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18/06/2007

AN PAR AN - Douzième année : 1 9 5 8.

AN PAR AN : 1958.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la onzième année, voyons la suite, la vie avance...

Douzième année : 1 9 5 8. Mes notes deviennent plus longues, mais mes souvenirs sont de plus en plus précis et les années cinquante paraissent si loin et si différentes des années 2000 qu'elles demandent beaucoup de développements et explications.
Bon courage et bonne lecture...


1958 -12 ans –
Encore une année heureuse. Peut être la dernière année d’enfance. Après ce sera une autre période.
Comme dit Papa : « A ton âge, en 1919, je rentrai en apprentissage. Si mon Papa n’avait pas été tué devant le fort de Douaumont le jour de ses quarante ans j’aurai peut être, continué mes études, au moins j’aurais pu avoir le certificat d’études. »
Moi, pour l’instant je n’ai pas du tout envie de travailler pour un patron. De toute façon maintenant il faut attendre 14 ans pour partir de l’école. ….

Pour l’instant ma vie est insouciante…Même si nous ne sommes « pas riches » comme dit Maman en faisant une moue avec la bouche et en insistant sur le »r » de riche, la vie que nous menons, mes parents et moi n’est pas malheureuse…
.Mes parents sont propriétaires de leur petite maison, Ils ont du travail tous les deux, Papa est employé municipal…Nous avons un grand jardin,une bande de terre étroite, 6 à 10 mètres seulement , mais longue de prés de cent mètres, ce qui permet de relier une autre rue. En fait une route, à peine goudronnée, encaissée, que la grille de notre jardin surplombe de prés de trois mètres. Un petit escalier bricolé par papa et creusé à même le talus, permet d’atteindre la route, qui mène à travers la campagne à Nogent le Roi….Car pour l’instant derrière notre jardin, il y a encore des champs, et même, juste à coté, une petite ferme. Dans cinq ou six ans commencera la construction de bâtiments et de maisons. Ce qui fera reculer le début de la campagne de prés d’un kilomètre.

Mes parents cultivent activement ce jardin. Moi aussi de temps en temps.
A la fin de chaque hiver, un monsieur vient voir papa à la maison. Il lui apporte une boite en carton à peu près de la grandeur d’une boite à chaussure. Dedans, quelques dizaines de petits sachets en papier kraft de couleur marron sur lesquels sont imprimés des noms, quelque fois des dessins et des conseils pour la plantation. En effet chaque petit sachet fermé hermétiquement contient des graines. Et ces graines seront semées dans le jardin par papa.

Le monsieur et papa se connaissent bien, ils ont été prisonniers ensemble dans le même stalag prés de Berlin.
Après avoir discuté jardinage et réglé la facture, ils s’en viennent autour d’un verre à se raconter leurs souvenirs de guerre. Moi, cela me passionne de les écouter. A les voir souvent rires, je peux croire que leurs souvenirs sont joyeux. Mais de temps en temps, il y a de longs silences, et de la tristesse sur le visage des deux anciens prisonniers de guerre, les « KG « comme dit papa. (Ces deux lettres « K .G » badigeonnées à la peinture blanche sur le dos de leur veste ou capote, signifiait en allemand, prisonnier de guerre, Krieg Gefangener. cela permettait de les repérer de loin dans Berlin.) Ces conversations peuvent durer bien plus d’une heure
Un jour, mais pas ici, je raconterai tout ce Papa m’a confié sur cette douloureuse période.


Bon, revenons à notre jardin.
Il y a peu près tout ce que le climat drouais permet de faire pousser. D’abord beaucoup d’arbres : pommiers, cerisiers, poiriers, pruniers (quetsche), pêcher, noisetier et même quelque pieds de vignes reste de l’ancien vignoble.. On profite même de l’ombre et des noix de l’énorme noyer du voisin dont beaucoup de branches surplombent notre jardin.
Papa plante un peu de tout, un peu au bonheur la chance. Toutes les graines de la boite y passent, ça pousse comme cela peut : de bonnes réussites, les haricots verts, les tomates, les artichauts, choux, de moins bonnes récoltes en pommes de terre, (il y a encore de temps des doryphores).
Bref nous sommes presque autonomes en fruits et légumes.
Mais nous élevons aussi des poules et des lapins…Michel, mon parrain, fermier à Abondant, nous approvisionne en jeunes animaux mais aussi en grains et avoine. L’herbe arrachée dans le jardin et les épluchures de la cuisine constituent le complément de nourriture pour ces bestioles..
Maman tous les matins avant de partir travailler nourrit sa vingtaine de poules et sa bonne dizaine de lapins.
Deux ou trois dimanches par mois nous mangeons une poule ou un lapin de notre élevage. C’est papa qui se charge de les tuer. Les poules cela ne lui fait rien, sauf que ce n’est pas toujours facile d’en attraper une, mais tuer un lapin, il n’aime pas. Il en saisi un par les oreilles, attention ça griffe un lapin. Il le pend par les pattes, la tête en bas, l’étrangle, arrache l’œil et recueille le sang qui gicle de l’orbite dans un bol. C’est barbare, mais faut bien. Après il faut dépouiller le lapin. Papa retourne la peau et la tend autour d’une tige en fer et la garnit de paille. Je regarde l’opération avec intérêt car papa me donne les peaux de lapin pour que je les fasse sécher en les accrochant au plafond du grenier de l’atelier.

