Chroniques parisiennes et drouaises https://analytics.google.com/analytics/web/?authuser=0#provision/CreateAccount/
logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

10/12/2007

AN PAR AN - 1 9 6 7. Première partie.

J'ai fait le  pari de raconter une vie, année par année.
Une année à paraître chaque semaine sur le blog (en principe chaque lundi soir.)
Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La premiére partie, parue sur le blog de Mars à Juin dernier, retraçait
une enfance Drouaise de Juillet 1946 à Août 1959.
Pour la lire, cliquer sur la catégorie : AN PAR AN -1946-1959.

La deuxième partie en cours,
relate une adolescence et une jeunesse de septembre 1959 à 1970.

1967-Premier semestre- Fin de huit années d'internat au Lycée Jules Ferry Versailles.

Pour ceux qui préférent ouvrir un fichier :

AN_PAR_AN-1967-_1ère_partie..doc

Pour ceux qui veulent lire directement en note :


Premier semestre 1967
- Les derniers six mois au Lycée
Jules Ferry de Versailles.

 On y est. C’est la dernière ligne droite avant l’exam en Juin du B.T.S. Un examen tout neuf, la deuxième session nationale en 2007.  Les plâtres sont encore frais. L’examen pas encore réellement rodé.
Pour nous; de plus en plus de travail.

 Et l’inquiétude…L’inquiétude s’installe dans notre classe de dix huit lycéens étudiants. (Dont trois étudiantes). Une sorte de malaise général. Un de nous est tombé gravement malade. Nous sommes en plein spleen, des questions des doutes nous assaillent : à quoi bon passer un examen, et après, après que ce passera-t-il ? Nous sentons très bien que le monde change rapidement autour de nous, à nous donner le tournis et qu’il faut que nous participions à ces chamboulements et même à les précipiter.
Les professeurs s’inquiètent de notre état dépressif.
Pour eux c’est une première : Une classe entière qui déprime. On n’a jamais vu cela. Les autorités du lycée, directeur, surgé, médecin scolaire  défilent dans notre classe pour essayer de nous remonter le moral.

Rien n’y fait.
Les autres élèves du lycée n’ont pas le même problème de déprime mais commencent à contester l’organisation et la réglementation du Lycée.
Je ne sais plus très bien comment, je me retrouve avec trois camarades des autres sections dans le bureau du Directeur. Nous avons été désignés pour négocier un certain nombre d’aménagements dans notre vie lycéenne et dans la situation d’interne.
Le Directeur et le Surveillant général sont dubitatifs devant nos revendications. Mais ils sont bienveillants, ayant à la maison des problèmes similaires avec leurs enfants qui ont grosso modo notre âge. D’ailleurs à plusieurs reprises, le Directeur s’exclame :

-« je crois entendre mon fils !! ».    

 

Ces rencontres avec la direction se soldent par certaines améliorations de notre vie de lycéens et de nos relations avec l’administration du lycée.
-Les élèves auront dorénavant des délégués qui siégeront régulièrement en comités avec les autorités.
- Des assouplissements d’horaires aussi bien pour les externes que pour les internes sont aménagés.
- Les autorisations de sortie seront plus faciles à obtenir.
-Possibilité pour les internes de rentrer le lundi matin au lieu du dimanche soir, d’accéder plus librement au dortoir, etc.
- Une petite cours annexe  sera réservée aux « grands » pour les récréations, avec autorisation de fumer et de lire des journaux « politiques. ».
 De petites avancées, certes mais qui finalement satisferont tout le monde : élèves, corps enseignant et administration.  

 Sans le savoir, notre déprime et notre petit mouvement de contestation en ce début de 1967 présage les événements dits « de 68 ».
Petit à petit l’atonie de notre classe disparaît.

 

-A Pâques, pour nous changer les idées avant l’épreuve finale, nous faisons un petit voyage d’une journée, les 18 élèves et quatre de nos professeurs. Nous allons dans la région d’Orléans.
Curieusement, le matin, nous visitons une abbaye, celle de St Benoît sur Loire. Certains, dont je fais partie ont  l’occasion de converser assez longuement avec de jeunes moines bénédictins. Le début d’une thérapie ou d’une conversion ?

