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11/06/2007

AN PAR AN - Onzième année : 1957.

AN PAR AN : 1957.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la dixième année, voyons la suite, la vie avance...

Onzième année : 1 9 5 7. Mes notes deviennent plus longues, mais mes souvenirs sont de plus en plus précis et les années cinquante paraissent si loin et si différentes des années 2000 qu'elles demandent beaucoup de développements et explications.
Bon courage et bonne lecture...


1 9 5 7.
Pour moi une année heureuse. 11 ans.
Mais pour mes parents l’année 1957 s’avère être une année difficile.
Papa perd la même années ses deux oncles, Victor le frère de son père et Maurice le frère de sa mère.
Je le vois prendre le train pour Paris, à l’enterrement de l’oncle Victor, un large bandeau noir agrafé par maman autour de la manche gauche de son pardessus. Il emmène aussi une énorme couronne de fleurs. Trimballer cela dans le métro cela va être peu pratique. Maman et moi restons à Dreux.
Papa revient de l’enterrement de l’oncle Maurice au Puiset, tout à fait au sud de notre département l’Eure et loir, avec une petite pendule. C’est la seule chose que Papa a pu conserver comme souvenir de son oncle. Cette pendule restera longtemps sur la cheminée, mais je ne l’ai jamais vu fonctionner ni entendu sonner..
J’ai rencontré deux ou trois fois l’oncle Victor mais jamais l’oncle Maurice. De Victor J’ai souvenir d’un vieil homme sévère critiquant mes parents de me laisser aussi turbulent. Papa me dit que l’oncle Maurice était aussi très dur pour lui, lui qui n’avait plus de papa. J’ai l’impression que les anciens étaient beaucoup plus intransigeants et sévères vis à vis des jeunes que maintenant. Les jeunes leur devaient le respect et n’avaient pas le droit à la parole.

Pour Maman ce n’est pas non plus une bonne année : A la suite d’une mésentente familiale et aussi suite à de mauvaises affaires, la quincaillerie dans laquelle elle travaille depuis vingt ans ferme ses portes.
Maman se retrouve donc sans emploi. Elle se voit contrainte à « pointer » régulièrement au Bureau de chômage. Je l’y accompagne quelque fois. Il s’agit en fait d’une espèce de baraquement un peu isolé place du vieux pré, au bord de la rivière. Maman, n’aime pas y aller, elle a un peu honte. Mais surtout cette baraque est souvent entourée de « gars de batteries » ces hommes à demi clochards, itinérants qui se louent à la journée ou à la semaine dans les fermes pour, entre autre, assurer le battage des grains après la moisson. Maman souffre d’être obligée de faire la queue pour pointer avec ces hommes souvent sales et avinés…
Mais elle ne restera pas très longtemps au chômage. Elle trouve au bout de trois ou quatre semaines un travail de dactylo comptable dans une affaire de vente de matériel agricole.

Le patron de cette petite entreprise est un homme tout à fait à part. il est peu présent dans son établissement.
En fait, il s’agit du peintre René Bellanger, très connu à Dreux. Il a rencontré un certain nombre de peintres comme Vlaminck ou Montézin qui lui ont été de grand conseil pour la peinture.
Papa, jeune apprenti chez l’ébéniste sculpteur Cadio a bien connu le peintre Pierre Eugéne Montézin à la fin des années vingt. Quand le peintre venait pour un séjour de quelques semaines à Dreux il habitait chez Monsieur Cadio. Papa allait le chercher à la gare, au train de Paris avec une voiture à bras pour transporter bagages, toiles et peintures. Quand Montèzin repartait c’est aussi Papa qui l’accompagnait à la gare avec les bagages et les toiles peintes…Le peintre n’était pas avare en pourboires...
Papa aussi encadrait certains tableaux sous les conseils directs de Montézin .

Pour en revenir à Monsieur Bellanger, il se promène dans la région drouaise avec une voiture sans âge et au modèle incertain, branque ballante. Elle lui sert d’atelier mobile. Il nous arrive, en nous promenant dans la campagne, de rencontrer ce véhicule maculé de peintures de toutes les couleurs, arrêté un peu n’importe comment au travers d’un chemin creux. Monsieur Bellanger n'est pas loin, sous un parasol, en train de peindre un joli paysage.
Un jour de mai, Mr Bellanger vient à la maison, je ne sais pourquoi. Il fait quelques pas dans le jardin. Il tombe en arrêt devant les lilas et les cerisiers en fleurs. C’est vrai que c’est très joli, très pictural, ce déferlement de blancheur.
« Que c’est intéressant, dit Mr Bellanger, il faut à tout prix, que je revienne peindre cela, il y a de très beaux tableaux à faire !! ».
Malheureusement, il n’est jamais revenu peindre notre jardin. Les lilas ont défleuri sans lui. C’est dommage, nos beaux arbres auraient été ainsi immortalisés par ce peintre connu et reconnu, même en Amérique…..

