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19/03/2007

AN PAR AN -Deuxième année : 1 9 4 7

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. une année par semaine (en principe chaque lundi soir.)
Une aventure de plus d'un an : 60 années : 60 semaines, plus des semaines de vacances et d'autres indisponibilités fortuites...Bref, un roman feuilleton de longue haleine, comme une vie.

La semaine dernière nous en étions à la première année, voyons la suite, la vie avance , deuxième année : 1947.


1 9 4 7

Une année sans mémoire. Tout ce que je vis actuellement et pendant les trois premières années de mon existence me sera raconté par mon papa et ma maman plus tard. :
.
Mais pour l’instant je .grossis, je grandis, mes premières dents poussent, Aie.
Ma grand-mère me garde à la maison.
Maman travaille, ce qui est encore rare en cet après guerre car la plupart des femmes mariées restent à la maison. Elle tape à la machine et fait les comptes d’une grande quincaillerie. Toutes les trois heures elle remonte de la ville avec son vélo, environ un kilomètre, pour me donner la tétée. Il parait que je suis un grand glouton….

Papa depuis son retour retravaille dans l’atelier de menuiserie qu’il avait quitté en 39.
Mais il n’a qu’une obsession : faire reconstruire sa maison…Il se démène dans les différentes formalités exigées par le ministère de la reconstruction.
Car nous somme en pleine après guerre, les plaies sont encore grandes ouvertes. La ville de Dreux porte encore de nombreuses traces visibles des bombardements qu’elle a subi pendant la guerre. :

En 1940 les 9 et 10 juin, la gare et l’Hôtel Terminus ont été bombardés par l’aviation allemande. Plus de 100 morts (en particulier des réfugiés des départements du Nord et de la Belgique). Quelques vitraux de l’église ont explosé par le souffle et ne seront pas remplacés de sitôt.
Maman, sa Maman et la maman de mon papa sont parties comme on disait alors en « exode » Après deux semaines de marche éprouvante et prés de deux cent kilomètres à pieds, elles sont revenues à Dreux, épuisées. Tellement épuisées que ma grand-mère paternelle en est morte

En 1944, plusieurs bombardements de l’aviation américaine ont lieu lors du débarquement en Normandie. Dreux se trouve sur la route vers Paris et sur une ligne importante de chemin de fer.
Des dizaines de maisons vont être sinistrées ce 11 Juin au petit matin dont cinq dans notre quartier. Mr et Mme Lahia sont tués dans la maison d’en face. La pèlerine bleu nuit de facteur de Mr Lahia va voleter plusieurs jours sur les ruines comme une sinistre chauve souris

Ma maman et sa maman sont coincées dans la cave sous les ruines de la maison. Leurs cris sont inaudibles de l’extérieur. Elles entendent cependant des personnes s’activer dans les décombres. Certaines commencent déjà à chaparder. Un certain nombre d’objets vont ainsi disparaître… Deux soldats allemands, en réalité des Tchèques enrôlés de force dans la Wehrmacht, qui fréquentaient le bistrot de l’autre côté de la rue, hurlent en mauvais français « ils y a deux dames sous la maison ». Ensevelies depuis une heure du matin elles ne sont délivrées qu’à midi……

N’ayant plus de maison, ma maman et ma grand-mère vont se réfugier chez la tante Marie. En fait, ma grande tante, sœur de mon grand père mort à Verdun. Avec ses quatre fils cultivateurs, elle habite un petit village, Abondant, à quelques kilomètres de Dreux. Le peu d’affaires, meubles et souvenirs qu’elles ont pu récupérer des décombres a été rassemblé et emmené dans une charrette tirée par un des chevaux de la ferme.

L’oncle Louis est mort deux ans auparavant. La tante dirige la petite ferme assistée de ses quatre fils âgés de 19 à 25 ans, ainsi que de son beau-frère et de sa belle-soeur que je connaîtrai sous le nom de Louise et grand Joseph. En fait c’est l’aîné des fils, appelé le « petit » Joseph, pour ne pas le confondre avec son oncle, qui a pris la place de son père à la ferme.

