander au chauffeur de m’amener directement chez moi rue Duhesme. Mais l’honnêteté étant un vilain défaut je résiste à cette envie.

En arrivant  au siége rue de la Victoire, le tapis rouge est déployé. Je suis attendu, enfin, mon stock d’or est impatiemment attendu. Le taxi est dirigé directement dans le sous-sol de la caisse centrale. Un responsable réceptionne la précieuse cargaison, et règle le taxi. Je rentre chez moi sous une pluie battante, soulagé de cette lourde charge et que cette folle journée .se termine enfin.

Quelques jours plus tard, l’employé de chez « Fichet Bauche » est revenu pour remplacer la porte fracturée du coffre et je n’ai plus jamais entendu parler de cette succession mouvementée…

 

Rendez-vous la semaine prochaine : même blog, même jour, même heure..

Pour d'autres souvenirs bancaires.

 

  

Commentaires

Ils ont bien du souci ces pauvres détenteurs de lingots d'or mais pour les vrais emmer.. .... ce sont les autres qui les ont

Écrit par : Biche | 05/06/2008

finalement tu as du en avoir pas mal de ces anecdotes,et au moins ça te faisait passer le temps et tu devais parfois rire sous cape en voyant la mine déconfite de certains.salut Pierlouim

Écrit par : heraime | 06/06/2008

Savoureux récit, savoureuses illustrations... J'aime bien les danseuses de la 1ère !

Quelle ambiance ! Je me suis demandé à un moment si le coffre allait pas être vide...

Écrit par : gazelle | 07/06/2008

Suspens jusqu'au bout. C'est dommage que l'on ne sache pas comment cela s'est terminé ! Si tu as d'autres anecdotes, fais nous en profiter.

Écrit par : pimprenelle | 09/06/2008

Un délice, un petit bijou dont on ne se lasse pas de regarder les poinçons... Bises à toi. miche
Je reviendrai plus tard pour lire d'autres histoires incroyables mais vraies.

Écrit par : miche | 20/06/2008

Je vous complimente pour votre exercice. c'est un vrai exercice d'écriture. Développez

Écrit par : serrurier paris 13 | 21/07/2014

Les commentaires sont fermés.

 
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