Finalement Maman ne va rester que quelques mois dans l’entreprise de Mr Bellanger, elle ne s’entendait pas avec la vrai patronne, la belle fille, je crois, de Mr Bellanger.
Elle trouvera très vite un autre emploi comme comptable dans une menuiserie spécialisé dans les hangars et constructions en bois, les établissements Pierre à Vernouillet. Maman s’y plait bien mais c’est un peu loin pour revenir à la maison en vélo le midi, et elle doit se dépêcher de manger pour repartir travailler.

Maman ne peut guère écouter la radio le midi, car avec ce long chemin à vélo elle n’a que trois quarts d’heure pour déjeuner. Mais moi je l’écoute passionnément la radio, car les émissions de radio Luxembourg me captivent. Je les écoute dés que le repas est terminé. Il y a Zappy Max, dans la « bise à Zappy » et le feuilleton plein de rebondissement « Ca va bouillir ». C’est vrai, le sponsor de cette émission est une marque de lessive réputée. Il y a aussi Marcel Fort et son « Salut Marcel » et le Petit Rodolphe qui vante le shampooing Dop Dop Dop…..

J’aurai l’occasion de voir ces deux animateurs au cirque Pinder. Avec Papa et maman nous ne ratons jamais les séances des grands cirques qui viennent à Dreux, place Mésirard. Souvent la seconde partie du spectacle de cirque est consacrée à l’enregistrement d’émissions de radio comme le fameux « Quitte ou Double ». L’abée Pierre il y a trois ou quatre ans a gagné pas mal d’argent pour ses pauvres à ce jeu.
J’ai réussi à avoir des photos dédicacées de Marcel Fort et Zappy Max. Je les conserve précieusement.
J’ai vu aussi cette année en matinée, chanter le fameux Luis Mariano. Il chante bien. J’y ai vu aussi André Claveau et John William.

Quand j’écoute la radio le midi, j’oublie tout. Il faut que j’entende siffler au lointain la sirène de l’usine grodemouge qui appelle ses ouvriers pour me rendre compte que je n’ai plus qu’un quart d’heure pour aller à l’école avec mon vélo bleu. Comme j’ai grandi, j’ai du changer de vélo et remiser mon petit vélo rouge.

Il y a aussi une autre sirène que l’on entend de temps en temps. C’est celle qui se trouve en haut du Beffroi…Quand on l’entend c’est que c’est sérieux, on a besoin des pompiers volontaires. Il y a un code : un coup long puis un coup bref : c’est un accident. Trois coups brefs : c’est un Incendie en ville. Un coup bref deux coups longs : c’est un incendie en campagne. A l’appel de cette sirène, selon le code, Les pompiers doivent immédiatement se rendre à l’arsenal, place Mésirard. Un de nos voisins, tout de suite après les coups de sirènes, démarre sa grosse moto et dévale à toute vitesse la rue en pétaradant. Il porte son casque de pompier attaché autour d’un bras et ses bottes liées par des lacets autour du cou. Il aura bien le temps de s’habiller dans le camion des pompiers. Il attrape au vol un autre pompier qui s’agrippe comme il peu derrière lui sur la moto.
Tous les moyens sont bons pour arriver le plus vite possible à l’arsenal. Cela me rappelle le film que j’ai vu dernièrement au cinéma Idéal : A Pied, a cheval et en voiture avec Noél Noèl et Darry Cowl c’était rigolo….

Cet été, je vais pour la troisième fois en colo à Habère Poche. Mais il y a nouveauté : Mes parents m’ont payé un bel appareil photo, De la marque Lumière, avec une sacoche en cuir. Je vais pouvoir faire de belles photos…..

A la rentrée scolaire de septembre, je retrouve Monsieur Aubreton pour la deuxième année. Je me sens bien avec cet instituteur. Je suis redevenu un bon élève. Il m’arrive même d’être premier.

Monsieur Aubreton a une façon bien à lui de nous apprendre la chronologie de l’Histoire :Il a entouré l’intérieur de la classe d’une bande de papier de 30 cm de largeur sur 20 m de long à un mètre cinquante du sol (c'est à dire à la hauteur des yeux des élèves). La bande de papier punaisée sur le mur démarre à partir de la porte, puis passe entre les armoires et les vitres du couloirs, tourne sur le mur du fond sous les portes manteaux, tourne à nouveau sous les fenêtres extérieures, et se termine prés du tableau.. Ce long ruban de papier représente schématiquement les 2000 ans d'Histoire qui nous séparent de Vercingétorix. Soit de –52 avant Jésus Christ à 1952.
Sur cette feuille, Monsieur Aubreton a tracé au feutre de différentes couleurs, les années (1cm par an), les siècles (un mètre de long par siècle) et les principaux événements de l’Histoire de France.
Tout à fait au début, la conquête de la Gaule, cinquante centimètres après, la naissance du Christ année zéro, puis une longue période, Huit mètres jusqu’au couronnement de Charlemagne, six mètres pour arriver à la guerre de cent ans. Trois mètres cinquante pour arriver à la révolution et moins de deux mètres pour arriver à 1952. 2000ans d’Histoire de France résumés sur vingt mètres de mur.
Ce qui m’étonne beaucoup c’est ce long passage de 8 mètres, presque blanc avec peu de noms (Grandes in vasions, Clovis…) puis tout s’accélère : Guerre de cent ans, Louis XI, la Renaissance, Louis XIV …..
Cette révolution et ce premier Empire Dont Monsieur Aubreton nous parle tant, représentent en tout et pour tout, 25 ans, soit 25 centimètres sur 20 mètres.
Toute ma vie je vais me souvenir de ce long ruban de papier pour situer les événements historiques. :
« Voyons voir, Jeanne d’Arc, 1430, cela se passe sur le mur du fond, Louis XIV , 1638-1715 sous la première fenêtre de la rue (trois siècles de différence soit 3 mètres) et pour son long règne, 55 ans, toute la largeur de la fenêtre et la guerre de 1914 sous la troisième fenêtre.(164 ans de différence égale 1,64 m de différence)
Génial, non !
Pour me souvenir de la chronologie d’événements j’échafaude dans ma tête ou par écrit des graphiques à la mode du ruban de papier de Mr Aubreton.
C’est beaucoup grâce à mon cher maître d’école que je suis devenu un passionné d’histoire, et de généalogie……