L’oncle Louis était paraît-il un personnage étrange. C’était un catholique profond et mystique. Il s’est marié tard, ayant hésité longtemps entre la tonsure et l’agriculture. La tante Marie elle aussi, était âgée pour l’épouser, ayant déjà coiffé Ste Catherine, à l’époque un âge avancé pour se marier. Jeunes épousés, ils ont accueillis pendant 2ans en 1917-18 mon papa, orphelin de père tué à Verdun. Les quatre fils sont nés un peu plus tard, entre 1920 et 1925.

Passant une grande partie de son temps à l’église, Louis n’a jamais voulu que ses fils se fourvoient sur les bancs de l’école laïque….Il leur a fait l’école à la maison, leur apprenant à lire, à écrire, a compter et tout ce que compte le programme du certificat d’étude….Il n’était et pour cause pas souvent dans ses champs et délaissait sa ferme qui n’était pas très florissante.
Louis, vivait un peu comme le patriarche d’un communauté repliée sur elle-même, entouré de sa sœur Louise, de son frère Joseph, de sa femme Marie et de ses quatre fils.

Le petit Joseph a repris le flambeau, aussi religieux que son père. Contrairement à beaucoup de paysans à cette époque, la famille fait très peu de marché noir. Son credo est plutôt de donner aux nécessiteux. Maman le dimanche, parcoure à bicyclette les 7 kilomètres qui séparent Dreux d’abondant. Elle assiste avec eux à la messe, fait après le repas une promenade en forêt puis s’en retourne auprès de sa maman avec quelques victuailles dans les sacoches de son vélo.

La ville de Dreux n’ayant proposé pour les reloger qu’une grange avec de la paille, maman et ma grand-mère sont heureuses de pouvoir se réfugier à Abondant.

Cependant elles ne sont pas rassurées :
La guerre n’est pas finie dans notre région et la tante Marie, assistée de ses fils fait à sa façon de la résistance : La Wehrmacht commence à reculer en Normandie, ce qui permet à certains soldats de prendre le risque de déserter. Deux hommes sont cachés dans la grange à foin, deux « Malgré-nous », Alsaciens incorporés de force dans l’armée allemande. En outre, François, 22 ans, second fils de la tante Marie, se cache lui aussi, il est « réfractaire », il refuse le S.T.O. travail obligatoire en Allemagne. En plus, il rend de menus services à la résistance en cachant des armes en Forêt.
Ma grand-mère s’inquiète « Nous avons survécu à l’exode et au bombardement, et nous courrons le risque d’être arrêtées pour résistance alors que la guerre se termine. »

Heureusement tout se passe bien et le 16 Août l’armée américaine libère Dreux et sa région. Maman et ma grand-mère vont rester quelques mois encore à Abondant avant de revenir à Dreux dans le tout petit appartement dans lequel je suis né l’an dernier.


Revenons à ma petite personne. :

La famille, papa en tête, m’affuble du surnom de « Titi ». D’après ce qu’écrit maman dans son agenda un certain nombre de dents me poussent dans la bouche, je commence à marchoter et à bredouiller quelques mots comme « papa maman painpain petit gars–gars.

Il y a encore pas mal de restrictions alimentaires. Maman n’avalait pratiquement que de la soupe pendant qu’elle me fabriquait. C’est pourquoi je manque de calcium et mes os sont un peu fragiles. Beaucoup d’enfants nés pendant la guerre ont de graves problèmes de malformation, de rachitisme.
J’ai donc droit à une carte individuelle d’alimentation avec pleins de petits coupons bariolés à l’intérieur. Mes parents reçoivent pour moi des cartes supplémentaires de charbon et d’autres matières…Il y a même, à mon nom, une carte d’alcool. Hic…..

Le 6 Avril : C’est le jour de mon baptême.
Je n’apparais pas sur la photo de groupe. Je suis resté au chaud car il gèle à pierre fendre en ce début de printemps à Abondant. Ma marraine est ma tante Cécelle, la sœur de Maman. Comme parrain, maman a choisi parmi les quatre frères, non pas l’aîné le petit Joseph mais le troisième, le doux Michel (23 ans)…La tante Marie n’assiste pas à mon baptême, elle est décédée l’hiver dernier….

