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02/04/2007

AN PAR AN-Quatrième année : 1949.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Une aventure de plus d'un an : 60 années : 60 semaines, plus des semaines de vacances et d'autres indisponibilités fortuites...Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la troisème année, voyons la suite, la vie avance...
quatrième année : 1 9 4 9.


1 9 4 9Ca y est, j’ai quitté le petit appartement. J’habite maintenant la belle maison toute neuve avec mon papa ma maman et ma mémé. Ca sent le plâtre humide et la peinture fraîche. Papa effectue les finitions en menuiserie. C’est son métier, et ne veut laisser à personne d’autre le soin d’installer les portes intérieures et les placards.

Pratiquement tous les beaux meubles de mes parents et grands parents ont été détruits lors du bombardement. Deux meubles ont miraculeusement échappé au carnage : Le fauteuil dans lequel mon grand père malade se reposait avant de mourir en 1938. Ce fauteuil était à la cave, ma grand-mère s’y réfugiait pendant les bombardements .La petite table de nuit fabriquée par mon papa à la sortie de son apprentissage d’ébéniste a été protégée par la chute d’un matelas
Avec l’aide des bons du ministère de la reconstruction mes parents ont pu se racheter des meubles aux Galeries Barbés. Des meubles de faible qualité. Entre autre, une salle à manger d’un style bâtard, Henry II ou Henry III. Je ne sais pas de quel roi au juste. Une espèce de bahut plein de colonnes et de dragons crachant le feu. Ces bestioles sculptées me font peur.
Bien sûr, papa regrette les meubles de familles anciens conçus et réalisés par la lignée des menuisiers ébénistes dont il fait partie. Mais ce mobilier de remplacement sans âme fera quand même très bien l’affaire.
Maman n’a pu récupérer qu’une toute petite partie de la vaisselle. Nous mangeons dans des assiettes dépareillées, provenant de plusieurs services de table : en rose, celles de ma grand-mère paternelle, en vert, celles de la maman de maman et en bleu, celui du mariage de papa et maman. Et cela ne fait que quelques assiettes en tout.
Heureusement le bombardement n’a pas provoqué d’incendie. Cela a permis de sauver pratiquement dans leur intégralité les papiers, les documents et les photos de familles ainsi qu’un certain nombre de livres. Mis dans des caisses ils avaient été entreposés dans la petite partie encore debout de l’atelier.
Tous ces documents presque intacts et pour les plus anciens datant de 1850 me permettront dans un avenir fort lointain de décrire l’histoire de la famille.

L’année en cours ne me laisse qu’un seul vrai souvenir. Mais il est de taille. Car c’est le premier que je vais enregistrer dans ma mémoire pour les années à venir. En fait, juste une image, une impression, stoppée dans le temps :
Je joue accroupi sur le parquet de la salle à manger. Au-dessus de moi, ma grand-mère, assise, regarde par la fenêtre. J’aperçois dans la pénombre en contre jour son profil, son chignon les mains jointes sur ses genoux et son dos voûté. Je ressens une grande distance entre l’attente calme et résignée de ma grand-mère et le bruit incessant des cubes de bois qui s’entrechoquent avec mes rires aigus….

Cette image représente le seul souvenir qui me restera de ma grand-mère en vie.

« Elle a eu une vie difficile » dit Maman.

Ma grand-mère est née en 1881 dans une famille de paysans pauvres. Elle est la quatrième d’une longue lignée d’enfants. Vingt et un ont été conçus. Dix sept ont vécu. Ses parents l’ont baptisé Armance, mais elle s’est toujours fait appeler Clémence. Deux beaux prénoms en vérité. Maman croit savoir que le prénom d’Armance avait été prévu pour une grande soeur décédée avant de naître. C’est pourquoi Armance avait préféré remplacer son prénom d’état civil par celui, très proche phonétiquement, de Clémence ce pour avoir un prénom bien à elle. Elle avait déjà seize ans quand sa dernière petite soeur est née. Comme je l’ai déjà dit, elle a toujours reproché à son papa d’avoir fait autant de bébés à sa maman.

Après avoir aidé son papa à la ferme et sa maman à torcher et s’occuper des petits frères et sœurs elle a été placée comme bonne à tout faire à Dreux. Sa patronne Mme Lemaire exerçait une profession rare .pour une femme à cette époque. Elle était dentiste. Son mari était conducteur de locomotives à vapeur. Mais curieusement en cette fin de dix-neuvième siècle cette profession de mécanicien était bien plus prestigieuse et peut-être plus rémunératrice que celle de dentiste.
En tout cas, le fils de Mme Lemaire, le jeune Gaston, est en partie élevé par ma Grand-mère. Après des études aux U.S.A. vers 1910, il est devenu lui aussi dentiste et exerce actuellement à Dreux. Il est toujours resté trés respectueux et affecteux envers ma grand-mère , malgrè la différence sociale. C’est lui, qui dans quelques petites années, le premier, va me faire subir le pénible supplice de la roulette. Aïe Aïe, j’en frémis d’avance, moi qui n’ai pour l’instant que quelques minuscules dents de lait.