L’après midi nous visitons le parc de la Source, nouvellement créé.
Puis nous terminons la journée par la découverte d’une invention pleine d’avenir. : L’aérotrain de l’ingénieur Bertin.
Ce train roule sur un coussin d’air, quelques centimètres au-dessus d’une voie unique en ciment. Nous visitons la motrice affublée de deux moteurs d’avion, ceux de la caravelle. Mais nous ne voyons pas cet étrange engin fonctionner en s’élevant sans roue, glissant sur un long ruban de ciment perché à dix mètres du sol au bout de pylônes. Il peut ainsi rouler (ce n’est pas le bon terme), donc  glisser sur son coussin jusqu'à trois cent kilomètres à l’heure…
Mais ce moyen de locomotion sera balayé par la conception et la mise en service des T.G.V. 
Quarante années plus tard on pourra encore apercevoir, en voyageant dans le train Paris Orléans, la voie en ciment juchée sur ses pylônes courir dans la campagne sur une dizaine de kilomètres. Ce grand projet devenu inutile, reste un des fiascos les plus navrants de l’inventivité française.

 La date des épreuves du B.T.S. approche mais l’envie de réussir est estompée un peu dans notre tête. Notre préparation est peut être insuffisante.
Nos professeurs sont  peu préparés à ces tout nouveaux programmes. D’ailleurs il n’existe pas encore de formation spécifique pour les professeurs de BTS gestion et comptable. Nous n’avons qu’un même professeur  pour le droit, la comptabilité, la fiscalité, l’économie et  la mécanographie, .etc. Cette dame était Secrétaire de direction il y a encore quelques années. Quant elle éprouve des difficultés, elle demande à son mari  expert comptable de l’aider. Et le lendemain, elle nous annonce « j’ai posé la question à mon mari et il m’a dit que…) Pour les autres matières elle se contente en grande partie de lire d’une voix monocorde les polycopiés. Point.

 

Les professeurs malgré leur très bonne volonté sont obligés un peu de « bricoler » leurs cours. Et sans expérience des épreuves d’examen (c’est seulement la deuxième édition du BTS gestion et comptabilité cette année) ils ne cernent pas très bien  ce qui pourrait  nous être demandé à l’examen. Tous; élèves et professeurs, nous sentons que nous avançons en terrain glissant..

 

Les deux jours de l’examen je n’étais pas très en forme. Arrivé en retard le premier matin pour l’épreuve de compta, j’ai très vite senti, qu’à part un miracle…
La veille de la promulgation des résultats, nous  sommes tous réunis dans un restaurant prés de la gare st Lazare à Paris. La soirée est animée mais d’une gaîté un peu forcée. Car nous sentons bien qu’il s’agit d’un repas d’adieu. Demain matin après les résultats, bons ou mauvais, chacun partira suivre son destin, et le groupe sera dissout.  Un seul professeur est présent : Madame Rouxel la prof de compta. Elle parait profondément chiffonnée. Elle ne connaît probablement pas les résultats définitifs mais elle possède peut être déjà des informations. Et cela ne doit pas être réjouissant. Car pour elle aussi cela pourrait être un échec cuisant.
Puis, le temps passant, n’ayant plus de trains pour repartir sur Versailles, un petit groupe, dont bien sûr, je fais partie s’est formé pour traîner dans Paris. Nous faisons plusieurs boites dont principalement, le slow club, rue de Rivoli où officie Claude Luther et son orchestre.
A six heures du matin nous nous retrouvons sur le carreau des Halles. Une ambiance colorée.
-Beaucoup de bruits : cris,  klaxons,  roulements des chariots électriques.
-Beaucoup d’odeurs : de marée,  de fruits, de légumes, de fromages.
-Beaucoup d’images : des blouses bleues, des blouses blanches tachées de sang, des trognes hautes en couleurs, des montagnes de cageots, -Beaucoup d’agitations : des bousculades, le va et vient des chariots remplis de choux fleurs -« Attention, dégagez devant !! » des déchets de légumes à terre, attention ça glisse… Des agents de police  en pèlerines, débonnaires mais l’œil sévère.

