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30/04/2007

AN PAR AN - Sixième année : 1952.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Une aventure de plus d'un an : 60 années : 60 semaines, plus des semaines de vacances et d'autres indisponibilités fortuites...Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la cinqième année, voyons la suite, la vie avance...
septième année : 1 9 5 2.


1952-Une année de transition.

En cinq ans j’ai déjà appris beaucoup de choses, marcher, être autonome, parler, Cette année je monte une marche, je vais apprendre à lire, à écrire, commencer ce long chemin de près de quinze ans pendant lequel je vais ingurgiter tellement de matières diverses et variées que je m’empresserai très vite plus tard d’oublier….
Je vais aussi apprendre à monter à bicyclette, il paraît que cela par contre ne s’oublie jamais….
Mais n’allons pas trop vite.

C’est la première fois que je vois un cirque :
Le cirque Pinder. Il est dix heures du matin. Maman m’a amené à la gare de Dreux ….
Le cirque arrive par chemin de fer. Un train entier pour lui tout seul… Des tracteurs descendent des wagons et tirent des remorquent dans lequel sont entassées les pièces du chapiteau…Ces tracteurs avec leur lourd et encombrant chargement sortent lentement et bruyamment de la gare en laissant échapper des volutes de fumée noire. Ils s’en vont descendre l’avenue de la gare et se dirigent vers la place Mézirard où le cirque va s’installer, à un peu moins d’un kilomètre de là….Puis des roulottes jaunes et rouges sont descendues des wagons tirées certaines par des tracteurs d’autres par des chevaux ; Je suis fasciné.
Des chevaux quatre éléphants, des dromadaires des cages dans lesquelles on devine des fauves, descendent du train. Un cortège se forme, trois chars décorés, de belles dames emplumées, des musiciens en uniforme multicolore jouent de la trompette, du tambour. C’est la parade qui commence…La foule s’attroupe…le défilé s’ébranle et prend le même chemin que les tracteurs de tout à l’heure, Je tire maman par la manche…la musique, l’agitation me grisent, les éléphants qui marchent si pesamment me subjuguent…Nous traversons ainsi la ville, il n’est pas question à ma maman de m’empêcher de suivre…
Nous débouchons avec le cortège Place Mésirard ou le chapiteau commence à s’élever, car une bonne partie du matériel et des caravanes est aussi arrivée par la route. De grands costauds par groupes de trois ou quatre enfoncent dans le bitume de la place de longs pieux en fer en frappant tour à tour et en cadence avec de lourds marteaux. Des coups de sifflets, des ordres hurlés le martèlement des coups de masses, le froissement de la toile qui monte lentement dans le ciel autour des mats, la fanfare qui continue de jouer, des barrissements des rugissements, Je m’enivre de toute cette effervescence pendant que maman fait la queue devant la roulotte de la caisse pour louer les places de ce soir.
Toute l’après-midi je suis dans une excitation extrême.

Enfin le soir est arrivé .Nous sommes à l’intérieur du chapiteau, sur les gradins de bois en peu en hauteur…. Le spectacle commence : Les flonflons tonitruants de l’orchestre, Monsieur Royal…, le dompteur. Les lions me font peur, les trapézistes me donnent le tournis…je me tords le cou pour mieux les voir en me levant de mon banc, je gesticule….Crac, mon pied glisse, je tombe entre le banc et les planches des gradins Je chute d’environ deux mètres sur le sol. Mon papa en se faufilant sous les gradins .me récupère. Je n’ais rien, heureusement.. Papa me remonte à ma place, me gronde, je lui sens l’envie de me mettre une de ces fessées…Mais le spectacle continue…
Je reviens épuisé à la maison, et m’endors plein de rêves dans la tête…

Je ramène aussi un carton à découper pour en faire une maquette de cirque…
Je découpe, je colle, je plie et je déchire. Le résultat n’est pas flagrant du tout, plutôt même désastreux…..….
Quelques jours plus tard, en visite chez mes deux copains de crèche, Daniel et Françoise, le frère et la sœur, je m’aperçois qu’ils ont réussi à monter ce cirque en carton. C’est magnifique…J’en suis jaloux, et peste après moi d’avoir été aussi maladroit. Au retour à la maison je déchire rageusement les morceaux de ce qui reste de ma maquette.