La vie d’une bonne à tout faire en 1900 est très pénible :

-Pas de machine à laver. : Il faut faire bouillir l’eau dans une grande lessiveuse sur un petit poêle à bois à l’extérieur de la maison, dans la cour. Même par grand froid il faut remuer le linge dans la lessiveuse avec un grand bâton. En poussant une lourde brouette il faut aller jusqu’au lavoir pour rincer le linge dans l’eau de la rivière. Toutes ces manipulations gercent les mains. Les gants de protection ne sont pas encore utilisés (d’ailleurs dans ma maison il n’y a pas non plus de machine à laver, mais il y une salle d’eau c'est-à-dire l’eau courante, ce qui est quand même un tout petit progrès)

-Pas de chauffage central. Le chauffage de la maison se fait par de multiples poêles qu’il faut remplir de bois et charbon, allumer, surveiller et vider de leur cendres le lendemain matin alors que la maison est redevenue froide. (Ma maison même moderne, fonctionne encore cinquante ans après, de la même manière pour le chauffage. C’est pour cela que je dors dans la chambre de mes parents. La petite chambre qui m’est destinée est dépourvue de chauffage.)

-Pas d’électricité : l’éclairage se fait à l’aide de lampes à pétrole qu’il faut bien sûr remplir et nettoyer. Ce genre d’éclairage peut être dangereux et émet une odeur forte d’huile fossile.
Je ne suis pas sûr que madame Lemaire utilise l’électricité dans son métier de dentiste. Imaginons une fraise à main ou à pédale …ouille, ouille.
(Dans ma maison il y a la lumière électrique. Juché sur le lit de mes parents je joue avec la poire qui descend du plafond au bout d’un cordon torsadé et qui se balance dans tous les sens j’appuis sans arrêt c’est rigolos le plafonnier s’allume, s’éteint… mais cela se termine mal pour moi car je reçois une fessée par maman pour avoir sauté sur son lit à pieds joints )
Autre utilisation de l’électricité c’est la radio. J’en serai un adepte fervent dans quelques années et pour toujours.

A bien y réfléchir, dans ce début des années cinquante, nous ne vivons guère mieux qu’à la belle époque, mais de grands changements sont en gestation et m’attendent pour les années à venir…...

Cette année L’Allemagne est vraiment coupée en Deux : la R.F.A (de l’Ouest) et la R.D.A (de l’Est) viennent d’être crées. La guerre « froide » commence…
Et les Russe viennent de faire éclater leur première bombe atomique, Mao proclame la république populaire de chine. En réaction les pays « libre créent l’O.T.A.N…..
Brrrr ! L’avenir du monde s’annonce sombre……

Des nouvelles plus rassurantes :
-Monaco a un nouveau Prince : Rainier III. Le début d’une longue saga….
-Pierre Sabbagh présente le premier Journal Télévisé.
La télévision un truc inconnu et pour longtemps encore à la maison. Mais j’en serai plus tard, (vers 13 ans) et en noir et blanc sur une seule chaîne d’état, un fervent spectateur……

Restons très optimiste, en cette fin des années quarante qui furent monstrueuses. Ils n’oseront pas les faire exploser leurs foutues bombes…
Regardons plutôt tous ces progrès à venir dont nous n’imaginons même pas ce qu’ils seront dans le très lointain et hypothétique avenir comme par exemple en l’an 2000…


Avant d'arriver à l'an 2000, la semaine prochine (lundi soir comme d'habitude ) la cinquième année : 1950. En mon absence derrière mon ordinateur pour deux semaines , cette chronique devrait se lancer toute seule au jour et à l'heure ( si tout marche bien)

Commentaires

je vais revenir. Je vais passer mes photos de PORNIC hic ! en tout cas elle avait raison la p'tiote. J'ai également renommer une photo qui s'appelait CASINO et ça ne passait pas. J'ai écrit Music-hall, ça a marché. C'est bon à savoir... bises de miche. A plus

Écrit par : miche | 03/04/2007

Oui, Pierloim, ça fonctionne le différé...et je serai au rendez-vous bien sûr. Tu sais combien j'apprécie tes récits qui expliquent bien des choses...Bonne escapade...

Écrit par : anne-Marie Gernot | 03/04/2007

Vraiment, quel talent de conteur ! c'est "frissonnant parfois", émouvant toujours à entendre... ou à lire, comme tu veux.. tu nous laisses en bonne compagnie. J'y reviendrai. Bises de miche

Écrit par : miche | 03/04/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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