Tous les deux mois environ, un monsieur passe à la maison, c’est le marchand de peaux de lapin. Il est en vélo. Il y a des dizaines de peaux sur son porte bagage ou accrochées à son guidon, pendantes le long des roues. Je lui vends les peaux que j’ai en stock. Il faut que ces peaux soient belles, sans vers, ni taches, sinon elles sont refusées. Les fourrures blanches sont plus chères que les autres. Je me constitue ainsi une petite cagnotte pour acheter des confiseries au aller au cinéma. Quand je pense que les peaux de lapins que je vends vont être transformés en manteaux de fourrure portés par de belles dames, cela me fait rêver….

Les lapins ainsi tués par papa vont être cuisinés de façon immuable par maman : Les pattes avant et le torse vont être cuits dans le sang récupéré dans le bol. Un civet de lapin en quelque sorte .L’arrière du lapin va être rôti au four. Les lapins de maman gros et gras nous font ainsi au moins deux repas forts différents. Ce lapin au sang restera un de mes meilleurs souvenirs culinaires d’enfance. Je n’aurai plus l’occasion dans l’avenir d’en déguster d’aussi bons. (Ni même d’en retrouver la recette)

Avec l’argent récupéré de la vente des peaux de lapin je vais au cinéma.
Au cinéma Eden j’ai vu le pont de la rivière Kwaî. J’ai tellement aimé que je l’ai vu deux fois. En allant à l’école zigzaguant sur mon vélo bleu , je chante à tue tête et je siffle la chanson du film :
« …Hello le soleil brille brille brille
Hello tu reviendras bientôt
Là-bas dans ton village
Au vert cottage
Plein de chants d'oiseaux »


Grande nouvelle : A deux cent mètres à peine de la maison, à l’emplacement d’une ancienne salle de bal s’est construit un cinéma. Oui un cinéma. Comme ce cinéma est accolé à la boulangerie café marchand de journaux de monsieur Ligonière, il va s’appeler le « Moulin Blanc ». Il est évident qu’avec mes parents nous ne pouvions pas rater l’inauguration et la première séance du Moulin Blanc.
C’est un film américain en cinémascope « l’arbre de vie » avec Elisabeth Taylor et Montgomery Clift. C’est beau mais un peu longuet…Enfin nous sommes très content d’avoir un cinéma à deux pas de chez nous. Voir un film sans être obligés de descendre en ville, quel progrès.


Je suis très triste ma petite chienne bâtarde blanche aux oreilles noires est morte hier dans mes bras.
Elle était malade elle toussait et ne mangeait plus. On a fait venir à la maison le vétérinaire, Monsieur La fontaine (nom prédestiné pour un vétérinaire, n’est-ce pas ?). Il a pronostiqué une pleurésie et a donné des médicaments. Curieux ce sont les mêmes médicaments que les humains. Hier matin, cela n’allait pas mieux. Elle était allongée sur le carrelage, elle geignait. Je l’ai prise dans mes bras. Elle a posé sa tête sur mon épaule ; un soupir, et elle s’est raidie pour toujours. C’est mon premier contact physique avec la mort.
Elle a eu une vie de chienne tranquille, mais elle n’est jamais sortie de notre jardin. Jamais on ne l’a promené hors de la maison. D’ailleurs elle ne rentrait dans la maison que pour manger dans la cuisine. Elle dormait dans une caisse aménagée pour elle dans l’atelier de papa. Elle était toujours auprès de moi dans le jardin et je jouait beaucoup avec elle. Louloute s’ennuyait beaucoup de rester seule dans la cour. Elle aboyait souvent pendant notre absence. Le monsieur du café d’en face, s’est souvent plaint à papa, car il ne pouvait pas faire la sieste tranquille, l’après midi à cause des aboiements intempestifs de Louloute. Elle a eu beaucoup de petits chiots. Les chiens du voisinage savaient franchir les barrières pour venir lui faire des petits. Papa a du à plusieurs reprise, en se cachant bien sur de moi, tuer les petits chiots à leur naissance. Papa les noyait dans une grande bassine d’eau. Louloute a eu dans une seule portée jusqu’à douze chiots.
Pour moi c’est la première page de mon enfance qui se tourne….