Il me reste quelque chose de l’incident de l’année dernière au 14 Juillet, ce pétard reçu dans l’œil : Une peur panique de l’Orage …
La tante Berthe, qui a enterré son mari l’an dernier vient souvent le lundi à Dreux pour vendre quelques produits fermiers sur le marché. Elle représente ce qu’on appelle un « petit panier » Car elle étale devant elle à même le sol les paniers contenant les produits à vendre, légumes, fruits, œufs, voire lapins, fromages, poulets. Le midi elle monte de la ville à notre maison pour déjeuner avec nous. Elle repart en début d’après midi avec ses paniers vides de ses propres ventes mais en partie remplis des emplettes faites sur le marché. Elle reprend le train pour Marchezais et Serville….
Ce midi, un orage terrible s’est abattu sur la ville. Mort de trouille je me suis réfugié sous le petit lit qui se trouve dans la salle à manger….Maman n’arrive pas à me calmer. La tante Berthe arrive de la ville, complètement trempée malgré son énorme parapluie.Découvrant mes pieds dépassant de dessous le lit, elle me les chatouille avec la pointe de son parapluie… Elle rigole et se moque de moi….Un peu honteux je sors pour l’embrasser. Je jure de ne plus avoir peur de l’orage……Promesse que j’aurai beaucoup de mal à tenir…..


Pour moi, une page se tourne, Je quitte la maternelle. Je reçois à la distribution des prix de fin d’année un livre de coloriage pour apprendre les lettres et des bonbons…
Au mois de septembre j’entrerai à la « grande » école.

Mais pour l’instant, ce sont les vacances. Comme maman travaille, se pose bien sûr la question de ma garde … C’est une des cousines de maman qui habite à Germainville un petit village à 10 Km de Dreux qui va me recevoir pendant le mois d’Août. .
Papa m’emmène sur son vélo, sur le porte-bagages dans un siége en osier. Papa m’a offert une petite bicyclette rouge. Après maintes chutes dans le jardin et sur le macadam de la place de Verdun je sais à peu prés faire du vélo. Mais la distance est encore trop grande pour que je puisse pédaler seul sur mon vélo d’enfant…Maman nous suit, avec, sur son porte-bagages une valise contenant mon trousseau.

La cousine Yvonne habite une ancienne petite ferme au milieu du village.. En réalité elle habite en banlieue parisienne à Yerres. Son mari Marceau, selon Maman, travaille dans les bus. Vous savez bien, le Monsieur à casquette, avec une sacoche sur le ventre et une espèce de boite à manivelle avec laquelle il distribue et poinçonne les billets et qui se tient à l’arrière sur la plateforme et tire la sonnette pour que le bus démarre …

Yvonne et Marceau sont en congés à Germainville. C’est leur fille qui habite la fermette avec son mari et ses deux filles. Pour faire un peu mieux bouillir la marmite la famille accueille quelques petits parisiens pour les vacances. Je fais un peu partie de ces petits parisiens tout en étant de la famille. Je suis le plus jeune, et je me fais chouchouter sans complexe par les grandes filles…

Je m’amuse bien. Nous allons jouer avec les grands gamins de la ferme d’à côté. On va promener les vaches, elles ont peur de l’éolienne. (Dans bien longtemps il y aura un grand débat sur l’installation ou non d’éoliennes à Germainville)) Il nous arrive même avec le troupeau de cinq six vaches de traverser la route de Paris pour les faire brouter sur des meilleurs pâturages (Imaginez la scène quand la nationale 12 sera à quatre voies !)