Dans la petite église au moment où le brave vieux curé m’asperge d’eau, je me mets à hurler tellement rageusement que ma maman doit m’éloigner dans la sacristie pour essayer de me calmer.
Je n’ai pas besoin de simagrées latines pour comprendre le bon Dieu. Il m’a permit de naître dans de bonnes conditions et quand je tète le bon lait de ma maman c’est le petit jésus en culotte de velours qui descend dans mon gosier.
En ayant toujours de bons rapports avec les hommes d’église et les croyants, qui essayeront en vain de me convertir, je serai toujours jaloux de ma liberté de pensée. Mais je reste avant tout baptisé….

Je verrais tout cela plus tard… laissez moi faire mon rot et dormir


Illustrations pour 1947 :
-L’oncle Louis en 1942 avec toute sa « tribu ».
-La tante Marie en 1944 avec ses quatre fils et Mémé réfugiée à Abondant après le bombardement. (Maman prend la photo).
-Mon Baptême (je n’apparaît pas sur la photo, il fait trop froid pour rester dehors) Elles sont mignonnes mes cousines avec leur chouchou..
-Le brave curé d’Abondant qui m’a baptisé. Il mourra dans des conditions étranges et dramatiques (j’en écrirai les circonstances lors de l’année 1950)
-Devant ce qui reste de la maison.
-Carte d’alimentation à mon nom.
-Je vous le disais j’ai même droit à un carte d’alcool (hic)

Commentaires

Pierre, bonjour,

Les listes des blogs de Notre Temps sont tellement mal faites que pour découvrir les nouveaux blogueurs qui débarquent, on a beaucoup de mal. Il faut guetter la liste des Derniers blogs mis à jour, qui bouge tellement vite que c'est pas facile. Quant à leurs autres listes, elles sont vides ou presques, il manque des dizaines de blogueurs. C'est pour ça que j'ai mis sur mon blog la Liste des blogs amis, pour pouvoir m'y retrouver moi-même. je te rajoute, cher collègue retraité, immédiatement, pour ne pas perdre tes coordonnées.
On va ainsi pouvroi suivre avec joie ta chronique.
Bienamicalement
Jean-Louis

Écrit par : Jean-Louis | 19/03/2007

Tout à fait d'accord avec toi il n'il y a pas de liste exhaustive des blogs référencés comme cela existe dans d'autres sites (comme ceux du journal "le Monde"exemple..)
C'est vrai on ne peut connaitre les autres blogueurs et se faire connaitre qu'à partir de la liste des dernières mises à jour, et grâce aux commentaires reçus et envoyés.
Moi aussi je mets les coordonnées en liste mémoire ou en liens.
J'ai aussi fait partie d'une chorale pendant 6 ans.Jai quitté il y a deux ans pour des tas de raisons, , mais cela me manque.
A bientôt sur nos blogs....

Écrit par : pierlouim | 19/03/2007

J'attends confirmation de ce que j'avance mais on m'a rapporté que Chérisy avait subi de lourds dégâts suite à des bombardements allemands. Info ou intox?

Écrit par : Jack | 19/03/2007

Et voilà comment se raconte l'histoire...tous ces témoignages sont si précieux. J'espère que tu vas les éditer et les déposer à la bibliothèque nationale.
Je l'ai fait avec mes souvenirs d'une petite parisienne (Rouvres). Ce n'est qu'un simple document photocopié d'environ 100 pages, mais il n'empêche qu'un exemplaire est parti aux Etats Unis, dans une université en témoignage de la vie locale en France et que les 10 autres exemplaires sont dispatchés dans divers bibliothèque à ce titre là aussi.
Nos histoires de vies sont les témoignages de l'histoire de notre pays.
Merci de nous faire partager cette histoire...une aventure au long cours, oh combien enrichissante.
Amicalement

Écrit par : Anne-Marie | 20/03/2007

Pourquoi pas?

Écrit par : pierlouim | 21/03/2007

Pierre, j'étais sous le charme de ton écriture. Et l'histoire est tellement forte, terrible aussi de voir ces gâchis liés aux deux guerres .. Je suis émue car bien sûr je retrouve des similitudes avec certains faits que je ne manquerai pas d'évoquer à mon tour dans un proche épisode. Je poursuis ma route. Bises de miche

Écrit par : miche | 22/03/2007

C'est normal que tous mes commentaires disparaissent ? Miche

Écrit par : miche | 22/03/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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