Maman commence à avoir des problèmes avec le diabète, ses yeux sont envahis par la cataracte. Son grand père est mort aveugle parait-il.
Le docteur Poulet (nom sympathique pour un ophtalmologiste, n’est-ce pas ?) a décidé d’opérer maman.
Pour le premier œil, le gauche, il veut opérer maman directement à la maison, oui à la maison..
Pour cela Papa a dû, à la demande du médecin qui est grand surélever le lit de 30 centimètres. Il l’a fait avec des cales à sa façon. Le matin de l’opération. , juste avant de partir à l’école Je vois débarquer le docteur Poulet et son assistante dans la chambre de mes parents. Ils s’habillent d’une blouse blanche, se la vent les mains, se mettent un masque sur la bouche. Le docteur a amené une grosse lampe sur pied qu’il installe auprès de maman. Après je n’ai pu voir, d’abord le docteur m’a fait sortir de la chambre et ensuite je suis parti à toute vitesse sur mon vélo bleu car la cloche de l’école n’attend pas…
Au retour, à midi, j’ai retrouvé maman dans son lit, un bandeau sur l’œil gauche. Elle doit rester allongée dans son lit, la tête bien calée dans les oreillers, Il lui est interdit pendant une semaine de bouger, de se lever. Papa doit l’aider pour manger, elle ne doit bouger la tête. Il se sert d’un « canard » en céramique pour la faire boire et manger de la nourriture liquide, bouillon, fromage blanc…Pour le reste papa doit lui passer le bassin. Un vrai calvaire pour maman pendant une semaine.

Pour le deuxième œil l’opération est faite par le docteur Poulet mais pas à la maison, dans la clinique de la Rue Pastres. Pour Maman (et papa) c’est plus confortable. Cette fois ci maman peut se lever au bout de trois jours, même si elle reste une semaine à la clinique. Maman qui ne peut lire, écoute la radio. Ce qu’elle entend l’effraie : C’est la révolte à Alger à la suite de l’exécution par le FLN de trois prisonniers Français…On entend dans le poste les cris de la foule. C’est ce qu’on appellera plus tard la crise du 13 mai 1958 qui entraînera le retour du Général De gaulle…

Pendant les vacances je vais pour la quatrième et dernière fois en colonie de vacances à Habère Poche. J’ai atteins l’âge limite de 12 ans. Encore une page d’enfance qui se tourne.

A la rentrée je retrouve pour la troisième année consécutive mon instituteur, Monsieur Aubreton. Ce sera aussi ma dernière année d’école primaire. Comme tous mes camarades je me suis rendu au centre d’orientation professionnelle.
Il se trouve dans un ancien moulin sur la Blaise, appelé le « moulin de l’aumône »prés du centre d’apprentissage. Avec des questionnaires, des tests, des entretiens, mon avenir professionnel doit ainsi prendre forme.
A la question « Quel métier voulez-vous exercer ? » Il est évident que je ne peux pas répondre par mon souhait le plus cher : Instituteur. Non je ne serai jamais instituteur, pour cela je devrais être en cinquième au collège Rotrou. Et je n’y suis pas en cinquième.
Alors je réponds « Je voudrai travailler dans les bureaux », je vois mon interlocutrice tiquer, il s’agit pourtant d’une assez jeune et jolie dame.
« Peut être « me dit-elle en se dandinant sur sa chaise « mais comme métier, disons « manuel » que voulez vous faire?.». Je suis pris un peu au dépourvu et je réponds au hasard « électricien, madame »
Elle me fait faire un certain nombre de tests. Parmi ceux-ci je dois classer une pile de fiches par ordre alphabétique. Un énorme métronome va m’accompagner pendant cette épreuve. Tic-Tac, Tic-Tac, Tic-Tac, Pendant longtemps, des années, je vais entendre ce bruit sec strident d’horlogerie Tic-Tac, Tic-Tac,…..
A la fin de la matinée je recevrais un papier que je garderai malgré l’envie de le déchirer. Il est écrit que je ne peux pas travailler dans les bureaux, les tests ont prouvé que je suis brouillon. Il m’est donc conseillé de devenir, en apprentissage, électricien
Moi qui aurais voulu être instituteur….