Il m’arrive même une petite aventure rigolote. Sur le bord de la route je trouve une vielle botte de caoutchouc abandonnée…Pour jouer, je passe aussitôt mon pied droit dedans, mais je peux plus le retirer, ma chaussure est coincée. Je rentre clopin-clopant. . Marceau est obligé de couper la botte avec un sécateur pour me libérer

Je dors dans un lit clos. Il me faut monter sur un escabeau pour y grimper. Je joue avec le rideau qui, fermé, m’isole du monde Le matelas est complètement défoncé mais je m’y sens bien dans cette grosse armoire lit. Pour m’endormir je me raconte à mi-voix des histoires de cirque……

Mais un événement va écourter mon séjour à la campagne…..Dans le jardin il y a un prunier aux fruits bien tentants. Je ne peux y résister, mais les prunes sont vertes et me donne une superbe diarrhée. Je ne peux me retenir et mes vêtements sont copieusement remplis et tachés. Marceau et Yvonne ne peuvent comprendre qu’un grand garçon comme moi (6ans) ait pu se laisser surprendre ainsi. Marceau m’humilie, en me faisant sentir mes vêtements souillés plongés dans l’eau d’une bassine.
Maman alertée par téléphone à son bureau arrive très vite dans la camionnette de la quincaillerie, conduite par son patron qui possède une ferme à Germainville. Elle me ramène à la maison et se fâche définitivement avec ses cousins.
Il ne faudra plus jamais parler devant elle de Marceau et Yvonne. Marceau pendant des années essayera, en vain, de renouer les relations, en envoyant ses vœux en fin d’année. Maman les déchirera sans les lire…

Ce sera la dernière tentative de maman pour me faire garder….Dorénavant, je vais rester en l’absence de mes parents seul à la maison avec pour compagnie ma chienne Louloute. Ceci en attendant l’âge du patronage laïc du jeudi après midi et des colonies de vacances l’été…..

Mi-Septembre : le grand changement : je rentre à la grande école.
Cette école Ferdinand Buisson, que l’on nomme dans le quartier « l’école blanche », a été construite en 1937 par notre maire actuel Maurice Violette le radical, ancien dirigeant du front populaire (sur la photo célèbre de la place de la bastille, à coté de Léon Blum qui lève le poing, le petit bonhomme à barbiche et chapeau, c’est lui. Je ne manquerai pas d’en reparler.)
Si l’on nomme cette école « blanche » c’est qu’elle est recouverte en crépi blanc et non pas comme les autres établissements scolaires en pierre ou en brique apparente. Elle n’a pas d’étage. Elle est curieuse, elle a la forme d’un T. Dans la branche de gauche, quatre classes, celles des garçons, dans celle de droite les quatre classes des filles. Dans la barre du milieu qui, elle comporte un étage, la cantine, le bureau du directeur, les douches et en haut, quatre petits appartements pour les instituteurs. Oui, il y a des douches qui permettent aux enfants qui n’ont pas chez eux de vraies commodités de se laver entièrement une fois par semaine. (Et ils sont nombreux. Je suis dans ce cas là, même si j’habite une maison toute neuve, il n’y a bien une « salle d’eau » mais pas de salle de bain.)
Cette école fut nommée pendant l’occupation allemande : « l’école noire. ». Les allemands l’avaient réquisitionnée pour en faire une sorte d’infirmerie hôpital et pour se dissimuler aux regards des avions alliés, l’avaient badigeonnée à la peinture noire. .Les instituteurs et institutrices de l'école ont du se répartir avec leurs élèves dans différents endroits aux alentours : hangars, ateliers ou granges aménagés de façon sommaire en salle de classe…
Devant cette école se trouve un square qui comporte en son milieu un bassin d’environ quinze mètres de diamètre et d’une profondeur d’à peine un mètre. Maman me raconte que les jeunes soldats allemands s’y baignaient souvent. Mais ils étaient tout nus. Et les mamans d’alentour éloignaient leur progéniture de ce square.

