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09/04/2007

AN PAR AN -cinqième année : 1950.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Une aventure de plus d'un an : 60 années : 60 semaines, plus des semaines de vacances et d'autres indisponibilités fortuites...Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la quatrième année, voyons la suite, la vie avance...
cinquième année : 1 9 50.


1 9 5 0

30 Janvier. Mes premiers vrais souvenirs ; Tristes. Mais je ne m’en rends pas compte. :

-Je me vois dans la chambre sur le jardin, celle qui sera la mienne plus tard. Maman me tient la main et pleure en silence. Ma grand-mère est allongée sur le lit, mains jointes sur la poitrine, une robe grise à carreaux bleus. Elle ne bouge pas, elle a les yeux fermés, la bouche entre ouverte…

-Puis, un jour ou deux après, au fond de mon petit lit en fer, dans la salle à manger. Je suis malade, la varicelle je crois, j’ai des boutons partout qui grattent …Les volets sont à demi clos. Il règne dans la pièce une pénombre reposante. Et pourtant, dans le couloir règne une grande fébrilité. Je vois par la porte vitrée papa habillé de son costume noir des grands jours. Il porte des fleurs. Du bruit, des pas, des mots à voix basse, des piétinements. Une grande agitation que j’entends sans voir.

-Un visage féminin se baisse vers moi .en souriant. Une voilette de dentelles noires, des lunettes rondes qui reflètent la lumière vacillante de la petite lampe du plafond. C’est ma tante Cécelle, la sœur de Maman qui vient m’embrasser au fond de mon lit..

-A nouveau le silence… les volets sont ouverts. La lumière du jour, timide en cette journée d’hiver emplit la pièce.
A coté de moi, assise, une silhouette. C’est Germaine, voisine et meilleure amie de maman qui me garde…A ses pieds, son petit garçon Claude, 2ans et demi, mon cadet d’un an, jour pour jour, joue avec mes jouets sans faire de bruits. La maladie me rendant fiévreux, je m’endors….

Je suis seul maintenant avec mes parents. Maman se pose une grave question : « qui va garder Titi ? »

Bien sûr je vais maintenant à l’école maternelle Jules Ferry dans la même rue, à deux cent cinquante mètres de la maison. Mais le soir, après l’école, pendant les vacances, qui va prendre soin de moi ?
Ma grand-mère n’est plus là…Et maman, contrairement à toutes ses voisines, travaille … .

C’est un problème qui va se poser pendant toute mon enfance….C’est le début pour moi de nombreux séjours chez moult personnes, des expériences souvent éphémères et éprouvantes.
Les dames qui me gardent tour à tour me trouvent vite trop turbulent ou perturbant pour leurs propres enfants, qui eux sont chez eux, ou prétextant l’arrivée d’un autre enfant etc. etc. Bref, tous les motifs semblent bons pour annoncer à ma Maman qu’on ne peut plus me garder. Je n’ai jamais eu le temps de m’habituer à une nounou.
J’ai ainsi fait le tour de toutes les mères au foyer et même des grands parents du quartier des Rochelles…Mais ma maman est assez exigeante et a le don de se fâcher avec tout le monde…
C’est quand même chez Germaine, l’amie de maman, avec son fils, mon copain Claude que je suis resté le plus souvent et le plus longtemps.
Très vite, dans deux ou trois ans, je prendrai l’habitude de rester seul à la maison. Ce qui, enfant unique, accompagné par la lecture, la radio, le dessin, cette solitude me donnera le caractère d’un doux rêveur en apparence un peu en dehors du monde. Mais en réalité avec un goût prononcé pour l’observation de tout ce qui l’entoure et entre- autres ses contemporains…..
Mais pour l’instant je vais à l’école maternelle, ce sont mes vrais premiers contacts avec d’autre enfants, ce qui n’est pas toujours facile pour moi…mais cela me plais…je gribouille, je colle, je découpe, je tourne les pages pleines de dessins rigolos… .

La libéralisation de la femme est encore loin…Une femme qui travaille, même dans un milieu ouvrier comme le nôtre c’est une rareté, presque une anomalie…et en plus, maman fait figure d’intellectuelle.
Elle a été « aux écoles » jusqu’au brevet. A l’école de jeune fille dite « pratique »,(A cette époque, vers 1920, peu de filles atteignaient ce niveau d’étude, peut-être 10% à peine).…Mais ce sacré examen du brevet elle l’a raté, faute , selon elle, à sa mauvaise réponse en histoire concernant les coalitions contre Napoléon. Depuis cet échec, elle garde une haine rentrée à l’encontre de l’empereur corse.
Elle ne travaille pas à l’usine, mais, après avoir été employée de banque elle est maintenant dactylo, secrétaire, comptable d’une grande quincaillerie drouaise.
Mon père, qui n’a pu continuer ses études, devenu orphelin de guerre 14/18, obligé de travailler comme apprenti menuisier dés l'âge de douze ans, lui voue une grande admiration.
« Elle a une belle écriture » dit-il. Pour lui, avoir une belle écriture c’est un gage d’intelligence et de grande culture.
Moi, qui plus tard aurai une écriture de cochon mes capacités intellectuelles lui seront toujours suspectes. (Heureusement que le clavier me permettra dans longtemps de cacher mes pattes de mouche..)

Maman depuis le début d’année, est habillée tout en noir, Papa porte un brassard noir sur le haut du bras droit. La maison est triste….

