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16/04/2007

AN PAR AN - Sixième année : 1951.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Une aventure de plus d'un an : 60 années : 60 semaines, plus des semaines de vacances et d'autres indisponibilités fortuites...Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la cinqième année, voyons la suite, la vie avance...
sixième année : 1 9 5 1.


1951:
C‘est ma deuxième année d’école maternelle. :
Cette école est dirigée par un duo de demoiselles terribles….
Ces demoiselles sont des « vieilles filles » comme on nomme encore les dames non mariées de plus de 25 ans. (Légalement elles sont « célibataires majeures », contrairement aux femmes mariées, considérées comme « mineures sous tutelle du mari ».L’émancipation des femmes a encore un bel avenir, même si ces dames peuvent voter depuis cinq ans…
Elles sont sévères, ces demoiselles, même si on est, moi et mes camarades bambins un peu les enfants qu’elles n’auront jamais….

Un jour, j’ai du faire une bêtise, laquelle exactement je ne saurai le dire.
Eh bien ! le petit bidule en ficelle et carton collé que j’avais si amoureusement bricolé pour mon Papa et ma Maman a été réquisitionné…Tous les autres petits écoliers ont pu l’emmener chez eux et le donner eux-mêmes à leurs parents. J’en étais tout triste…
Maman a du, à la demande des demoiselles, se déplacer un soir pour récupérer le dit bidule. Je ne sais pas ce qui c’est passé entre elles, mais en me ramenant à la maison, Maman était plus en colère envers les demoiselles qu’après moi…Il faut dire qu’elle est plutôt du style mère poule, ma maman, prête à sortir ses ergots si on touche à son petit poussin….

Par contre, un matin Maman m’a fait une grande confiance…Elle m’a laissé partir avec mon copain Claude seuls à pied vers l’école (au pire 400m sans traversée de rue). Sans rien dire, en se cachant, elle nous a suivi. Il y a au milieu du parcours un petit verger aux cerises tentatrices, déjà bien mûres en ce début de Juin. Bien sûr, Maman nous a surpris en train d’essayer de grimper aux arbres. Une fessée mémorable, une de celles dont on se souvient toute sa vie. Je ne saurai jamais quel goût avaient ces cerises…..

Une des deux demoiselles nous fait chanter une comptine qui comporte des paroles qui, je pense, ne seront plus envisageables dans quelques dizaines d’années :
- « Pourquoi la fatma, l’avait faim mon z’ami ???...
- parce que ..(Là je ne me souviens plus)
-Pourquoi la fatma l’avait soif mon z’ami. ?... ».
je me souviens vaguement d’une histoire d’incendie, d’inondation….
Bref une sorte de « tout va très bien Madame la marquise » à la sauce colonialiste des années cinquante ….

Encore un enterrement dans la famille : l’oncle Jules, le mari de l’une des nombreuses sœurs de ma grand-mère, celle que je connaîtrai sous le nom de « Tante Berthe ». . C’est la première fois que je prends le train, avec Maman. Quinze kilomètres jusqu’à la petite gare de Marchezais. Puis deux kilomètres à pieds sur un petit chemin herbu qui longe d’abord la voie ferré et à travers champs jusqu'au petit village de Serville…Il fait chaud. Le chemin me parait interminable. Je porte un petit chapeau de paille, je traîne derrière maman en ronchonnant…
Enfin nous arrivons, Un dais en toile noire flottant légèrement au vent entoure le portail d’entrée de la petite ferme. Dans la cour, il y beaucoup de monde et pourtant peu de bruit. Plutôt un bourdonnement continu de paroles marmonnées à voix basse. Mon œil est tout de suite attiré par des rutilements de lumières que le soleil multiplie en longues flammes jaunes. Ce sont plusieurs casques cuivrés surmontés de crêtes rouges qui brillent ainsi de tous leurs feux. Je suis ébloui, qu’est ce que c’est beau !….
L’oncle Jules était pompier volontaire. Ce sont ses camarades qui viennent l’accompagner à sa dernière demeure.
Maman me pousse à l’intérieur de la maison, il fait sombre et frais, on me donne à boire. Je devine une longue boite noire, sur deux tréteaux, des fleurs, des pleurs….
Puis le départ, un cheval caparaçonné de noir tire un corbillard orné de plumets blancs. En tenant la main de maman je chemine lentement un peu coincé entre les adultes de noir vêtus. Quelques murmures de voix ne peuvent couvrir le crissement des roues et le claquement régulier des pas lents du cheval sur le gravier.... Je peux admirer de prés les pompiers, leur uniforme noir aux boutons dorés, au large ceinturon de cuir jaune et surtout leur casque qui me fascine.
L’église, la messe, je m’y suis endormi, allongé sur un banc de bois vermoulu. Puis encore une longue marche sous le soleil, vers le cimetière. J’assiste de loin à la mise en terre, puis des embrassades, des dames en noir, la tante Berthe, qui m’enserre dans ses bras….
A nouveau ce petit chemin vers la gare…
Ouf ! Quelle journée….Heureusement, je pense que ce sera le dernier décès dans ma famille avant quelques années. C’est vrai, mes touts premiers souvenirs d’enfance s’attachent à des enterrements. Mais j’espère que tous mes souvenirs à venir seront plus heureux …..


14 Juillet –C’est la fête, le défilé, les soldats, les fanfares… les pompiers qui descendent sur une corde en rappel du haut du beffroi, du bruit, de la musique, des pétards. J’y ai vu aussi la rosière avec ses demoiselles d’honneur. Il paraît que la maman de papa a été rosière de Dreux en 1900.

Nous sommes maintenant dans la cours de l’école des filles, rue st Martin, beaucoup de monde, du soleil, une estrade, des boxeurs, un combat, des cris , des applaudissements, des coups de gong. Je suis heureux, juché sur les épaules de mon Papa je vois tout de haut, je ris à gorge déployée……
Et puis, tout d’un coup, poum !!!. je reçoit un pétard sur l’œil, Il éclate dans un bruit assourdissant. Ca me brûle, je me mets à hurler…, Papa affolé, d’une traite me descends de ses épaules. Il tremble, il se mets à hurler après les jeteurs de pétard et essaye dans la foule de courir après. Maman agenouillée éponge avec son mouchoir le sang qui gicle. Le pétard a brûlé le sourcil et fait éclaté l’arcade sourcilière…On dirait que je descend direct du ring où les boxeurs se tapent toujours dessus…Maman m’ayant tiré en courant sous le préau m’asperge .d’eau fraîche… Papa est parti invectiver la vendeuse de pétards à la sauvette.
Je n’irai pas au feu d’artifice ce soir...
N’ayant pas eu de points de suture, mon sourcil droit sera longtemps orné d’une cicatrise en diagonale (un peu comme un certain Obispo bien plus tard pour faire joli).
Pendant toute mon enfance je garderai une peur viscérale de tout se qui éclate bruyamment : pétard, feu d’artifice et même l’orage. Dans vingt ans, au service militaire, il me faudra affronter le bruit assourdissant de canons de gros calibre pour me guérir enfin de cette phobie. Et aussi je n’aimerai jamais jouer au ballon, au foot par exemple, avec une frousse terrible de prendre le ballon en pleine tête….


Une boule de poils blancs s’ébroue dans le jardin, sautille en tous sens, se heurte à moi en couinant et repart à toute vitesse en jappant …J’essaie de l’attraper. Je courre après elle, je tombe dans l’herbe. Enfin je la saisi dans mes bras. Elle se débat de toutes ses pattes, et me mordille les mains
Je vous présente Louloute, c’est comme ça qu’on la baptisée, une petite chienne sans pedigree que papa a rapporté d’un de ses chantiers pour moi. Cette petite bête attachante sera ma compagne de solitude enfantine.