Nous faisons un peu les fous, nous dansons et  chantons, de vrais fêtards. 
Dans quelques années les halles de Baltard et leur folklore auront disparus. A la place, un grand trou qui mettra longtemps à se combler. Nous finissons la nuit autour d’une soupe à l’oignon dans le restaurant «au pied de cochon » un classique des fins de nuits parisiennes. 

 A neuf heures nous nous trouvons rue du Banquier. Sur le mur de la maison des examens sont affichés les résultats de notre B.T.S. Ils sont très décevants : pour l’ensemble des candidats, à peine 40% de réussite. Pour nous c’est pire 4 élèves sur 18 seulement ont décroché leur sésame.
C’est la débandade. Chacun part de son côté, nous ne nous reverrons  plus jamais. Pourtant il y a quatre mois nous avons fait une dépression commune. Tout cela est oublié. Nous avons juste le temps de nous faire une promesse :
Nous retrouver dans 33 ans à l’an 2000.
Cette promesse ne sera pas tenue.

Je retourne avec mon ami Jean Paul Chartier à Versailles au lycée. Nous réunissons nos affaires et, la valise à la main, nous sortons assez penauds du Lycée. Personne n’est là pour notre départ.
La lourde porte se referme derrière nous. 8 années de vie d’interne passent à la trappe.

Jean Paul, qui habite Chartres et dont les parents sont charcutiers me ramène à Dreux en voiture.
Nous empruntons l’autoroute de l’Ouest, la seule voie rapide Française, un peu plus de vingt kilomètres. Dans quelques années parait il, la France comblera son retard et aura des milliers de kilomètres d’autoroutes.
Jean Paul me dépose devant mes parents atterrés de mon échec et continue sur Chartres. Je ne le reverrai plus…

 

Mes parents me proposent le redoublement. Mais je n’ai plus, pour l’instant la force  ni l’envie d’effectuer une année supplémentaire d’études et d’internat.  N’ayez crainte cet échec sera dans quelques années effacé par la réussite à des examens et concours « professionnels » largement de niveau BTS voire plus.
-Un seul d’entre nous restera au lycée pour redoubler la classe de B.T.S. et peut être réussir l’examen. Il s’agit du « grand blond », jean Pierre Ruellant. Lui qui avait l’intention de « faire l’acteur » il le faisait si bien en tout cas à l’internat. Qu’est-il devenu ?
-Les quatre lauréats du B.T.S. ont toute latitude pour continuer vers l’expertise comptable.
-Ceux qui ont échoué, ont plusieurs possibilités : Redoubler comme Ruellant, faire les service militaire comme moi, travailler comme comptable ou commencer des études de Droit car cela nous est permis avec le diplôme du B.S.E.C.

-Je vais quelques temps, un an au plus, correspondre avec plusieurs anciens camarades : une des filles de notre classe Annie Dejean, avec l’ami Serge Dubois et avec jean Marc Delmolino.
-Serge, fils de Cultivateur à Mocsouris prés de Houdan, a été mon meilleur ami pendant cette période « boite à Jules ». Il est venu plusieurs fois à Dreux à la maison, et je suis allé une ou deux fois dans la ferme de ses parents.
-Je m’entendais bien aussi avec Delmolino,  un artiste rentré comme moi. Mais lui est un musicien. En cours, à côté de moi il prenait mon étui à lunette pour un manche de guitare et faisait des gammes. Un fan de Brassens.

 

Avant deux ans à peine j’aurai perdu toute relation avec les anciens de la « boite à Jules ».
Une grande page de ma vie se tourne.

Une autre page  s’ouvre devant moi, mais avant, l’armée m’appelle.

 

Commentaires

C'est ça la vie d'internat. De mes amis en internat, l'un est devenu prêtre, l'autre toubib et le 3 ème notaire puis directeur des usines Braquier à Verdun (Dragées de Verdun).
A part le toubib qui est décédé à Bar-Le-duc, aucunes nouvelles. C'est mon vieux copain (73 ans de connaissance) qui m'a permis de suivre leur route.
C'est ainsi !!

Écrit par : patriarch | 10/12/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique