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22/05/2008

7-SOUVENIRS BANCAIRES-C.I.C.

-LES COFFRES (2).

 

LE COFFRE ACADEMICIEN.

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J’ai eu l’occasion dans ma carrière, à plusieurs reprises, de m’occuper de compte bancaire de personnages connus.

Mais dans la plupart des cas, je ne les ai jamais rencontré. Les grands pontes de la Banque  certainement. Mais en tant qu’employé « lambda » je ne voyait venir au guichet que leur représentant : Secrétaire, adjoint, agent ou tout simplement l’épouse.
Ce fut le cas d’un écrivain célèbre, académicien, dont  je n’ai connu que l’épouse. Il faut dire que cet homme était déjà très âgé à l’époque. Cette dame descendait régulièrement au coffre de son mari dont elle avait la procuration.

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Comme beaucoup d’autres femmes de ce quartier chic du 7ème arrondissement, Madame R.. entrepose l’argenterie du ménage dans son coffre. La veille de dîners entre familiers à son domicile (souvent le vendredi soir), elle vient  retirer, dans un grands cabas, les couverts précieux. Elle les ramène le lendemain ou le lundi  matin, après usage, pour les renfermer dans le coffre.

Nous l’aimons bien, la femme de l’académicien. Grande brune et svelte aux soixante dix ans bien portés,  elle a toujours le sourire. Quoique discrète et peu bavarde elle a toujours un mot aimable pour l’employé qui la sert à la caisse ou l’accompagne à la salle des coffres.

 

Après le long Week-end du 15 août 1972, au petit matin, la succursale vient juste d’ouvrir à la clientèle. Je m’active encore au classement des fiches de comptes arrivées par la voiture de la « Brink’s »,  quand arrive Madame R, l’épouse de l’écrivain célèbre. Elle demande à descendre à son coffre. Ce n’est pas son habitude de venir si tôt… Elle porte deux grands sacs de voyage, qui manifestement sont vides. Elle ne vient donc pas remettre son argenterie dans son coffre. Ce qui me surprend, à part l’heure matinale de sa visite, c’est  une  nervosité inhabituelle, un mutisme songeur et une mine fatiguée. Mais aussi des yeux rougis…Elle signe machinalement sans un mot  le carton de location de coffres sur lequel j’ai indiqué la date et l’heure de la visite.

Nous descendons  ensemble l’escalier qui mène à  la chambre  forte. (Il existe bien un ascenseur, mais peu de clients veulent l’utiliser.). Elle s’arrête devant son coffre qui fait partie de la catégorie des grandes capacités. Il est donc très grand et ancien : un « Fichet-Bauche » de vieille génération. . Je débloque la serrure avec la clé de contrôle. Elle ouvre le coffre avec sa clé personnelle. Je m’éloigne comme le règlement m’invite à la faire, car je ne dois en aucun cas voir l’intérieur et le contenu du coffre. Je remonte donc à mon guichet vaquer à mes tâches administratives…

Dix minutes plus tard, je vois la dame  sortir de l’ascenseur. Elle a du mal à porter les deux sacs de voyage pleins à craquer et très lourds. Un collègue l’aide à sortir de la succursale avec sa pesante charge. La dame monte dans un taxi qui stationne à l’angle de la Rue du Bac et s’en retourne probablement chez elle, à quelques centaines de mètres de la succursale du C.I.C.

Le temps passe. J’oublie l’impression bizarre que j’ai ressentie en début de matinée par la visite inhabituelle de Madame R…

 

Vers 11 heures trente, le coursier qui vient de terminer sa tournée du matin, entre dans la succursale en brandissant un journal.

-Vous avez vu, Monsieur R.. est mort hier soir.

Sachant l’écrivain gravement malade, je ne peux m’empêcher de penser :.

-« Cet homme de bonne volonté unanimiste est décédé malgré les soins attentifs du bon docteur Knock »

 

Mais, subitement, un doute angoissant m’envahit.

Je déboule dans le bureau du sous-directeur. Je lui raconte que l’épouse de l’écrivain mort dans la nuit a vidé entièrement le coffre ce matin.

Mais mon supérieur me rassure :

-« Vous avez bien fait signer la fiche des coffres avec la date et l’heure de la visite ? »

-«Oui !.  Hé bien ! Vous n’avez rien à craindre de l’Inspection. Vous avez fait votre travail correctement »

-« En effet un co-propriétaire de coffre dispose entièrement de son contenu. Nous n’avons rien à voir là dedans. Cette dame n’est redevable éventuellement qu’envers les autres héritiers. ».

Effectivement  je n’ai pas eu de retombée de cette histoire.

 

La succession s’est déroulée normalement, notre service des successions ayant pris l’affaire en main.

J’ai revu Mme R.., chez elle, rue de Solférino.Je suis allé lui faire signer des documents concernant  le compte titres de son mari.

Autre succession de cet écrivain célèbre :  Son collègue, Jean d’Ormesson a hérité en 1973 du fauteuil n° 12 laissé vacant à l’Académie Française. Il occupe toujours ce siége, 36 ans aprés.

 

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Encore plusieurs histoires de coffre à vous raconter :

Rendez-vous la semaine prochaine : même blog, même jour, même heure

Commentaires

pour te remercier de ta discrétion, elle ne t'a pas donner un gros pourboire ?(je rigole)en attendant elle n' a pas perdue de temps, la bonne épouse........
bonne soirée

Écrit par : anne-marie | 23/05/2008

fauteuil 12
http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html

bises

Écrit par : Charline | 23/05/2008

discrétion, discétion...
ton compteur de visites m'intéresse; on le récupère où??
cordialement

Écrit par : henri | 24/05/2008

Ce n'est pas par le chagrin qu'elle était accablée, mais par le poids de ce qu'elle transportait .... elle n'a pas perdu ses esprits !

Écrit par : josiane | 24/05/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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