1950 est pour nous une année noire comme on en connaît peu dans sa vie

Le fils aîné de la tante marie et de l’oncle Louis, le « petit Joseph » est mort de maladie à tout juste trente ans.
Lors de son enterrement un touchant hommage sera fait à ce militant des jeunesses chrétiennes. Ce discours dont je conserverai bien plus tard la trace, retranscrit dans la presse locale, est prononcé par un jeune homme qui aura un brillant avenir. Ancien apprenti dans l’atelier où travaillait mon papa, ce jeune chrétien deviendra dans les années 1970 maire de Dreux et sénateur (dont un temps doyen du Sénat )….

L’année finit mal, comme elle a commencé.

La nuit de Noël, le brave curé d’Abondant, celui qui m’a baptisé il y a moins de trois ans, est mort noyé.
Après la messe de minuit le prêtre s’est isolé dans la sacristie. A l’aube, on a retrouvé son corps flottant dans la mare située juste derrière l’église. Peu profonde, la mare, comme toute mare, sert avant tout d’abreuvoir aux troupeaux, de vaches principalement et quelques chevaux, des fermes avoisinantes. Ses abords herbus descendent en pentes douces vers l’eau stagnante et verdoyantes de lentilles d’eau. Cette mare, la principale et plus grande du pays se trouve derrière l église à 10 mètres environ des murs et de la petite porte donnant à la sacristie… Le curé connaissait parfaitement bien l’emplacement de cette mare.
L’enquête des gendarmes a conclu à un accident, dû probablement à la nuit (l’éclairage public est encore inexistant dans ces petits villages), au brouillard et au froid. Une fine couche de glace, bien trop fine pour supporter le poids d’un homme, recouvre la mare….La noyade a peut être aussi été due à un malaise.
Maman n’a jamais compris pourquoi ce vieux curé, un soir aussi exceptionnel s’est retrouvé tout seul et non accompagné pour rentrer en pleine nuit, dans le froid, au presbytère. Surtout que la maison se trouve de l’autre coté, sur la place devant l’église. Il lui suffisait de contourner la nef en longeant le mur plutôt que de marcher tout droit vers la mare…Il ne manquait pas de paroissiens pour l’aider à rentrer chez lui, notamment, selon Maman., les trois cousins……
Ce drame a frappé les esprits pour longtemps en laissant planer un soupçon de mystère.

Bon laissons cette année 1950, Elle ne fut pas gaie pour notre famille Et pourtant tout va mieux en France : l’ombre de la guerre s’efface petit à petit dans le paysage. Les tickets de rationnement n’ont plus cours. La France se relève, la reconstruction marche à plein, le niveau de vie augmente, ‘les trente glorieuses avancent à pleine vitesse……
Je perçois les années à venir comme des années pleines de promesses…

Même si je ne trouve pas auprès de mon ordinateur, AN PAR AN continue......
Lundi prochain 16 Avril sera lancé automatiquement la sixiéme année : 1951.....

Commentaires

c'est un travail ,j'allais dire devoir ,de mèmoire
que tu t'imposes ! peut étre un moyen de vieillir moins vite . bonsoir

Écrit par : ventdamont | 09/04/2007

Bonjour, C'est par pur hasad que je suis venu chez toi aujourd'hui. Je ne t'attendais qu'après la "votation" .

Cette année 1950, elle est triste comme un brouillard londonien, la maladie, les deuils, les bouleversements dans les gardes. Brrrr ! Tu en fais partager la grisaille jusqu'au fond de tes lignes.

Je vais revenir le 17 avril !!

Portes toi bien

Le grillon

Écrit par : christian | 10/04/2007

Eh bien ! toujours scotchée à tes écrits... C'est très fort... Tu as bien raison de nous les faire partager. Je suis preneuse... Bises de miche

Écrit par : miche | 17/04/2007

Eh bien ! toujours scotchée à tes écrits... C'est très fort... Tu as bien raison de nous les faire partager. Je suis preneuse... Bises de miche

Écrit par : miche | 17/04/2007

Merci Pierlouim pour vos encouragements et vos petits conseils qui sont les bienvenus. Je suis contente de savoir que ce roman vous plaise parce qu'il me tient à coeur. Je vous remercie également de la PUB que vous allez me faire sur votre Blog personnel , c'est vraiment sympa de votre part.

J'ai commencé à visiter votre Blog, c'est tout à fait remarquable ! Quel travail de recherche, de conservation d'archives, c'est sûrement très fastidieux mais quelle récompense après quand on sait que les blogueurs s'émerveillent devant tant de souvenirs du passé. C'est toute une époque qui revit en effet, grâce à vous Pierlouim, dans quelques temps, les prochaines années vont approcher et pour moi, elles seront intéressantes de souvenirs.
Merci encore pour ces recherches et le travail que vous fournissez.
A propos, vos tableaux sont dignes de Renoir, de Toulouse Lautrec et j'en passe, pourquoi ne pas les exposer. Je crois savoir pourquoi, c'est pour mieux les conserver car ces toiles sont vos Bébés.

A bientôt sur le Blog

Amicalement.

Pour Marie

Écrit par : pourmarie | 25/04/2007

je suis née a dreux en 1950.mon père est décédé dans la nuit de noel accidentellement en 1954 et te je suis toujours à la recherche de renseignements concernant les circonstances de cet accident.j'habitais rue esplanade noel parfait .j'aime beaucoup ce que vous faites amicalement

Écrit par : aguettaz | 21/05/2012

je suis née a dreux en 1950.mon père est décédé dans la nuit de noel accidentellement en 1954 et te je suis toujours à la recherche de renseignements concernant les circonstances de cet accident.j'habitais rue esplanade noel parfait .j'aime beaucoup ce que vous faites amicalement

Écrit par : aguettaz | 21/05/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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