Par indiscrétion, peut être de son épouse ou de sa fille, nous avons connu la date d’anniversaire de Mr Aubreton. Entre élèves nous nous sommes cotisés et avons acheté un cadeau et des fleurs. Et le jour de ses quarante ans nous avons souhaité bon anniversaire à notre instituteur. Mr Aubreton a été surpris et très ému. Nous étions contents de sa joie, mais surtout contents que cette journée de cours se transforme en journée récréative… Monsieur Aubreton a été chercher chez lui son projecteur de 8 millimètres. Il nous a montré des films qu’il avait lui-même tournés dans son petit village de Digny. La fête de la commune, ses petits élèves, un voyage dans le pays de sa femme, du coté de Gap. Et bien sûr, un film muet sur Napoléon, son idole, les cents jours et Waterloo…


Cette année fut donc pour moi une année d’enfance heureuse et insouciante….

En cette année 1957 de nombreux événements.-Un heureux présage : La signature du traité de Rome. C’est mon grand-Père maternel, l’admirateur d’Aristide Briand, qui serait content, s’il vivait. Les Européens ne vont plus se faire la guerre. Enfin.
Je ne serai pas le quatrième de la lignée à faire la guerre aux Prussiens. Mon arrière grand père fait prisonnier en 1970 après les batailles sous Metz. Mon grand père tué à Verdun. Mon père prisonnier à Berlin. Finalement mes aïeux ne se sont pas battus pour rien. Leur sacrifice me permet de pouvoir vivre en paix en Europe.

-Mais la guerre en Algérie s’aggrave, (le gouvernement parle seulement d’événements ». C’est la bataille d’Alger.

Papa à plusieurs reprises se voit confier une pénible mission. Il accompagne les gendarmes pour rapporter à des parents éplorés le paquetage et les affaires personnelles de leur fils tué en Algérie. Je n’ais jamais compris le rôle d’un employé municipal dans cette pénible démarche. En tout cas Papa en revient complètement démoralisé.
Il me dit alors. :
»J espère que tu ne seras pas obligé d’aller faire la guerre là-bas, pour un pays qui n’est pas le tien… »
Il ajoute souvent :
« Ah, si le père Viollette avait été écouté, quand il était ministre du Front Populaire, cette guerre n’aurait peut être pas lieu).
Je ne comprendrai que bien plus tard ce que Papa veut dire par là :(Les Lois Blum Violette prévoyaient de donner la nationalité françaises aux anciens combattants Algériens de la guerre 14/18, puis peu à peu de donner cette nationalité à tous les « Indigènes ». Mais ces projets de Lois furent complètement démolis par les députés colonialistes et par le refus des « pieds noirs »)



En cette fin d’année 1957, ça fait « Bip-Bip » dans le ciel. Les Soviétiques ont lancé dans l’espace leur premier satellite, le « spoutnik 1 ». C’est un événement mondial. Les Américains font un peu la gueule…A la radio avec une fréquence spéciale, on entend nettement le signal « bip bip ». Et dans le ciel on peut le voir briller. (J’apprendrai plus tard que c’est la fusée mise en orbite que l’on voit de la terre et non le spoutnik, trop petit pour l’apercevoir à l’œil nu.)
En tout cas c’est la conquête de l’espace qui est bien en route maintenant…

Et pourquoi pas la Lune, un jour ?..

Commentaires

C'est incroyable que tu aies tous ces souvenirs précis de ton enfance, personnellement je n'en ai pas le dixième. Très intéressant ton récit, le travail de ta mère, ses parcours à vélo, la visite du peintre Bellanger, tes souvenirs de ton instituteur Monsieur Aubreton.
Bravo pour ce récit très vivant, et bonne continutation.
Pour tes recherches généalogiques, tu peux m'envoyer un mail... je te donnerai des pistes...
Amitiés
Jean-Louis

Écrit par : Jean-Louis | 11/06/2007

Pierlouim ! oui les caramels d'Isigny on peut encore les trouver ! j'en parlerai dans ma prochaine note à+

Écrit par : ventdamont | 12/06/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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