Devant la maison qui est finie maintenant depuis bientôt trois ans, à nouveau un trou. En fait, une tranchée pour y poser un tuyau amenant le gaz de ville à la maison. Le travail n’est pas terminé, les terrassiers sont peut être parti déjeuner, leur outils reposent sur le remblai... Je suis curieux et j’entraîne mon papa au bord du trou pour voir ce qui s’y passe …Je me penche, un peu trop, je glisse, entraînant mon papa qui veut me rattraper. Nous tombons ensemble lourdement et bruyamment au fond du trou. Il n’est pas très haut ce trou, un mètre cinquante à peine, mais c’est plus haut que moi… Nous entraînons dans notre chute une pioche et une pelle qui nous tombent dessus sans heureusement nous faire de mal. Mais quelle frousse, surtout pour mon papa, qui a eu peur pour moi. Je sors de la tranchée avec une lèvre un peu saignante….La curiosité n’est pas toujours bien récompensée…...

Noël….Je confectionne pour mon papa et ma maman un père noël en carton. J’y colle une grande barbe en ouate. Dans un avenir très lointain, mes filles et mêmes mes petits enfants feront le même truc, une tradition bien établie dans les maternelle et qui se transmet de génération en génération……

J’aime bien les fins d’année.
On va à la salle des fêtes. Monsieur le maire et d’autres font des discours c’est barbant, mais après on chante et on danse, on a plein de petits cadeaux et plein de bonbons
Et puis il y a aussi la fêtes des anciens prisonniers de guerre avec papa…Là encore, plein de bonnes choses pour moi, des petits nougats des petits bonhommes en pain d’épice……Un Camarade prisonnier de papa a monté avec certains de ses anciens codétenus un petit orchestre de bal….Cet ensemble « Tatave et ses musiciens », j’aurai l’occasion de les entendre plus d’une fois dans les années à venir, dans les bals et les fêtes….

Ces cinq premières années de vie, finalement ne se sont pas trop mal passées….j’attends l’avenir avec optimiste
Pendant cette année1951, les européens commencent à s’unir en créant, la communauté européenne du charbon et de l’Acier. Un chanteur, un cousin de la belle province, chante le ptit bonheur, moi, mes souliers et bozzo.
Le ptit bonheur, cela me va bien pour les années à venir………..

En principe, je serai auprès de mon ordinateur la semaine prochaine pour lancer la septième année : 1952.
Le lundi soir comme d'habitude.....

Commentaires

Voilà beaucoup d'aventures, si bien racontées pour un tout petit garçon ' j' avais oublié les tentures noires devant les maisons je pensais que cela remontait à avant 40 je vois avec votre récit qu'il n'en est rien ! vous aves eu de la chance de ne pas perdre un oeil! allez ! La suite au prochain numéro ! on vous attends avec plaisir pour la 7 e année ! amicalement astrée

Écrit par : ngeorges2 | 16/04/2007

On retrouve bien la vie menée à cette époque, une vie simple mais heureuse tout de même.
Mais tu as tout de même eu de la chance avec ce foutu pétard, cela aurait pû être beaucoup plus grave...
En ce qui me concerne je passais mes vacances pas très loin de Dreux, à Coudres (20 km environ) et Dreux c'était la grande ville où l'on arrivait en train de Paris.
De plus j'ai encore de la famille qui habite Dreux, alors je connais un peu.
Amitiés
Jacqueline

Écrit par : Jacqueline | 18/04/2007

Une bonne mémoire et des souvenirs bien précis, que tu nous fais revivre avec émotion.
Le coup du pétard, ça marque pour toute une partie de la vie !
Les enterrements à 6 ans, c'est un peu juste pour tout comprendre . Mais tu as retenu l'atmosphère !
Et la vertu d'une fessée administrée sur le champ, rien de mieux pour marquer la peau pour un jour et l'esprit pour des années. Le laxisme actuel n'est guère éducatif !

Amicalement

Le grillon

Écrit par : christian | 24/04/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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