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31/03/2007

Monsieur Alix H.

medium_Monsieur_H._procès_verbal_provisoire_d_abandon_avéré.JPGDans cette maison du plateau sud dont l’abandon semble avéré, a vécu jusqu’au début des années 70 un drouais haut en couleur.
Son prénom était Alix, ce qui n’est déjà pas banal. Mais Alix me fait trop penser au personnage de Jacques Martin (le dessinateur, pas l’humoriste). C’est pourquoi même si Alix aurait pu être un héros de B.D, nous l’appellerons Mr H.
Derrière cette maison, une petite fonderie dont Mr H était le propriétaire et l’animateur avec deux ou trois compagnons. En 1960, il était déjà âgé de soixante dix ans et ne continuait son activité professionnelle que pour quelques clients avant d’arrêter son affaire.
Mon Papa a beaucoup travaillé pour lui, en particulier pour installer une vingtaine de portes pour des garages dont l’accès se trouve sur une autre rue derrière la maison. Ces garages que Mr H. louait sont eux aussi actuellement en ruine
.
J’ai assisté à plusieurs coulées dans la fonderie. C’était pour moi un spectacle fascinant : Le métal en feu coulant et s’enfouissant comme un serpent fumant dans le sable des moules m’éblouissait de mille étincelles. Mr H. fabriquait ainsi de petits objets en bronze ou autres matières, en particulier pour les cimetières, croix, grilles, petites statues…

-A l’époque des années folles, Mr H. pratiquait avec assiduité le sport favori des Drouais : « Faire la Grande Rue »
Après son travail, le soir, il mettait un haut de forme, une cape, se munissait d’une cane à pommeau, Mr H. a toujours été très élégant, puis il descendait en ville.
Et là, il « faisait la grande rue » En fait, il marchait dans cette grande rue de long en large, rencontrait d’autres Drouais ou Drouaises, parlait, riait (fort, il possédait une voie tonitruante avec un accent rocailleux et indéfinissable, peut être du Nord)…Bref nous dirions maintenant qu’il entretenait ses relations mondaines publiques et privées..
En fait, la grande rue était alors un peu comme un théâtre où chacun venait faire son numéro avec beaucoup de convivialité, tout le monde connaissant tout le monde…Même si cette grande rue devenue Maurice Violette en 1970 est toujours un lieu de rencontres, l’ambiance y est différente, peu de gens se connaissent et il n y a plus qu’un seul café grande rue contre au moins quatre bistrots, à la folle époque.

-Mr H. avait une réputation donjuanesque. Au début des années trente il s’est marié avec une jeune couturière dont les talents étaient reconnus par les bourgeoises élégantes de Dreux.
.
Un événement tout à fait choquant pour la bonne morale de l’époque se serait déroulé, selon des sources non autorisées, lors du mariage.
Au sortir de l’église, les jeunes mariés devant le porche ouvert souriaient à la foule qui criait « Vive les Mariés ». Une jeune dame serait alors sorti du groupe de curieux en poussant vers Mr H. et sa jeune épousée un jeune enfant de 4 ou 5 ans en lui disant à haute et intelligible voix : « Va embrasser ton Papa ! ».
Je n’ai jamais su la suite. Mais j’imagine le froid glacial qui a du s’ensuivre…le désarroi de la jeune Mme H. la réaction tonitruante de Mr H, la débandade de la noce…mais aussi la détresse de la mère….…C’était l’époque des « filles mères » mises au banc de la société avec leur « bâtard » par les bonnes âmes frustrées. Bref une époque qui n’était pas si folle que cela, où les mœurs n’étaient guère libérées.

-Mais Mr H aimait sincèrement sa femme. Il parlait de sa femme et se comportait envers elle avec beaucoup de tendresse et d’empressement. J’ai d’ailleurs le souvenir d’une très belle femme malgré sa soixantaine d’années. Mr H et sa femme n’ont pas eu d’enfant.
La dernière fois que j’ai rencontré Mr H, en 1972,. il gesticulait place Métézeau. Me voyant, il s’est précipité vers moi, ma pris les mains en les broyant. Il s’est mis à hurler en pleurant : « Ils me l’ont tuée ! Il me l’on tuée ! « . Sa femme était morte le matin à l’hôpital pendant une opération délicate.
Monsieur H est décédé quelques mois plus tard, de chagrin. Certains ont parlé de suicide.

-Mr H avait une conception personnelle de la mort : En 1960 il nous a montré à mon papa et moi un objet en bronze qu’il venait de fondre. Il s’agissait d’un masque, un masque mortuaire, le sien…Oui, le sien, fait de son vivant !. Il s’était pris comme modèle, les yeux fermés.
Ce masque mortuaire a été installé au moins dix ans avant son décès sur la tombe familiale. Dés cette époque étaient déjà gravés dans le marbre de la sépulture son nom et celui de son épouses suivis des dates de naissance et de la place prévue pour inscrire le moment venu les dates de décès.
Je ne manque pas quand je vais au cimetière de passer devant la tombe de Mr H. Les dates de décès sont maintenant gravées. Le masque mortuaire est toujours là, il verdit, mais reste très ressemblant. Et il m’arrive en le contemplant, d’entendre dans ma mémoire la voix rauque et chaleureuse… .

-Sa maison depuis trente cinq ans est abandonnée, des arbustes ont poussés et condamnent la porte d’entrée. Maman avait une explication concernant cette succession interrompue. Mr H. aurait eu un Frère. Mais lors de l’établissement de l’acte de naissance, l’officier d’état civil aurait écrit le nom de famille en oubliant le H. Mr H aurait donc un frère s’appelant E et non H. Cela serait l’origine des difficultés de succession…
Comme dirait Jean Louis Beaucarnot, le pape de la généalogie, les noms propres n’ont pas d’Orthographe. J’ai un exemple familial : sur l’acte de succession de mon arrière -grand mère berrichonne en 1920; son nom est écrit de trois façon différentes, Gaultier, Gauthier et Gaulthier. Malgré cela, la succession s’est déroulé normalement…Ce manque d’H n’est donc probablement pas la véritable raison de l’abandon avéré de cette maison, et d‘ailleurs ce frère sans H est certainement lui aussi mort depuis longtemps…mais pourquoi rien n’est fait pour arrêter ce pourrissement ?

Et pendant ce temps là, là haut au cimetière, sous son masque verdissant, Mr H. fait la grande rue avec les autres Drouais disparus en faisant tournoyer sa canne à pommeau d’ivoire. Au paradis ou en enfer ?

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Commentaires

Que d'histoires dans cette histoire pas comme les autres... Si bien racontée... Bien racontée, bien vivante... Merci pour Monsieur H. Il méritait bien un reportage à la hauteur des évènements qui ont traversé sa vie. Bises de miche

Écrit par : miche | 03/04/2007

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