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26/03/2007

AN PAR AN -Troisième année : 1 9 4 8

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Une aventure de plus d'un an : 60 années : 60 semaines, plus des semaines de vacances et d'autres indisponibilités fortuites...Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la deuxième année, voyons la suite, la vie avance ,
troisième année : 1 9 4 8.


1 9 4 8

La maison petit à petit se reconstruit. Mes parents me font visiter le chantier, car maintenant je sais marcher.

En 1944 les bombes américaines ont démoli en enfilade les trois maisons construites par mon grand père maternel. Curieusement, le chapelet de bombes lâché par l’avion à haute altitude s’est égrené sur plus d’un kilomètre. Un projectile a créé un grand trou dans un petit champ appartenant au grand-père de papa, l’ancien soldat de 1870 mort en 1930..La famille était particulièrement visée ce jour-là.
Papa conserve dans une caisse des morceaux de la bombe qui a transformé la maison en un tas de gravats. Une grande partie de ces débris sont déblayés et transportés en décharge mais beaucoup resteront pour longtemps disséminés en tas dans le jardin.

Les services de la reconstruction ont décidé de reconstruire les trois maisons non pas de façon individuelle, mais en accolant deux entre elles. La maison qui était celle de mon grand père et celle de mes parents seront réunies tout en étant sur deux terrains différents. La troisième maison restant individuelle. Mon papa s’est battu pour éviter cet accolement. Mais l’administration a répondu que cela pourrait se faire, mais seulement dans trois ou quatre ans.
Mon papa étant pressé de voir reconstruire sa maison, accepte.
C’est donc deux maisons jointes qui s’élèvent petit à petit sur les ruines ensevelies.
Papa s’apercevra plus tard, que la jeune dame qui sera logée dans la maison jumelée à la sienne est la fille de l’architecte qui a conçu les trois maisons. De plus son mari est le métreur qui a supervisé le chantier. Curieux non ?...

La France est bénéficiaire du Plan Marshall. Les Américains après les avoir bombardés et libérés donnent aux français de l’argent pour réparer les dégâts qu’ils ont causés.

Il faut bien avouer qu’ils ont bombardé un peu n’importe comment, sans chercher à éviter les maisons civiles. Les bombardiers américains, ces avions à deux queues volaient très haut au dessus de leur cible, au moins mille mètres.
Ils n’ont jamais réussi à démolir le viaduc de Chérisy qui permet à la voie de chemin de fer, Paris Granville ; d’enjamber la rivière, l’Eure.
Il a fallu que la résistance s’en mêle. Monsieur Dablin alias « Mathurin « un professeur de gymnastique que je connaîtrai plus tard, a fait sauter le pont avec plusieurs partisans. Les renforts allemands ne pouvaient donc plus atteindre par fer le front de Normandie.

Les Anglais, eux, connaissant par expérience les conséquences désastreuses chez les civils des bombardements aériens, volaient beaucoup plus bas, ratant rarement leur cible mais étant plus vulnérables face à la « flack », la DCA allemande.
A l’entrée d’Abondant, au hameau de Brissard se tenait une batterie anti-aérienne dont le servant était un tireur d’élite qui a détruit plus d’un avion allié. Le 11 Juin, il a descendu un avion américain qui est tombé dans la forêt, peut-être celui qui a bombardé la maison de papa. L’équipage au complet est enterré dans le cimetière de Dreux.
Presque tous les cimetières de la région ont recueilli la dépouille d’aviateurs, américains et surtout anglais. De très jeunes hommes, 19-20 ans…sous le gazon sur lequel sont dressées des stèles de pierre blanche...Des allemands aussi sont enterrés sous des croix de bois noir…

Après nous avoir libéré, les américains au lieu de retourner chez eux, s’installent. Ils construisent une « cité » sur le plateau nord. Une centaine de maisons sans étage, ressemblant à des longères de chez nous, mais plus légères et plus bariolées….
De gros bus rouges ou jaunes à face de bouledogue font la navette entre cette cité et la base aérienne de Crusey située à quinze kilomètres de Dreux, un camp d’aviation construit puis abandonné par les allemands. Les avions de la base dont ces fameux « deux queues » survolent fréquemment la région. Mais cette fois ci, en rase motte et sans lâcher de bombes. Leur bruit de bourdon sourd et poussif m’empêche souvent de faire la sieste…
Beaucoup de français travaillent pour les américains et plus d’un est habillé par des surplus de l’armée : treillis, rangers, veste, casquettes…Beaucoup de matériels déclassés circulent : Jeep, motos etc.
Le mode de vie des américains commence peu à peu à influencer les habitudes des français…Ces Français dont beaucoup vivent encore dans des conditions moyenâgeuses. Les destructions et privations de la guerre n’ont bien sûr rien arrangé. De nombreux logements sont démunis d’eau courante, de salle d’eau et de WC, voire d’électricité.. Mais la maison qui se construit pour moi et mes parents aura tout cela.

Papa, malgré le chagrin dû à la perte de la maison construite de ses propres mains, constate avec plaisir que la nouvelle est de meilleure qualité. En effet, les moellons fabriqués artisanalement avec du mâchefer sont remplacés par des pierres du pays ce qui rend les murs plus solides et la nouvelle cave est plus grande …

Un bouquet de branchages fleuris est accroché en haut du toit en ce début d’Automne. Cela signifie que le gros œuvre de la maison est terminé. Mais il reste encore beaucoup à faire avant d’emménager dans plusieurs mois : les plâtres, les portes, l’électricité et tout et tout…..

J’ai deux ans passés maintenant, je marche couramment et commence à parler. Et ce mot « électricité » est un mot que je prononce avec difficulté : .écrilicité.. heu….etriclécité
Heu… Je laisse pour l’instant. J’arriverai bien à prononcer correctement ce mot là plus tard…
Il y a un mot que je prononce bien et que je répète à satiété c’est « encore ». Mon papa m’a trouvé un autre surnom que « Titi « c’est « Cor-core ».Si la soupe est bonne, je réclame : encore, encore. Si papa me fait tourner en l’air dans ses bras je rie en criant : core ..core….
Et pour cette vie qui commence sous de si bons auspices : Core core…...

Et pourtant un certain britannique Georges ORWELL, vient d’écrire un bouquin très pessimiste pour l’avenir.. Il a pour titre « 1984 ». Un grand frère, (tiens déjà) « Big Brother » surveille tout et tous et doit être en permanence respecté et honoré…..Bien ça promet. Mais l’an 1984 c’est loin, je serai très vieux.

Eh puis ce n’est qu’un roman. Peu de prévisions s’avèrent justes à part celles de Nostradamus, et encore..

Alors je garde le moral…..

Commentaires

Encore une fois, un récit passionnant. Je voudrais juste ajouter qu'à certains endroits de la "cité des grands clos" - anciennement américaine - on peut encore constater les influences d'origine (maisons jumelées, terrains sans clôtures, boites aux lettres made in USA...). Mais l'ensemble s'est évidemment très nettement francisé.

Écrit par : Jack | 26/03/2007

Encore une note vécue, très intéressante sur cette époque. Malheureux de savoir que ce sont les alliés qui ont causé ces pertes, ces destructrions.. Aîe aie aie.. no comment ! bises de miche

Écrit par : miche | 26/03/2007

Core...core...on ne s'en lasse pas. Ton récit vivant et précis me transporte chaque fois dans cette région connue sous d'autres hospices et je me régale à te lire.
Ce serait domage que tu aies déjà appris à te taire...tu as tant de choses à dire.
Merci pour tout cela.

Écrit par : Anne-Marie | 28/03/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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