Pour l’instant je suis quand même bien à l’école avec Monsieur Aubreton. Je suis un de ses meilleurs élèves. Il apprécie mon amour pour la littérature et l’histoire. Ce qu’apparemment n’ont pas perçu les « psys » sous influence du moulin de l’Aumône. Ce nom est bien approprié, l’aumône. Mais Monsieur Aubreton me rassure :
« Tu sera capable de faire un travail intellectuel, j’ai confiance en toi. »

Un jour j’ai du faire une bêtise, je ne me souviens pas laquelle (J’ai une mémoire tout à fait sélective pour ce genre de chose) Monsieur Aubreton m’avait promis une correction si je la faisais cette bêtise. Je l’ai faite. Monsieur Aubreton très en colère m’a entraîné dans le couloir hors du regard de mes camarades. Il avait une règle en fer dans les mains. Il ma demandé de me baisser, le buste en avant. Vlan il m’a asséné plusieurs coups de règle sur les fesses. En me relevant je me suis aperçu qu’il avait les larmes aux yeux. . « Allez rentre, et ne recommence plus » me dit-il d’une voix blanche. Je ne suis pas certain d’être celui qui souffrit le plus dans cette affaire. Je ne suis pas sur que dans cinquante ans, un instituteur pourra corriger ainsi un élève de douze ans. Pourtant ces coups de règles ne resteront pas du tout dans mes plus mauvais souvenirs, au contraire je m’en souviendrai avec une certaine émotion et même de reconnaissance envers mon maître d’école.

Début septembre, Monsieur Aubreton nous annonce une grande nouvelle.. Il existe maintenant pour les élèves préparant le certificat d’études, la possibilité de réintégrer par concours, le cycle d’études secondaires en classe de quatrième des collèges. Monsieur Aubreton pense que six d’entre nous pourront profiter de cette ouverture. Malheureusement ces élèves ne pourront pas réintégrer des classes de quatrième « classiques » ou « modernes » mais seulement, si je puis dire des classes de quatrièmes techniques…. i
J’ai la chance de figurer parmi ces six promus. Je suis le seul à me destiner à une filière comptable et commerciale, les autres iront dans des filières technologiques voire préparation aux écoles des arts et métiers…Je vais donc pendant les six sept mois qui viennent préparer un concours d’entrée en quatrième commerciale aux collèges de Caen Evreux et Versailles. J’ai donc trois possibilités de réussite ou d’échec. Mais Monsieur Aubreton a confiance en moi…
Je suis content, je ne serai pas électricien. Je travaillerai dans les bureaux. Mais un petit regret quand même :
Moi qui voulait être instituteur.

Maman est ravie. Papa aussi, mais il est sceptique.
Il me dit « Tu ne sera donc pas menuisier mais scribouillard, un bureaucrate. Je ne comprendrai jamais ce que vous faites dans les bureaux ’Moi je sais ce que je fais depuis quarante cinq ans. Le jardin ne suffirait pas pour contenir empilés tous les meubles, toutes les portes, toutes les fenêtres que j’ai fabriqués ou réparés. Et toi Pierrot, dans quarante cinq ans qu’aura-tu fabriqué que mettra tu dans le jardin, des chiffres, des mots, du vent ? »
Papa n’a peut être pas tout à fait tort. En tout cas, il m’a toujours interdit son atelier pendant qu’il travaillait, prétextant que je pourrait me blesser…Il ne me jamais concrètement incité à continuer la tradition menuisière de la famille. Il préférait mes voir travailler mes devoirs avec Maman.

Bref, l’année 1958 se termine sur une bonne nouvelle pour moi. Mais l’année prochaine sera celle de grands bouleversements et mutations pour moi……… ;

En France aussi un grand changement est en marche…Le retour du Général de Gaule qui devient
Président de la République. La nouvelle constitution dite de « 58 ». La quatrième république est morte, Vive la cinquième République…
En Suède la France est troisième à la coupe du monde de football grâce à Raymond Kopa et Just Fontaine face au roi Pélé du Brésil. …
Sur Paris Inter, à la radio commence le jeu des « 100 000 francs par jour » présenté par Roger Lanzac.
Le 31 décembre création de l’ASSEDIC (Association pour l’emploi dans l’industrie et le commerce). Je prédis un bel avenir à cette association…

Commentaires

Bonjour,
J'ai mis ton nom sur ma liste.
Je t''ai tagué, donc passe me voir sur mon blog pour savoir la suite.
A bientôt-Bises d'Angelina

Écrit par : Angelina | 19/06/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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