Ma première rentrée scolaire se déroule bien.
Je vais apprendre à lire et à écrire avec Mme Chauvet. Son mari, est lui aussi instituteur, il s’occupe de la classe de cm1 et des rares élèves qui vont passer l’examen d’entrée en sixième au collège Rotrou. Les autres sont bons pour le certif et le centre d’apprentissage à 14 ans….
Le directeur Monsieur Fauvel qui s’occupe des grands, passant le « certif », est un ancien de la guerre de 1914/18. Il est d’ailleurs Président des anciens combattants Drouais de cette guerre. Mes parents lui vouent un grand respect teinté d’admiration. J’imagine que mes grands pères s’ils n’avait pas été fauchés par cette terrible « grande guerre » auraient son âge et lui ressembleraient.
C’est sa dernière année d’enseignant, il partira à la retraite à la fin de l’année scolaire. Monsieur Fauvel, comme beaucoup a été blessé à plusieurs reprises lors de cette boucherie. Il n’a plus de bras gauche. Il porte une blousse grise et la manche vide se promène ballante le long de son buste. Il vient quelques fois nous faire cours. Quand il écrit de la main droite à la craie sur le tableau noir en nous tournant le dos, la manche libérée fait des moulinets à la cadence des mots qui s’inscrivent en crissant sur le tableau ….

Papa est content. Au premier classement je suis bien placé : quatrième sur trente…Il me fait tournoyer de joie sur ses épaules dans la cuisine.
Eh oui cela sera mon lot toute ma vie : Toujours bien placé, quatrième cinquième voire sixième mais jamais sur le podium des trois premiers…C’est dommage que l’on ne s’intéresse avec admiration et félicitation qu’au premier, avec un peu de condescendance pour le second et le troisième mais jamais aux deux ou trois suivants…..C’est grâce aux talents de ceux là que la performance des premiers peut avoir de la valeur .D’ ailleurs cela me rappelle une histoire que dans mon cas je ne trouve pas drôle….
Un grand père à son petit fils : Une pièce d’un franc si tu es premier, une pièce de 50 centimes si tu es second, une pièce de 20 centime si tu es troisième et mon pied au cul si tu es quatrième !

Mais personnellement je ne m’en plains pas cela me permettra quand même de faire des choses sympas dans la vie……

Je suis dans le grenier avec papa. J’aime bien cet endroit poussiéreux, il y a plein de trucs bizarres que j’aime manipuler : Le tuba de papa, cabossé par le bombardement et tout vert de gris, le casque de la guerre 14/18 de mon grand père et plein de bidules indéterminés.
Papa est descendu, je me précipite dans l’escalier et pouff, je glisse, roulé boulé de marche en marche (y en a 14) Aïe! Aïe ! Mon épaule…. Démise l’épaule, mon bras pendouille le long du corps…Je suis emmené d’urgence, je ne sais plus, en vélo ou dans la voiture d’Armand, le voisin ? Où? A l’hôpital ?
Non ! Chez le rebouteux… Papa et Maman me diront plus tard que les médecins, ils ne savent pas faire…….
Me voilà devant la Mère Tricot. Le rebouteux est une rebouteuse. Son aspect n’est pas rassurant, un air de sorcière. Elle me tâte l’épaule, aïe! L’arrose de vinaigre, oui de vinaigre ! Elle me demande comment je suis tombé, je réfléchi pour répondre et crac, elle me retourne complètement l’épaule. Voilà c’est fini.
Pendant longtemps je vais garder une sainte horreur de l’odeur du vinaigre.

Dans de nombreuses années un médecin me dira que j’ai une épaule plus basse que l’autre et que cela doit poser de problèmes à mon tailleur…. La mère Tricot aurait-elle mal fait son boulot ?; D’ailleurs je m’apercevrai qu’un bon nombre de mes contemporains Drouais ont gardé un souvenir cuisant du vinaigre de la mère Tricot..

Un événement marquant en cette année 1952, le roi d’Angleterre est mort, vive le roi, non, vive la reine Elisabeth II.
Long règne à elle comme à moi……..

Commentaires

les greniers se sont vidés au profit des brocanteurs...et c'est dommage car il y avait dans certains des petits trésors...pour les enfants
amitiés

Écrit par : henri | 30/04/2007

1952 ,j'ai 4 ans ....nous ne savions pas qu'en 2007 nous
pourrions communiquer virtuellement ! BJ Pierlouim!

Écrit par : ventdamont | 01/05/2007

je reviendrai demain, je ne veux pas lire à toute vitesse parce qu'il est tard. Je veux me pencher sérieusement sur ton cas... ah ah ! bises de miche

Écrit par : miche | 08/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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